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Ces marques qui marchent

6 janvier 2006, 20:00

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par Aline GROËME

Kevin flashe sur des baskets jaunes. À 11 ans, il sait exactement ce qu?il veut. À Riche-Terre, dans le magasin exclusivement dédié aux articles griffés, le gamin ne marque aucune hésitation. Sa main s?arrête sur les étagères du bas. Et remonte avec ? entre les doigts ? une chaussure de couleur safran.

L?enfant tend le modèle à sa mère. Signe qui ne trompe pas : sur son t-shirt moulant, elle porte en toutes lettres le nom d?une marque de vêtements de surf. Son sac à main est griffé, ses lunettes de soleil aussi. Elle sent le chic à plein nez.

Une maman qui ne bronche pas. Qui ne dit pas que les baskets jaune prononcé n?iront pas avec l?uniforme, que c?est trop voyant. Ou que c?est simplement trop cher. Le craze des marques ne s?explique pas. Il se vit, entre les rayons des grands magasins. Il est cette petite lueur qui s?allume dans les yeux d?adolescents blasés.

Est-ce qu?ils veulent entrer dans un moule, suivre la mode, être comme les autres ou au contraire se démarquer ? Si nous laissons ces questions aux spécialistes, nous ne pouvons nous empêcher d?y penser.

Fanny, elle, a l?air un peu endormie. Il est onze heures et demie. « C?est elle qui m?a emmené dans ce magasin, il faut que tout soit original», confie son père Francis, grutier à la Cargo Handling Corporation. Avec sa chemise à carreaux qui dépasse du pantalon, son crâne rasé et ses lunettes à l?épaisse monture, il n?a rien de la fashion victim.

Debout derrière sa «petite dernière» de 15 ans, il la laisse faire. Seule limite : le prix. Pour cet habitant de Richelieu, les marques, les couleurs et les modèles sont entièrement l?affaire de Fanny, qui fera sa rentrée en Form IV au Port-Louis High School.

«J?ai prévu environ Rs 1 200 pour le sac et les chaussures. Si la bourse le permet, elle choisira tout ici.» Non, le père et la fille ne sont pas allés voir ailleurs. «C?est elle qui m?a emmené directement chez City Sport au Jumbo de Riche-Terre. J?ai suivi.»

Au tour de Fanny de parler. Pas timide, juste désinvolte et un brin apathique. «Tu as une préférence : Adidas, Nike, Reebok? » Haussement d?épaules. Elle secoue la tête. «En classe, tout le monde porte la même chose, c?est la mode ?» Autre mouvement de la tête, cette fois pour dire oui. «Et si quelqu?un ne porte pas des chaussures griffées, cela fait une différence ?» Francis resté deux pas derrière Fanny sourit. Une expression qui en dit long sur ce qu?il pense de ce phénomène de mode chez les collégiens.

Des tendances que l?on ne peut suivre qu?avec des roupies sonnantes et trébuchantes. Chez All Sport, Caudan, revendeur d?articles aux noms prestigieux, les chaussures de sport sont à Rs 840, le modèle griffé pour enfant monte jusqu?à Rs 4 489. Pour la paire de Nike garnie de ressorts pour amortir les chocs, pour les pointures entre 38 et 42, il faut compter à partir de Rs 1100. «Tout trouve preneur», affirme Bernadette, responsable de la boutique.

«Les modèles sont unisexes. Nous n?avons pas noté de véritables préférences dépendant si l?acheteur est une fille ou un garçon. Le bleu marine et le noir sont plus demandés à cause de la couleur des uniformes. Dans la majorité des cas, ils viennent accompagner de leurs parents, parce que ce sont les parents qui paient. C?est plus rare de les voir arriver avec leur bande d?amis.»

Descriptif qui se vérifie à Riche-Terre. Cas classique. Papa, maman et les deux enfants entrent dans le magasin. La famille Sadasivam est de Rivière- du-Rempart. Ils sont là pour trouver une paire de baskets pour l?aînée, Znana Kumari, qui est en Form II au SSS de Rivière- du-Rempart. C?est la mère qui a l??il. Elle attire l?attention de sa fille sur différents modèles, soit entièrement rouges ou rouge et blanc. C?est que l?uniforme de Znana Kumari est de couleur bordeaux.

Pendant qu?elles continuent de faire le tour du magasin, Darmalingum le père nous confie qu?il est self-employed. Nous insistons un peu pour qu?il nous dise : «Mo ena camion, mo job contractor.» Il prévoit d?acheter ? deux paires de chaussures d?un coup. L?autre est pour la benjamine ? «Non, tou le de pou gran la. Li kapav servi pou enn lane net.» Question prix, le père a déjà fait ses comptes : Rs 800 à Rs 900 par paire de chaussures. «Ale, fer li vinn Rs 2 500 kan ou azout sak lekol lor la.» Sans oublier Rs 1 600 pour les manuels scolaires et Rs 3 200 pour un lot de fournitures scolaires comprenant le sketch pad, la boîte de compas, les cahiers? Le tout contenu ? si on veut bien faire les choses ? dans un sac à dos griffé qui vaut Rs 550 à monter.

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