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Chandrawatee Jhugroo raconte son combat contre le cancer

11 novembre 2007, 00:00

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Vous avez dit oui pour une interview à visage découvert pour évoquer votre cancer du sein. Est-ce facile d?en parler ?

Je le fais parce qu?avoir un cancer du sein, ce n?est pas quelque chose dont on doit avoir honte. Ça m?est tombé dessus, mais cela peut arriver à n?importe qui. Je voudrais faire un appel aux femmes pour qu?elles prennent le temps d?effectuer des contrôles de santé et qu?elles n?attendent pas comme moi d?avoir un cancer pour aller chez le médecin.

Qu?est-ce qu?on ressent quand on apprend qu?on a un cancer ?

Au départ, je me suis dit que ce n?était pas juste. J?avais pris ma retraite anticipée de l?usine parce que je voulais aller en voyage pour voir mes filles en Angleterre et parce que je n?avais pas droit à des congés. Ce n?était pas juste que je sois malade après avoir travaillé 25 ans. Et surtout que j?ai eu ces complications à un moment de ma vie où je pouvais souffler et profiter de mes enfants et de mes petits-enfants.

En plus, je fais du sport depuis que j?ai 25 ans, je fais même du cross-country par le biais d?une fédération. Je fais des check up tous les ans en cardiologie pour savoir si je peux courir. Et dans ma famille, on fait attention à ce qu?on mange.

Mais quand nous en avons parlé en famille, tout le monde m?a dit de prendre mon courage à deux mains. Je me suis dit : « Ariv sé ki ariv », il faut que je sois forte.

Et quand on me dit : « Pourtan ou ti enn sportif », je réponds que c?est grâce au sport que j?ai mieux supporté le traitement et que j?ai un mental de combattante. Le fait d?être positive m?a beaucoup aidée.

Racontez-nous le tout début de votre maladie?

J?avais 54 ans, j?étais en Angleterre chez ma fille quand j?ai senti une petite boule sur le côté de mon sein. Je ne me suis pas tracassée puisqu?elle ne me faisait pas mal. Mais ma fille m?a dit d?aller voir un médecin quand je serai de retour à Maurice.

Quand je suis rentrée, j?avais une priorité : passer mon permis de conduire. Après deux semaines, je l?ai eu. J?ai pris la voiture et avec mon mari, nous sommes allés au dispensaire de Castel. L?infirmier là-bas m?a dit que je paraissais débrouillarde, et donc pourquoi ce n?était que maintenant que je venais consulter.

« C?est l?amour de ma famille qui m?a donné du courage. »

Il m?a demandé d?aller tout de suite à Candos. Cela ne m?a toujours pas inquiétée. Je crois que je ne voulais pas croire que quelque chose de grave pouvait m?arriver. Parce que je n?avais aucune douleur.

À l?hôpital, j?ai été admise tout de suite pour faire une biopsie. J?ai pleuré parce que je n?étais pas préparée à rester à l?hôpital. Mon mari ne conduisait pas, je n?allais pas le laisser rentrer par le bus. Même là on n?avait pas encore prononcé le mot cancer. Ce mot a fait partie de mon vocabulaire uniquement après qu?on m?ait enlevé un sein.

Quels ont été vos sentiments lorsqu?il a fallu vous faire une biopsie ?

Mon fils m?avait rassurée en me disant qu?avec les avancées en médecine, je n?avais pas à m?inquiéter. Comme tout le monde dans ma famille m?encourageait, je me suis sentie forte. Le médecin m?a dit qu?il allait enlever des morceaux de chair pour les faire analyser. Après quelques jours, on m?a appelé pour que je revienne à l?hôpital. Le médecin m?a dit que je devais faire une opération et qu?on ne savait pas ce qu?il allait se passait exactement, que tout dépendait de ce qu?il verrait sur la table d?opération.

J?étais abattue. Une infirmière à la retraite, qui avait accompagné un malade, m?a serré dans ses bras et m?a assuré qu?il y avait des gens qui vivaient 20 ans après un cancer du sein et qu?elle allait prier pour moi.

Le traitement est-il aussi terrible qu?on l?entend dire ?

Après l?opération, je suis allée à Candos quotidiennement pendant 25 jours pour faire cinq à six minutes de radiothérapie. On appelle ça « chauffé ». C?est là que j?ai rencontré d?autres patientes et qu?on a parlé de la maladie. J?ai ensuite fait des séances de chimiothérapie pendant six mois, à raison d?une fois par mois. Vous êtes admise en salle et pendant trois heures, on vous fait une perfusion. Là où ça a été le plus dur, c?est qu?après trois ans, lors d?un rendez-vous de routine, le médecin m?a annoncé que l?autre sein était atteint et que je devais être opérée de nouveau. J?étais découragée parce qu?il fallait tout recommencer. Quand je suis partie en salle d?opération, je me souviens avoir dit à Dieu de m?accompagner et de guider les médecins. Comme j?en étais à ma huitième anesthésie générale, il y avait un risque que je ne me réveille pas. Mais je me suis dit que je devais vivre.

