Publicité
Ces femmes qui s?intéressent à la politique
Par
Partager cet article
Ces femmes qui s?intéressent à la politique
Allez, hop : voilà le dossier du siècle pour vous présenter les futures candidates aux prochaines élections. Joli programme, mais n?est-il pas un peu trop ambitieux ? On le concède, il a fallu rectifier un peu le tir en cours de route. D?abord, ce n?est pas facile de trouver les perles rares. Dès qu?on parle de politique, l?image d?une caisse de savon apparaît et fait prendre ses jambes à son cou. Et puis, il faut le dire, beaucoup de celles qui ont du bagout et le potentiel préfèrent rester cantonnées au social. Ensuite, il y a trop de « oui, mais ».
Mais pourquoi est-ce que les femmes hésitent à faire de la politique active ? Comment se fait-il que trois conventions (SADC, Union africaine, CEDAW) signées et ratifiées par Maurice pour qu?il y ait une meilleure représentation des femmes au Parlement, ne sont pas respectées ?
Véritables électrons libres lors du forum débat organisé par WIN le 11 juillet à la municipalité de Port-Louis, les parlementaires Mireille Martin et Nita Deerpalsing et la sociologue Sheila Bunwaree ont tenté d?ébaucher quelques explications. Le sujet qui revient sur le tapis, c?est l?absence d?environnement propice pour que la femme se lance. Si elle tape du poing, on la traite d?hystérique. Et on veut souvent la déstabiliser en l?attaquant sur sa vie privée. Les hommes lui rendent la vie dure parce qu?ils considèrent que les femmes veulent prendre leur place? Tout ceci les pousse à y réfléchir à deux fois.
De nombreuses leçons à tirer
On n?échappe pas non plus à l?histoire des quotas. Sheila Bunwaree estime que c?est la solution musclée pour enrayer cette discrimination qui a toujours perduré. Nita Deerpalsing craint, quant à elle, que ce système n?encourage certains groupuscules à réclamer leur « pourcentage ».
Qui plus est, la question du manque de solidarité entre femmes est également mise au pilori. Exemple : une parlementaire insultée par un collègue masculin et dont les pairs féminins refusent de signer une pétition en signe de solidarité. Et au lieu d?être des alliées, elles peuvent même se regarder en chiens de faïence. « Ale rod enn mari » ou « celle-là n?a pas d?enfant ». Nita Deerpalsing se souvient encore de cette pique lancée par une autre femme.
Autre question abordée : plus de femmes au Parlement apporteraient quoi à la cause féminine ? Il existe aussi le problème des électrices qui, sans doute, parce qu?elles sont conditionnées, n?accordent pas leur confiance aux femmes et peuvent même leur casser du sucre sur le dos.
Beaucoup de questions soulevées, et de nombreuses leçons à tirer, tel est le résultat de ce forum. Le débat continue à susciter des passions, même dans les coulisses. « Donnez-moi de l?argent et vous verrez si je ne peux pas faire élire une femme. C?est souvent une histoire de marketing. Avec une bonne stratégie, on peut vendre n?importe quoi à n?importe qui », lâche la psychothérapeute Audrey D?Hotman qui est excédée qu?en 2007 on apprend toujours aux femmes à faire de la broderie dans les Centres sociaux.
Pour Manda Boolell, membre de Sorop-timist, les raisons sont plus subtiles : « Le problème est complexe. Les femmes ont peur de s?aventurer en politique active car, comme disait Nita Deerpalsing, on vous sort votre histoire, les fantômes du passé. La politique est perçue comme a dirty thing. »
La machine est en route
Ici on avance que les femmes n?aiment pas prendre de risques. Là, on affirme qu?elles ne sont pas intéressées par le pouvoir. Rectifions, elles aiment le pouvoir, mais pour faire avancer les choses. On dit aussi que c?est prouvé que quand les femmes sont aux commandes, il y a moins de corruption? Une chose est sûre, la machine est en route. Nous ne sommes pas à la veille d?une campagne électorale, mais elles se préparent déjà. WIN compte d?ailleurs soutenir et former les femmes qui veulent faire de la politique.
Va-t-on assister à une révolution ? « C?est sûr », affirment certaines. « Lentement mais sûrement », avancent les plus circonspectes. La femme d?aujourd?hui n?est plus tout à fait la même ni tout à fait une autre. Elle réfléchit, analyse et cherche des solutions. Elle n?a pas de complexes, et ne compte pas attendre qu?on lui cède la place, elle va la prendre. Les femmes veulent regrouper leurs forces et se concentrer sur des enjeux communs. Elles le savent, elles doivent s?unir pour émerger. Et elles ne comptent pas pour autant se masculiniser, jeter leurs émotions à la poubelle. Surtout, elles n?entendent pas délaisser leur famille parce qu?elles font de la politique?
