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Ces Zimbabwéennes au gagne-pain mauricien

3 novembre 2004, 20:00

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Notre été ne semble nullement gêner ces vendeuses zimbabwéennes. Zhelia, assise en tailleur dans sa robe ample à motifs vivement colorés, guette d?un ?il expert l?acheteur potentiel. Cela ne l?empêche pas de haranguer, dans un créole approximatif, les passants indifférents.

A Maurice depuis un peu plus de deux mois, cette mère de famille de 37 ans, s?affaire à écouler les produits typiques de son pays. Elles sont, comme Zhelia, une vingtaine à faire régulièrement le va-et-vient entre Zimbabwe et Maurice pour assurer le pain quotidien des leurs. Obligées de se débrouiller toutes seules en pays inconnu, ces femmes, pour la plupart divorcées ou mères célibataires, forment une communauté où règnent la solidarité et l?entraide.

Elles n?ont bien souvent qu?un tapis comme étal. On y trouve soigneusement disposée une multitude d?animaux miniatures dont des girafes, sculptés en bois rose, des lions et des buffles plus sombres. En retrait, on découvre des abat-jour finement travaillés et d?autres objets qui attisent la curiosité.

Délaissant son petit commerce pour un moment, Zhelia veut bien faire un brin de causette. Elle évoque son périple de son Afrique natale à notre île. Mère de huit enfants, âgés de deux à 19 ans, elle a dû se résoudre à travailler afin de nourrir sa famille après le départ de son époux. ?C?était un bon à rien qui ne pensait qu?à boire et s?amuser avec ses amis?, explique-t-elle en gardant malgré tout son large sourire?

Dans un premier temps, elle se met à l?élevage de poulets qu?elle vend ensuite au marché du village. Mais ses gains suffisent à peine à faire bouillir la marmite. Il y a deux ans et par l?intermédiaire d?une connaissance, elle entend parler de l?opportunité de vendre des babioles à Maurice. ?J?avais déjà entendu parler de ce genre de commerce mais cela me semblait irréalisable.?

Pourtant après s?être renseignée, Zhelia tente le coup. Elle emprunte de l?argent pour s?acheter un billet d?avion, des statuettes et autres objets qu?elle compte bien écouler sur le marché mauricien. Le Zimbabwe, étant membre de la Southern African Development Community, aucun visa n?est requis pour Maurice à condition que la durée du séjour ne dépasse pas six mois.

Un business qui rapporte

Son premier séjour, d?une vingtaine de jours chez nous, se révèle plus profitable qu?elle ne l?espère. ?J?avais du mal à y croire : mes produits étaient très appréciés et j?ai tout vendu tant aux Mauriciens qu?aux touristes.? L?argent obtenu lui permet de rembourser une partie de sa dette et de faire vivre sa famille. Convaincue de la viabilité du business, elle décide de s?y donner entièrement. Et c?est parti pour plusieurs voyages.

Habituée à sillonner les régions touristiques de l?île, Zhelia décide un jour de s?installer pour une semaine à la gare Victoria, Port-Louis. Cela résulte en des conflits avec des marchands ambulants qui considèrent le lieu comme leur chasse gardée. ?Plusieurs de mes amies se sont fait violemment bousculer par certains mais ça ne me fait pas peur.? Ses compatriotes évitent toutefois de faire appel à la police afin d?éviter d?autres problèmes, ajoute-t-elle.

Makala, 32 ans et les poignets chargés de bracelets argentés, abonde dans le même sens. Elle raconte son agression par des marchands mécontents de sa présence mais surtout de ses prix. ?Ils étaient quatre ou cinq. Furieux, ils ont balancé mes statuettes à terre.? Ce sont des passants, témoins de la scène, qui l?ont aidée. Depuis sa mésaventure, elle préfère travailler sur le littoral nord. ?Ce sont des choses qui arrivent et l?important, c?est que je gagne assez d?argent pour vivre correctement.?

Heureuse cohabitation

Makala et Zhelia retrouvent leurs compatriotes à la fin de leur journée de travail afin de rentrer ensemble. Au tout début de cette vie de nomade, elles vivent dans des chambres d?auberges. Afin d?économiser sur la location, elles sont maintenant à plusieurs dans des appartements. ?Il y a une bonne ambiance et vivre ensemble nous permet d?avoir un peu plus de courage car nous passons beaucoup de temps loin de nos familles?, affirme l?une des vendeuses. Cette cohabitation est aussi l?occasion de se réunir autour des plats typiques de leur pays.

En attendant de rentrer au pays et de revoir leurs proches dans un peu moins d?un mois, Zhelia, Makala et les autres s?en vont, chaque matin, leurs sacs chargés de babioles vers de nouvelles régions. Le temps de vendre une part d?imaginaire aux amoureux de l?Afrique.

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