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Citoyen sismique
par Nazim ESOOF
«Quand on entend le ministre (Sithanen), on se dit qu?il va être obligé de faire de gros efforts dans le sens des réformes? S?il parle des réformes qu?il n?arrive pas à concrétiser, c?est presque pire que de n?avoir rien annoncé». Ces propos du président du Joint Economic Council, Jacques de Navacelle, tenus lors d?une interview accordée à «l?express», sont un véritable défi lancé au ministre des Finances. Rama Sithanen veut responsabiliser tout le monde mais son discours n?aura un sens que si lui-même se montre responsable. A lui donc de devenir le nouveau parangon du réformisme et de ne pas être qu?un simple ministre aux intentions creuses et ronflantes. C?est le destin propre des décideurs.
Il reste une autre responsabilité. Celle des citoyens. Dans notre édition du 24 mai, en parlant de la contre-réforme Gokhool, Paula Atchia ne s?embarrassait pas de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. «La société civile, c?est devenu quelque chose d?aberrant? Le citoyen ne se rendra compte de la calamité qu?est l?A + qu?après avoir pris connaissance des résultats des prochains ?Certificate of Primary Education?.» Tout l?enjeu est là. Les ministres et autres dirigeants peuvent décider de tout et de son contraire dans une indifférence totale.
C?est le grand drame de ce pays. L?engagement de la société civile est si neutre qu?il est devenu fade. Sauf pour les causes humanitaires, cette société civile se signale surtout par sa gaucherie et son inféodation aux pouvoirs, qu?ils soient symboliques ou réels. Un peu moins de 40 ans plus tard, l?Indépendance est loin d?avoir apporté toutes les émancipations. Sauf pour la période qui couvre les années 70, les pouvoirs, surtout le pouvoir politique, sont dans un rapport de domestication de la société civile. C?est en cela que le réformisme doré à la sauce mauricienne n?a été qu?un slogan creux jusqu?ici. Car le réformisme naît de la pression populaire. Quoiqu?il soit aussi vrai pour le statu quo. Mais c?est le prix à payer en démocratie. Ce qui explique qu?on encense parfois la démocratie participative ou qu?on descende la démocratie de rue, selon les cas.
Pour notre part, quel que soit le cas, nous demeurons dans un système de pensée administrée, verrouillée et radicalement enclavée. A ce stade de son évolution, il ne faut pas s?étonner qu?une nation puisse être atteinte de schizophrénie. Entre des décideurs qui sont devenus experts en théorie et une société civile soumise aux plus bas fantasmes de leurs politiques, le réformisme est condamné à n?être qu?un vade-mecum de niaiseries. Et ce n?est pas peu dire !
Il suffit de faire un constat. Entre 1967 à ce jour, le pays n?a fait de véritable bond que vers la fin des années 80 et au début des années 90. Un contexte international favorable et une relance de la croissance par la consommation avaient permis au pays de sortir du tiers-mondisme. Depuis, c?est l?immobilisme. Le précédent gouvernement a bien tenté de créer une dynamique réformiste. Mais on a bien vu que sur de nombreux dossiers, il s?est bien vite dégonflé. Que ce soit la réforme des services publics ou du système électoral, voire celle de l?éducation, il s?est arrêté à des mesures de restructuration sinon à de simples réformettes. Or, la réforme est prioritairement structurelle. A ce niveau, l?échec est généralisé quel que soit le parti qui a occupé l?Hôtel du gouvernement. La peur du changement se vérifie autant du côté des politiques que du côté de la population.
Ce pays est déphasé par rapport au reste du monde. Plus grave encore, sa population est en rupture avec les défis qu?elle se doit de relever. A la place, c?est un esprit d?infantilisation qui souffle sur le pays. L?aspiration réformiste, elle, reste superficiel.
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