Une nouvelle énergie est dans l?air, une synergie se prépare. Et comme l?a rappelé Sheila Bunwaree, et comme le dit si bien Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient. » L?avenir nous dira si le changement aura bien lieu et de quelle pâte sera faite la nouvelle génération de femmes.
Anushca Coy, « Senior Lecturer »
«J?y ai pensé, c?est sûr. Il faut dire que ma s?ur et moi avons baigné dans cet univers dès notre enfance, avec un père politicien. J?avoue que j?y pense encore aujourd?hui, mais ce n?est pas une priorité. Mais si un jour la situation devient trop grave, je pourrai alors envisager de faire de la politique active. Pour le mo-ment, je préfère agir dans le social, et continuer dans ma profession. Après tout, le système, tel qu?il est maintenant, n?est pas encourageant. Pour entrer en politique, il faut souvent un backing. Puis, il existe plein d?obstacles qui se dressent sur votre chemin, surtout si vous êtes une femme. Enfin, faire de la politique est une lourde responsabilité. Il ne suffit pas de savoir s?exprimer en public. Il faut avoir les moyens d?agir, et je ne pourrai pas m?engager pour constater ensuite que je n?ai pas le pouvoir d?apporter des choses concrètes. Par ailleurs, je suis persuadée qu?il faut une formation poussée avant de se jeter à l?eau car la politique est une science. Je ne voudrais pas faire les choses comme un cheval qui s?emballe. Pour que je fasse de la politique active, il faudrait que tous ces paramètres soient réu-nis. Une chose est sûre, si je franchis le pas, j?aurai le soutien de ma famille. C?est à ne pas négliger quand on a des enfants. »
Nella Soobadoo, du secteur hôtelier
«Il y a trop de lacunes à pallier. C?est ce qui fait que je me prépare à faire de la politique. Je le dis franchement, j?aimerais être mairesse de ma ville, parce qu?il y a beaucoup de choses à améliorer. En même temps, encore plus quand vous êtes une femme, vous devez faire attention. Des ministres qui ne connaissent pas leur sujet, qui ne prennent pas le temps de connaître leurs dossiers, gâchent le monde politique. De plus, une ministre qui n?a pas de personnalité et de connaissances dessert la cause des femmes. Si j?étais ministre, je n?hésiterais pas à enfiler un jean et chausser des baskets pour sillonner l?île pour être à l?écoute des gens et savoir ce qu?ils veulent de moi. J?éplucherais les dossiers avec mes conseillers, je me renseignerais sur les lois. Faire de la politique, c?est aussi, pour moi, pouvoir dire non quand il faut et se battre pour faire les choses différemment. Je ne voudrais pas rester là en me contentant d?écouter ce que l?on ressasse depuis 20 ans. À la veille du 1er Mai, je suis allée assister à une réunion politique. Je parlais de mes idées mais, systématiquement, on m?arrêtait car je ne devais pas changer la façon dont les choses ont toujours fonctionné. J?ai alors préféré tourner les talons. Je suis jeune, patriote, je veux faire de la politique et j?aimerais avoir un mentor qui respecte mes idées et non qui essaye de faire de moi une copie de ce qu?il est. Je souhaite que Women in Networking puisse avoir le soutien qu?il faut pour former des jeunes femmes à la politique. »
Anuradha Nunkoo, chef de cabine chez Air Mauritius
«Oui, faire de la politique m?intéresse. Le déclic a eu lieu quand j?ai été amenée à rencontrer des politiciennes en Afrique. Ce qu?elles font là-bas est remarquable. C?est vrai aussi que se lancer en politique, ce n?est pas chose évidente quand on est une femme. À mon avis, le défi aujourd?hui, c?est de ne pas suivre le courant et de ne pas faire de la politique de la manière dont on la fait depuis toujours. Ce qui compte, c?est d?initier une nouvelle manière de faire. Les femmes peuvent apporter un plus. Je parle surtout ici de ce besoin d?être proche des gens, de projeter certaines valeurs, de revenir aux basics. On doit prendre ce qu?il y a de bon dans le système actuel et composer avec les réalités de l?époque. Pour que la femme aille de l?avant, il faut en fait un système plus structuré. »
Smita Lallah, avocate
«Quand j?étais encore au collège, je me disais que je serais politicienne. J?étais une idéaliste, je voulais changer le monde. J?ai réalisé plus tard qu?il y a d?autres façons de s?engager dans la société. Aujourd?hui, je m?intéresse à la politique plus pour son côté littéral. J?ai été la présidente de la JCI de Curepipe, et je suis actuellement la trésorière de la JCI Maurice.
