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Ceux qui incarnent la force?

28 janvier 2006, 20:00

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«Police », le terme vient du grec « polis », la cité. Comme beaucoup de cités grecques de l?Antiquité, notre pays a été une colonie. Comme en ces temps, venus bon gré, mal gré, des colons de la métropole, des métèques et des esclaves ont peuplé et façonné ce pays. À cause du caractère hétérogène de notre jeune nation, plus que tout autre État, le respect des règles que nous avons élues est une nécessité vitale.

Car au sein de la cité-État, les hommes ne peuvent coexister sans lois. La loi pose en principe des limites à la liberté de chaque citoyen afin qu?aucun n?empiète sur celle d?autrui. « Civilisé », qui vient de « civis », le citoyen en latin, désigne celui qui respecte la loi pour vivre avec les membres de sa cité. Mais le sens civique est aussi rare que le pétrole à Maurice. Mes compatriotes jettent toujours leurs ordures dans le ruisseau voisin, construisent leurs murs d?enceinte sur la voie publique, etc.

Autrefois, la crainte des châtiments divins inspirait le respect des lois. Dix commandements, Hadiths ou Karma, la loi et la justice étaient d?essence divine. Au-delà de ces schémas de pensée, nous autres humains, ne prétendons pas détenir la Justice avec un grand J. Nous essayons de bâtir une société aussi juste que possible. La loi sert la justice et notre système judiciaire sert la loi.

Mais voilà, aucun livre de droit n?a jamais assommé par sa propre volonté un délinquant. Il faut contraindre les gens à respecter la loi par des moyens de coercition. Il faut des personnes qui doivent appliquer une forme de violence, au nom de la cité, sur ceux qui mettent en danger son harmonie. Ces personnes incarnent la « Force », la violence légale. Et ils doivent savoir que le respect de l?ordre ne doit pas supplanter celui de la Loi.

La Force ne doit en aucun cas s?arroger le droit de punir ceux qui n?ont pas été jugés et qui sont, par conséquent, présumés innocents. Mais cela, nos policiers le savent-ils ? La force dont on fait un usage disproportionné n?est plus la violence légale, c?est de l?oppression pure.

Car, en tant que porteur d?arme légal, le policier a pour lui les moyens physiques de faire obéir la loi mais dans les faits, il peut s?en servir dans son intérêt personnel. Des décennies d?impunité dans les cas d?abus ont servi de caution à tous les tortionnaires en uniforme de ce pays. Qui purgera la police de cette mentalité ?

Nos enfants n?apprennent pas l?histoire des civilisations. La naissance des premières démocraties et des premières républiques, la décolonisation, la victoire du Droit sur la violence de l?arbitraire auraient pu leur apprendre la valeur de la liberté. Nos ancêtres eux-mêmes n?ont-ils pas fait face à la police coloniale britannique, aux sirdars et au Code Noir ? Pourtant aujourd?hui, les Mauriciens ne se sentent même pas redevables envers l?État qui les soigne et éduque leurs enfants gratuitement. Personne ne leur inculque leurs devoirs de citoyens, personne ne leur apprend les droits qu?ils auront à exercer ou à appliquer.

L?éducation et les brutalités policières sont liées : un peuple qui ne connaît ni son histoire ni ses droits ni ses devoirs est voué à l?oppression.

<B>Par Ryan NOORDALLY</B>

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