Publicité

CEB : les raisons d’un naufrage

24 mai 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le parcours du Central Electricity Board (CEB) ces trois dernières années a de quoi faire frémir ceux qui le dirigent, ainsi que l’État. Le CEB a vu ses finances se détériorer à une vitesse vertigineuse. Il passe d’un bénéfice de Rs 617 millions en 2003 à un déficit de près de Rs 1 milliard en 2006.

Si sa situation financière est dans le rouge, c’est essentiellement pour deux raisons : la hausse des prix des produits pétroliers et la majoration du prix d’achat de l’électricité produite par les Independent Power Producers (IPP), qui est indexé sur le prix du charbon.

Des raisons qui poussent le CEB à restructurer ses dettes en lançant une émission d’obligations qui n’est pas tout à fait sans risques pour les éventuels investisseurs. Sans compter les considérations politiques qui vont aussi déterminer la transformation de ce corps parapublic en nouvelle compagnie d’État.

Pour 2006, les prévisions du CEB sont que les achats de l’électricité des IPP seront de Rs 2 milliards, soit presque le même montant qu’en 2005, contre Rs 1,5 milliard en 2004. Le prix du charbon la tonne a presque doublé en deux ans même si une tendance à la baisse est notée depuis la fin de l’année dernière.

Environ 55 % de l’électricité est produite par le CEB et 45 % par les IPP. Or les contraintes opérationnelles peuvent amener un rabaissement de la capacité de production des unités actuelles du CEB. 15 % de sa capacité de production vieillissent et doivent être remplacés.

Une situation de profit à celle de perte</B>

La capacité totale de production du CEB et des IPP est de 487 mégawatts (MW). Une pointe de 353 MW a été atteinte en décembre de l’année dernière. Dans l’hypothèse d’une croissance de 5 % de la demande, l’on s’attend à une pointe de 371 MW cette année.

Le pire scénario basé sur les stations vieillissantes serait une déficience de 110 MW. Mais la capacité de production actuelle est considérée comme étant suffisante pour faire face à cette pointe.

D’autant plus que les trois nouveaux moteurs de la station de St-Louis sont déjà opérationnels et qu’un cinquième IPP (la nouvelle centrale bagasse-charbon de Savanah) d’une capacité de 70 MW sera en service en avril 2007.

La situation financière du CEB est passée d’une situation de profit à une situation de perte en trois ans. En 2003 ses profits, de l’ordre de Rs 617 millions, ont baissé considérablement en 2004 pour atteindre Rs 86 millions. Mais pour 2005, la situation est complètement renversée. Elle enregistre des pertes de Rs 321 millions et pour 2006, ces pertes sont estimées à Rs 1 milliard.

En l’espace d’un an, le CEB a payé presque Rs 1 milliard en plus sur ses dépenses pour l’huile lourde destinée à ses unités de production : St Louis, Fort George et Fort Victoria. Pour 2006, ces achats totalisent Rs 2,7 milliards.

Pour l’année 2005, le CEB avait pensé que la roupie mauricienne allait se déprécier par 5 % seulement par rapport aux monnaies étrangères. Si par rapport à l’euro et au yen, la fluctuation de la roupie a été moins de 5 %, par contre, le dollar s’est apprécié de 8,4 %.

En 2004, les fluctuations sur les taux de change ont coûté Rs 383 millions au CEB, contre Rs 100 millions en 2003.

Nouveau statut d’entité corporative</B>

Pour cette raison le CEB a mis en place un programme d’émissions d’obligations (Bond issue) pour minimiser les risques associés aux fluctuations de taux de change et aux taux d’intérêt. Les prêts contractés en devises étrangères seront remplacés par des dettes en roupies.

Ce Medium Term Bond Programme concernera dans sa finalité des émissions d’obligations pour Rs 5 milliards. À ce stade, une première étape pour une Bond issue pour Rs 700 millions a été émise. Le reste sera émis graduellement quand la nécessité se fera sentir. Ce sont surtout les investisseurs locaux qui seront ciblés.

En même temps, le CEB a mis les éventuels investisseurs au courant des risques liés à leurs investissements. La possibilité que le CEB devienne une compagnie d’État est envisagée. Dans cette éventualité, les avoirs, droits et engagements du CEB seront transférés à cette nouvelle compagnie.

Un projet de loi sera présenté pour la création d’un corps indépendant pour réglementer le secteur de l’énergie électrique. Le CEB risque de ne pas voir ce processus de corporatisation se terminer à temps. Ce qui retardera la création de son nouveau statut d’entité corporative. Sans compter que cela peut affecter toute éventuelle décision concernant une augmentation de tarifs. Mais cette augmentation n’est pas envisagée pour l’instant.

Autre risque pour les investisseurs dans les obligations est que le gouvernement peut choisir de ne pas garantir ses engagements une fois que le CEB est devenu corporation d’État.

Publicité