Ce qui m?intéresse, c?est d?apporter ma contribution dans cette bataille pour qu?il y ait plus de femmes en politique. Je peux, par exemple, former d?autres femmes au leadership. Mais faire de la politique moi-même cela ne m?effleure pas l?esprit pour le moment. C?est un choix personnel que je fais mais, au-delà de ce choix, je suis prête à me battre pour que celles qui veulent aller de l?avant puissent avoir la possibilité de le faire sur le même pied d?égalité que les hommes. Je reste persuadée que pour faire avancer la cause de la femme en politique, il faut aussi des femmes qui, dans l?ombre, donnent un coup de main aux intéressées. Dans ce combat on n?a pas besoin que des femmes qui se joignent à un parti politique et qui deviennent candidates. »
Nawshin Mahadao, étudiante en sciences politiques
«Pourquoi pas ? J?aime la politique, mais je doute d?avoir l?opportunité d?en faire. J?ai l?impression que pour avoir un ticket, il faut appartenir, avant tout, à une lignée politique et avoir de l?argent. On dit aussi que politics is a game, either you lose or you win. Il n?empêche que, lentement mais sûrement, j?avance vers mon rêve. J?étudie les sciences politiques à l?université de Maurice et cela me permet de voir plus grand. En analysant les relations internationales, j?arrive à mettre en perspective la situation qui prévaut dans le pays. Je ne suis pas une assoiffée de pouvoir, mais sans ce pouvoir, on ne peut pas améliorer les choses. Et pas question pour moi de pratiquer une politique basée sur des promesses qu?on ne peut pas tenir. Pas question non plus d?entrer dans un système où, par exemple, on ne nomme pas les ministres en fonction de leurs compétences. Au fait, je me suis toujours demandé pourquoi on avait un ministère de la Femme et pas un ministère des Hommes. »
Davina Sholay et Julie Thélot, de « Media Watch »
■ DAvina : « Cela me plairait de faire une carrière politique. J?entends par là contribuer au développement du pays, mais par rapport à mes propres valeurs. Je pense que la femme devrait s?engager pour faire la différence. Elle peut changer le visage de la politique et ce serait passer à côté que de ne pas exploiter cette possibilité. Personnellement, je pourrais m?y engager si je suis sûre de pouvoir assurer un équilibre entre la politique active et ma famille. Quand bien même on est une femme moderne, on ne fonctionne pas seule. Tous ces hommes qui font de la politique ont le soutien de leurs épouses. Est-ce que les époux des politi-ciennes acceptent d?être en retrait, est-ce qu?ils peuvent supporterles horaires irréguliers, les pressions que leurs épouses ont à surmonter, les commérages qu?on colportera sur elles ? À mon avis, c?est un aspect qui mérite réflexion quand on est une femme et qu?on veut faire de la politique. »
■ Julie : « J?aimerais beaucoup faire de la politique un jour et faire avancer mes idées, servir les Mauriciens et mon pays. Mais je me demande s?il y a vraiment des perspectives pour moi dans ce domaine. D?après mes observations, c?est un monde où il ne suffit pas d?être motivé, d?avoir une idéologie et des capacités. Et j?avoue que la peur de devoir faire face à la corruption me freine. Quand je vois qu?on cantonne la femme au ministère éponyme, cela me fait reculer. Je me dis que dans quelques années, je me jetterai à l?eau. En attendant je vais me préparer. »
CHIFFRE
50 % de femmes dans les instances de décision, dont la politique. C?est ce que la Southern African Development Community (SADC) préconise d?ici 2015.
Mais Maurice n?arrive même pas à respecter ses engagements qui stipulent qu?en 2005 on aurait dû avoir au moins 30 % de députées. On en est encore à 17 %.
QUESTIONS A ... DIANE DOMINGUE, CONSEILLERE A LA MUNICIPALITE DE PORT-LOUIS
« La politique vous permet de changer les choses »
Cela fait deux ans que vous faites de la politique. Est-ce si terrible que de s?engager sur cette voie ?
Pas du tout. Il faut de la volonté et vraiment avoir envie de faire les choses pour son pays. Je suis femme et je suis mère, mais avec le soutien de ma famille, je gère bien les choses. Une fois qu?on entre dedans, on sait à peu près à quoi s?attendre. Et quand on sait ce qu?on veut et ce qu?on est, on avance, malgré ce qu?on dit sur vous. C?est tellement bien que de pouvoir contribuer au développement de son pays.
Pourquoi êtes-vous si peu nombreuses ?
Parce qu?il y a cette culture qui veut que ce soit l?homme seul qui peut agir. Mais les choses vont changer. Les femmes se rendent bien compte qu?elles ont un atout important. Elles allient l?émotionnel et le rationnel, ce qui leur donne plus de capacités. Faire de la politique, ce n?est plus réservé uniquement aux hommes.
Quel conseil pourriez-vous donner aux jeunes femmes qui veulent se lancer ?
De ne pas hésiter. Il faut s?intéresser à ce qui se passe dans son pays, et agir pour l?avenir de nos enfants. Il ne faut pas croire qu?en s?engageant on néglige sa famille. Aujourd?hui les femmes ont les moyens d?être autonomes, et elles devraient encourager leurs époux à s?occuper aussi de la famille. La politique vous rend plus épanouie car elle vous permet de changer les choses.
Publicité
Publicité
Les plus récents