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Ce que cachent les prix

15 juillet 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Tout augmente. C?est ce que doivent se dire ceux qui passent à la caisse des supermarchés après avoir fait leurs courses. L?ascen-sion, parfois lente ou folle, des prix amène les simplistes à adopter une politique de contrôle. Les plus raisonnables, en revanche, s?attardent sur la face cachée des prix. Celle qui est lourdement influencée par la conjoncture internationale, la taxe sur la valeur ajoutée, la politique monétaire du pays. Mais aussi d?autres éléments dont on a peut-être ignoré l?importance jusqu?ici, comme les effets d?une profonde réforme de nos tarifs douaniers.

Une sécheresse en Australie ? Et c?est le prix de la farine qui grimpe. Une crise dans le Golfe, et c?est le litre d?essence qui crève le plafond des Rs 40. Impuissants devant cette con-joncture-là, c?est la voie de l?intervention directe à travers la taxation que certains privilégient alors.

Le caddie coûte trop cher ? Allégeons son prix en enlevant de la ta-xe sur la valeur ajoutée (TVA). Plus facile à dire qu?à faire. On ne touche pas à la « reine TVA » à 15 % sans courir de très graves risques. Cette taxe constitue, en effet, le plus important revenu de l?État. Sur chaque roupie qu?il encaisse, 40 sous proviennent directement de cette taxe. Autant dire qu?y toucher signifie courir le risque de déséquilibrer davantage le déficit budgétaire.

Reste la politique monétaire. La quasi-totalité des produits, biens et matières premières que les entreprises et ménages mauriciens consomment provient de l?étranger. Roupie forte devrait signifier importation coûtant moins cher. Donc, en conséquence, des prix à la baisse.

<B>Une politique de roupie faible</B>

Sauf que la valeur d?une monnaie est le reflet plus ou moins fidèle de l?état de l?économie et des finances publiques d?un pays. La valeur de la roupie est, en même temps, l?indice de la confiance que les investisseurs locaux et étrangers affichent dans les perspectives économiques du pays. Ou encore le volume de devises en circulation dans le pays : notamment avec l?apport d?investissement direct étranger (IDE). Sauf que durant les deux ou trois dernières années, ni la croissance, ni les IDE massifs et encore moins la santé des finances publiques, n?ont permis à la roupie de s?apprécier.

Pire, pour doper artificiellement la compétitivité des exportations, la Banque de Maurice, avec la bénédiction du gouvernement, a poursuivi une politique de roupie faible. Signifiant certes des recettes d?exportation en amélioration, mais aussi et surtout une facture d?importation qui explose pour le pays. Phénomène qui s?est lourdement fait ressentir l?année dernière et au début de cette année.

Ainsi, l?indice des prix à l?importation de l?alimentaire a grimpé de 14 % entre le premier trimestre 2006 et la même période en 2007. La catégorie animals and vegetable oils and fats a pris 42 % en un an. Mais une roupie qui se stabilise et qui prend même de la valeur face au dollar ou à l?euro ne signifie en rien une baisse des prix à la consommation. Il est temps de trouver un autre moyen pour arriver à inverser la tendance à la hausse des prix.

La Banque mondiale, dans un rapport sur Maurice datant d?avril 2006, suggère un nouveau moyen de préserver et même d?améliorer le pouvoir d?achat des Mauriciens. En ayant recours à une profonde réforme des droits de douanes.

Une lourde réduction des droits de douane, voire même leur suppression totale, bénéficierait largement, selon la BM, au tiers de la population mauricienne percevant de faibles revenus. Car la baisse des droits de douane a un impact conséquent sur les catégories de produits que les ménages les moins aisés consomment le plus : alimentaire, boissons, habillement et chaussures.

Le rapport de la BM quantifie les effets d?une élimination des tarifs. Il estime ainsi que les prix des produits alimentaires de base importés devraient baisser de 12,8 %. Le prix des légumes, ainsi que celui des vêtements et des chaussures importés chuterait également d?environ 10 %, tandis que le poisson, la viande et les fruits d?importation coûteraient entre 1,3 % et 4 % moins cher. Un tel effet sur le niveau des prix n?est pas sans intérêt pour le budget des ménages.

<B>Le scénario est envisageable</B>

Ainsi, le rapport explique que des foyers à faibles revenus (moins de Rs 2 500), tout en continuant à acheter les produits qu?ils consomment actuellement, pourraient dans la foulée réaliser des économies mensuelles de près de 3 %. Mais cette politique, aussi intéressante soit-elle pour le budget des ménages, n?est pas sans risques. Les droits de douane représentent 5 % des revenus de l?État. De plus, c?est à l?abri des barrières tarifaires qu?une petite industrie de substitution à l?importation, généralement peu compétitive, vivote à Maurice.