Que ressent-on quand on perd ses seins ?

J?ai essayé de le prendre le plus normalement possible. C?est l?amour de ma famille qui m?a donné du courage. J?ai vu des femmes souffrir parce que leur mari leur disait des choses blessantes. Mon époux m?a dit qu?il avait de la peine pour moi parce que je méritais de vivre une retraite plus paisible. Il m?a dit que j?étais brave, que même si je n?avais plus de seins, l?important c?est que je retrouve la santé. Il m?accompagne toujours à l?hôpital d?ailleurs. Mes filles, qui sont en Angleterre, viennent me voir ou elles communiquent avec moi par Internet. Mon fils achète des magazines de santé pour qu?on s?informe. Mes enfants sont prêts à tout pour moi. Leur amour et leurs attentions sont d?un grand soutien.

Vous faites aussi partie de l?association « Link to Life » ?

Oui et cela m?aide énormément. On oublie qu?on est malade quand on est là-bas avec d?autres femmes qui ont connu le même problème. On fait la thérapie du rire, on apprend des méthodes de relaxation, on a des séances de tai-chi. Il y a un nutritionniste qui nous conseille. On se sent écouté au sein de l?association.

Aujourd?hui que vous êtes remise, vous arrive-t-il de penser à la mort ?

Je pense plutôt à la vie. Je voudrais vivre encore dix à quinze ans. Aujourd?hui, je prends le temps de planter mes brèdes, du persil, je récupère l?eau du dalot pour arroser. Je fais des exercices, je prépare de bons petits plats. Mais je sais que je peux mourir à n?importe quel moment et pas forcément d?un cancer. Je me suis préparée à toute éventualité. J?ai acheté le sari que je veux porter après ma mort. Ma s?ur a plaisanté en disant que je ne me verrai pas à ce moment-là, alors pourquoi être pointilleuse. J?ai donc mis le sari et j?ai fait une photo pour me voir. J?ai ouvert des comptes communs avec mes enfants. On parle de la mort sans dramatiser.

LE CANCER DU SEIN EXPLIQUE

Définition. Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez les femmes. Selon les chiffres du ministère de la Santé, environ trois cents nouveaux cas sont enregistrés chaque année et une centaine de décès sont dus annuellement à cette maladie. Qu?est-ce que ce cancer ? « C?est une prolifération de cellules malignes qui grossissent, se métastasent et envahissent le corps », explique Ani Mohit, cancérologue et coordinateur pour le cancer au ministère de la Santé.

Les Facteurs de risque. On trouve parmi : la puberté (règles) précoce, la ménopause tardive, des antécédents familiaux, le fait de ne pas avoir d?enfant, le fait d?avoir un premier enfant après 35 ans. « En fait, tout est une question de l?exposition de la personne aux hormones ?strogène. Plus la durée est prolongée, plus il y a des risques », explique le docteur Mohit.

Si l?allaitement aurait un rôle protecteur, aucune étude n?a prouvé que la pilule contraceptive a une incidence cancérigène. Quant au Traitement hormonal substitutif (THS), il est conseillé d?en limiter la durée. La consommation excessive d?alcool peut également être un facteur, de même que l?obésité chez la femme ménopausée.

Les signes de la maladie. Une petite boule, pas nécessairement douloureuse, au sein. Des modifications comme la texture de la peau qui change, le mamelon qui produit une décharge.

Le traitement. On confirme la présence des cellules cancéreuses à partir d?une aspiration ou d?une biopsie. Le traitement consiste en une ablation totale du sein malade ou l?élimination de la masse malade. Une chirurgie est aussi effectuée sous le bras pour analyser les glandes, ce qui va déterminer le traitement post-opératoire. Six séances de chimiothérapie sont prescrites, suivent aussi cinq semaines de radiothérapie et une hormonothérapie pendant cinq ans. Bien sûr, un suivi régulier du médecin est aussi de rigueur.

Les Mesures préventives. L?auto-examen (observer ses seins, les connaître pour pouvoir déceler quand il y a une anomalie) et l?auto palpation des seins par la femme sont des mesures préventives utiles. Cela s?applique dès que la femme a 20 ans. Les femmes sont, par ailleurs, invitées à se rendre au dispensaire de leur localité à partir de l?âge de 30 ans pour une consultation clinique : palpation et frottis. La mammographie peut être effectuée à partir de 50 ans.

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