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Au Caudan Arts Centre

Insho : à la recherche du paradis perdu

14 septembre 2026, 20:00

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Insho : à la recherche du paradis perdu

Photos : © Tony Fine

Porter l’empreinte durable d’un poème du 17e siècle : «Paradise Lost» de John Milton. Et le relire comme la chronique de l’exploitation brutale des animaux dans le monde actuel. L’artiste Insho propose une série d’œuvres au graphisme réaliste, sous le titre «Ithemba elisha», ce qui signifie en zoulou, «nouvel espoir». À voir dans la salle, «The Basement», au rez-de-chaussée du Caudan Arts Centre jusqu’au dimanche 20 septembre.

Un mot en amène un autre. Le fan du groupe de death metal, Paradise Lost, se demandait pourquoi, à chaque fois qu’il faisait des recherches sur internet sur cette formation musicale britannique, c’étaient des références à l’œuvre éponyme de John Milton, qui apparaissaient en premier. Dans un demi-sourire, Insho précise : «C’était à l’époque du dial-up». Par curiosité, il plonge dans ce long poème publié pour la première fois en 1667. Il n’en sortira plus. Plus exactement, ce qui est ressorti de la confrontation avec ce classique de la littérature, c’est la série de dessins, de peintures, de collages à la feuille d’or présentée dans la salle The Basement, au Caudan Arts Centre. Des œuvres rassemblées sous le titre Ithemba elisha, ce qui en zoulou signifie «nouvel espoir».

«Quand on compare ce que Milton a écrit au 17e siècle à l’état actuel de l’humanité, c’est comme si rien n’avait changé.» Il y est question de chute, de complot, de tentation. Et – c’est ce qui retient l’attention d’Insho-du libre arbitre.

Le premier solo d’Insho est visible jusqu’au dimanche 20 septembre. C’est l’aboutissement d’un cheminement d’au moins deux décennies. D’une relation on-off avec l’expression artistique. Jalonnée d’étapes comme le choix de son nom d’artiste, Insho, qui en japonais signifie «première impression». Un nom choisi, «parce que je préfère que les gens regardent mon travail en premier, pas qui je suis. Je suis satisfait d’une œuvre quand il y a quelque chose de plus fort que moi, dedans.»

Première impression des œuvres exposées au Caudan Arts Centre : Insho a le sens du détail. Les deux dessins à l’encre qui ouvrent l’exposition sont des portraits d’éléphants et de rhinocéros. Pas un pli ne manque à leur structure massive. Avec en creux : la violence dirigée contre ces bêtes chassées pour leur corne et leurs défenses. Au nom d’un business lucratif. La légende d’une œuvre nous oriente : «Quand on commence à considérer quelqu’un pas pour ce qu’il est, mais pour la valeur qu’il a…» Insho ajoute : «Cela concerne aussi les relations humaines, parfois, même inconsciemment, des gens sont dans votre vie parce que vous avez quelque chose à y gagner.»

Au bout de l’expo : une carte de l’Afrique peuplée d’espèces animales disparues. Parmi le dodo. Comment on fait le saut du poème Paradise Lost vers l’Afrique ? «Ce continent, c’est le berceau de l’humanité. Paradise Lost, c’est l’histoire de la création.» L’artiste précise : son travail est au-delà des références bibliques, donc religieuses de Paradise Lost. Lui, se concentre sur la relation entre l’humanité et les animaux.

Dans cette exposition qui se présente comme un parcours chronologique, on voit d’abord les animaux. Eléphant, rhinocéros, chien sauvage, mais où sont les hommes ? Dans l’univers d’Insho, l’humanité est réduite à l’état de mannequins de bois. Comme dans Paradise Lost, les tableaux illustrent d’abord la chute. L’homme qui s’est défait de ce qui constitue son essence humaine. Insho met en scène ses mannequins de bois debout sur les cadavres des bêtes chassées. Ces mannequins de bois ont érigé un monument à partir de tout l’ivoire récupéré dans le sang. La scène est saisissante. À dessein. «J’ai remarqué que dans les expositions, très peu de gens lisent les textes qui accompagnent les œuvres. Ils sont plus attirés par l’esthétique. Alors, pour passer des messages, je préfère le dire directement.»

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Parcours : D’actuaire à artiste

Avant de muer en Insho, Sachin Mulloo était dans le corporate. Après des études d’actuaire dans une école de commerce à Londres, il travaille dix ans à la BAI. La finance, l’analyse des risques, c’est son quotidien. Il grimpe les échelons, prend de l’emploi dans les assurances, devient administrateur de fonds de pension. Le plan de carrière semble tout tracé : il finira CEO dans le secteur financier. «Aujourd’hui quand je pense à cette époque en costumecravate, je me sens suffoquer.»

Derrière le nœud de cravate, il y a cette autre part de lui. Cet enfant qui dessinait sur les murs. L’enfant qui grandit dans une famille où ses deux parents fonctionnaires «ont mis beaucoup d’accent sur le côté académique». Lui se dit que l’art, «c’était un passe-temps».

Survient la pandémie de Covid-19. Le confinement donne du temps à l’homme occupé. «Je me lève vers quatre-cinq heures. Quand on était en work from home, arrivé neuf-dix heures, j’avais déjà complété tout ce que je devais faire.» Il reprend alors ses crayons, l’encre, la peinture. Le confinement libère le potentiel en sommeil.

Quand tout a rouvert après le confinement, impossible de retrouver la «normalité». Tout avait changé en lui. Au point de le pousser à quitter son emploi stable et rémunérateur, pour un saut vers l’inconnu. «Il n’y a jamais de bon moment.» Fin 2020, il se décide. «Je savais que si je le faisais graduellement, ce serait plus difficile.»

De ce choix de vie, il retient que «cela vous ramène à la simplicité. Vous vous rendez compte de tout ce dont vous n’avez plus besoin. Votre cercle d’amis change parce que vos centres d’intérêt ne correspondent plus. Mais au final, vous vous retrouvez avec des amis qui sont vraiment là pour vous.»

Entrer dans le monde artistique n’est pas évident. Il n’a ni mentor, ni camarade pour l’y introduire. «Quand vous avez des appuis, même inconsciemment, vous faites moins d’efforts, mais là, j’avais un drive pour faire que les choses marchent.» Avec la motivation supplémentaire de donner un sens à sa vie. Insho participe à une douzaine d’expos collectives, dont le Samudra Art Prize. Il honore des commandes, se crée un réseau grâce au bouche à oreille. «J’ai arrêté de prendre les commandes, parce que la plupart des gens veulent que je fasse ce qu’ils veulent. Les seules commandes que je prends encore, ce sont les portraits des chiens.»

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