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Ces droits bafoués des handicapés?
Qu?ils soient handicapés physiques ou mentaux, la vie quotidienne de quelque 45 000 citoyens mauriciens est un véritable parcours du combattant. Pour eux, accéder aux bâtiments publics n?est pas une mince affaire. Que dire des transports en commun ? De plus, leur droit à l?éducation, à la formation, à l?emploi, aux soins médicaux, aux sports et aux loisirs est régulièrement bafoué.
En septembre prochain, Maurice sera signataire de la Convention internationale pour la protection et la promotion des droits et de la dignité des personnes handicapées. Ne serait-ce qu?une convention de plus qui ne changera rien à la condition des handicapés ?
Rita Venkatasawmy, présidente du Centre d?éducation et de développement pour les enfants mauriciens (Cedem), n?est pas de cet avis. ?Nous accueillons favorablement cette convention car elle forcera les Etats signataires à s?engager et légiférer.?
Maurice a déjà pris les devants en termes de législations : le Building Act de 1919, amendé en 1999 et promulgé en 2005, qui prévoit l?aménagement de rampes et de rambardes mais également d?ascenseurs, de portes et de sanitaires adaptés, ou encore la loi qui prévoit l?emploi de 3 % d?handicapés dans des entreprises de plus de 35 employés. Mais ces lois sont-elles respectées de tous ? Les amendes sont-elles suffisamment lourdes pour dissuader les contrevenants ?
Certaines entreprises ?disabled friendly?, comme les banques commerciales du centre de Port-Louis, exhibent leurs rampes flambant neuves. D?autres, par contre, préfèrent s?acquitter de l?amende prévue pour un bâtiment non conforme plutôt que de prévoir un ascenseur, des sanitaires ou une rampe d?accès qui pourraient leur coûter plus cher. ?Payer Rs 20 000 d?amende, ce n?est rien pour une entreprise qui brasse des millions voire des milliards. Aménager leurs bâtiments ? Elles n?en trouvent pas l?utilité?, s?insurge Jean-François Favory, 25 ans, lui-même handicapé en fauteuil roulant.
<B>Changement de mentalité nécessaire</B>
Et pourtant, l?an dernier, lors d?un atelier de travail sur l?accessibilité, la ministre de la Sécurité sociale, Sheila Bappoo, avait cité un rapport de Quantity Surveyors qui ne faisait état que d?un coût supplémentaire de 0,03 %, ?si les aménagements sont inclus pendant le design stage?.
Un changement de mentalité s?impose. Nombreux sont ceux, les handicapés les premiers, qui l?espèrent. Entre les écoles primaires qui refusent d?accepter des enfants ayant un handicap léger (?ça pou l?Apeim ou Cedem sa?) ou les receveurs d?autobus agressifs (?sa, kot pe ale, pa kapav reste kot zot?), le premier obstacle quant à l?intégration des handicapés dans la société demeure l?attitude d?une grande partie de la population à leur égard.
?C?est blessant de se faire rabrouer par les receveurs. J?en arrive à appréhender les déplacements en autobus?, soupire Jacqueline Khadun, handicapée depuis l?enfance. Jean-François Favory ajoute qu?il n?y a pas de ?prise de conscience de la population?.
<B>Parkings pour handicapés squattés</B>
Il est d?ailleurs fréquent de voir des parkings pour handicapés squattés par des ?valides?. ?Ils descendent de leurs voitures et vous regardent comme s?ils ne faisaient rien de mal?, s?insurge Jean-François Favory. Certaines entreprises rechignent également à employer des handicapés.
Jean-François Favory fait partie de ces quelque 500 handicapés salariés. Lui est superviseur dans un centre d?appels. Entre son embauche et son premier jour de travail, il s?écoule une semaine. ?Pendant ces quelques jours, mon employeur a fait aménager les toilettes. Ce n?est pas tout d?avoir accès au bâtiment. Il faut pouvoir y rester des heures?, précise le jeune homme. Il faut dire que dans son précédent emploi, les toilettes ne lui étaient pas accessibles. ?J?habitais non loin de mon lieu de travail et je faisais le va-et-vient. C?était la seule solution.?
<B>Difficultés d?accès</B>
Également étudiant à l?université de Maurice, il rencontre là encore un problème d?accessibilité. Il doit compter sur la gentillesse de ses amis pour se procurer des livres à la bibliothèque de l?université. Il n?a pas accès à certaines salles de classe non plus.
Et ils sont nombreux les écoliers, collégiens et étudiants qui n?arrivent pas à surmonter ces difficultés d?accès. Beaucoup sont cantonnés dans des Day Care Centres alors qu?ils pourraient intégrer des écoles spécialisées ou des classes intégrées. Rita Venkatasawmy est d?avis que les classes intégrées dans les écoles de mainstream devraient être privilégiées. ?C?est bénéfique tant pour les enfants handicapés que pour les enfants dits normaux.?
Un plan d?action en ligne avec la convention des Nations unies sera lancé le 3 décembre prochain à l?occasion de la Journée internationale des personnes handicapées. Si les autorités expriment souvent leur volonté d?agir, les actions en ce sens ne se concrétisent pas toujours.
Des décennies que la question du transport en commun est évoquée. Marches trop hautes, aucun emplacement prévu pour les fauteuils roulants ou encore trottoirs inégaux qui ne permettent pas l?aménagement de rampes d?accès aux autobus?
Pendant combien d?années encore les handicapés vont-ils être les laissés-pour-compte de la société mauricienne ?
<B>Valérie OLLA</B>
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