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Chelsea a perdu une bataille, pas la guerre
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Chelsea a perdu une bataille, pas la guerre
C’était à prévoir. La victoire, arrachée avec le coeur et les tripes, face à Chelsea dimanche, 1-0, a sorti d’un profond et désobligeant silence les milliers de supporters de Manchester United que compte cette île Maurice obsédée par la Premier League. N’étaient-ils pas nombreux hier, au bureau comme à l’école, à vous ressasser mille et une fois la même chose, à ressortir ce vieux refrain laissé quelques semaines au placard ? Oui, “United est éternel”, on l’a compris. L’entendre une première fois à 8 heures du matin, ça va. L’avaler une 256e fois à 14 heures, ça casse vachement les oreilles.
C’est vrai qu’elle était belle la victoire des Diables rouges dimanche. Belle parce qu’elle a, en premier lieu, récompensé une combativité exceptionnelle qui nous a ramenés, le temps d’un match, à la glorieuse génération des Ferguson Babes du début des années 90. C’était l’époque où les Beckham, Neville, Giggs, Keane, Scholes, fraîchement sortis des bancs d’école, enflammaient samedi après samedi le majestueux Old Trafford.
On a aimé, beaucoup aimé. On a aimé parce que cette victoire, quoiqu’on dise, redonne des couleurs à une équipe de Manchester jusque-là perdue dans ses pensées, engluée dans un ventre mou qui ne lui était pas prédestiné.
Ferdinand se rachète</B>
On a aimé parce que ce succès porte avant tout la signature des trois joueurs qui stigmatisaient le mieux les récentes débâcles du club, notamment celles, insupportables, de Middlesbrough et de Lille. Qu’on se le dise, Rio Ferdinand a été intraitable en défense centrale, Alan Smith a livré, et de loin, sa meilleure partition depuis qu’il a rejoint United tandis que Darren Fletcher, en marquant le seul but de la rencontre, a redonné un sens à la saison encore compromise des Diables rouges.
On a aimé parce que sir Alex Ferguson, pour l’ensemble de son oeuvre, méritait forcément de célébrer le 19e anniversaire de son arrivée à Old Trafford par un match référence, un match comme lui seul sait en façonner.
On a aimé parce que cette victoire a mis un terme à l’insolente chevauchée d’une équipe de Chelsea belle à voir jouer, mais de moins en moins crédible loin des terrains. Une équipe façonnée par les pétro-dollars de Roman Abramovich et dirigée par un Jose Mourinho dont l’arrogance dans le verbe, dans le geste et dans le regard n’a aujourd’hui plus de limite.
Et maintenant qu’il a perdu pour la première fois deux matches de suite depuis qu’il règne en maître à Stamford Bridge, le technicien portugais gagnerait sans doute à revoir sa copie.
United a retrouvé des couleurs et c’est tant mieux pour le football. Comme Arsenal, qui espérait, la saison passée, revenir d’Old Trafford avec un cinquantième match sans défaite, Chelsea a vécu un véritable cauchemar au théâtre des rêves, où sa série d’invincibilité s’est arrêtée à quarante. Comme quoi il ne fait pas bon traîner ses records du côté de Manchester.
Voilà Chelsea stoppé et Manchester relancé. Mais ça s’arrête là. N’allez surtout pas croire que la Premier League va entamer dans les prochaines semaines une folle révolution. A vrai dire, Chelsea n’a perdu qu’une bataille, et pas la guerre. C’est vrai que le revers d’Old Trafford, ajouté à ceux concédés à Charlton en Coupe de la Ligue et au Bétis Séville en Ligue des Champions, va entraîner une remise en question à Stamford Bridge. Mais, de guerre à proprement parlé, il n’y en aura point, Frank Lampard et ses coéquipiers ayant déjà, on l’a compris, une main posée sur le trophée.
Avec dix points d’avance sur Manchester United, onze sur Arsenal et quinze sur Liverpool, les trois seules équipes capables, sur le papier, de priver Chelsea d’un doublé - le brave Wigan Athletic nous excusera de ne pas l’inclure sur cette liste - Mourinho a, en effet, largement le temps de voir venir. Ses Blues ne seront peut-être pas sacrés avant Noël comme il l’avait espéré, mais ils n’attendront certainement pas le lointain mois de mai pour sabrer le champagne.
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