Éliminer les tarifs serait signer leur arrêt de mort. Avec, dans la foulée, le licenciement de leurs employés. La Banque mondiale pense que cette politique pourrait sacrifier 13 000 jobs dans le pays. La réforme des tarifs douaniers ne peut être mise en ?uvre que quand la croissance économique et la création d?emplois et d?entreprises dans le pays sont dynamiques.

Ces conditions sont également importantes pour que le gouvernement comble le manque à gagner que générerait une élimination des droits de douane. Une baisse des prix, dans certains cas, peut causer une augmentation de la consommation? générant au passage des revenus additionnels à partir de la collecte de la TVA.

Tout est une question de croissance et de dynamisme dans l?économie. La BM juge ainsi que si un taux de croissance minimal de 5 % des importations et du produit intérieur brut sont au rendez-vous, les finances de l?État pourraient ne pas avoir à souffrir d?une telle politique. Sur une période de mise en ?uvre de quatre ans, les revenus du gouvernement prélevés à partir des activités commerciales pourraient même enregistrer une hausse d?un milliard de roupies.

Toutefois, pour arriver à ce résultat, le gouvernement et le ministre des Finances devront braver la colère d?une industrie locale condamnée à une mort certaine et mettre en place une politique extrêmement efficace de reconversion de leurs licenciés.

Tout en s?assurant que la croissance économique continuera à s?affermir pour atteindre le plateau des 7 %. Vu l?embellie économique qui se profile, ce scénario est envisageable?

<B>Contrôle : Les 19 élus</B>

Sur les quelque 5 000 articles disponibles dans une grande surface, le gouvernement exerce un contrôle sur 19 d?entre eux. Il existe deux types de contrôle des prix. Le premier consiste à fixer le tarif auquel le produit doit être vendu. C?est le cas pour le pain, le ciment, le gaz ménager, certains types de fertilisants, le bois communément appelé timber, les produits pétroliers, la farine et le riz ration. L?autre mode de contrôle fixe la marge bénéficiaire des produits.

Les articles pharmaceutiques et le lait en poudre (photo) sont, par exemple, soumis à ce régime de marge bénéficiaire fixée. Et pour le lait en poudre, cela s?applique depuis 2005. Au ministère du Commerce, on indique que cette intervention a permis de faire baisser les prix de ce produit. « Le sachet de lait vendu sous le régime de la marge bénéficiaire fixée était offert à Rs 113,57 en décembre. Sinon il aurait coûté Rs 128,13 soit Rs 14,56 de plus. En juin, le même sachet de lait était vendu à Rs 139,19. Sans le régime de marge bénéficiaire contrôlée, il aurait coûté Rs 21,37 de plus soit Rs 160,56. »

<B>Entre taxes et droits de douane</B>

L?évolution du prix d?un produit importé depuis qu?il est réceptionné à la douane jusqu?à ce qu?il soit affiché sur les étagères, est un véritable parcours de combattant. L?étiquette collée sur l?emballage est en fait le résultat du coût d?un ensemble de facteurs tant commerciaux qu?administratifs. Et la capacité des autorités d?influencer, voire d?annuler certains de ces facteurs, est très limitée.

Prenons l?exemple d?une bouteille de whisky importée. Lorsque le bateau qui le transporte arrive au quai, la bouteille ne coûte que Rs 100. Cette somme inclut le prix auquel l?article a été acheté au producteur, le montant de la police d?assurance pour couvrir les risques inhérents à son transport et enfin le tarif du fret. Et dès que le produit pénètre le territoire mauricien, son prix va grossir. La douane y adjoint des droits de Rs 30. Ensuite, l?article est frappé d?un droit d?accise de Rs 252 qui est une forme d?impôt indirect portant sur certaines marchandises, tout particulièrement l?alcool et les cigarettes.

Lorsqu?il se présente à la caisse, le consommateur payera la bouteille importée dont le prix est passé de Rs 100 à Rs 670. Ce prix inclut trois autres composantes. Premièrement, les coûts administratifs équivalents à 16 % (soit Rs 107) du prix de la bouteille à la caisse. Ils comprennent, entre autres, les frais de dédouanement, d?entreposage, de transport et d?autres coûts d?opération.

Deuxièmement, le prix de la bouteille comporte une marge de 12 % (Rs 80) destinée aux revendeurs et aux grands acheteurs, à raison de 8 % et 4 % respectivement. Enfin, le prix à la caisse inclut l?inévitable taxe sur la valeur ajoutée de 15 %, soit Rs 100 sur une bouteille de Rs 670. Il faut savoir que le prix des boissons alcoolisées n?est pas contrôlé. Ce qui signifie que l?opérateur peut les vendre avec la marge de profit de son choix. Comment alors arrive-t-il à proposer tel ou tel prix ? Très peu d?opérateurs sont disposés à en faire état. « Il est hors de question de faire état de la structure de nos prix. C?est risqué dans un marché hautement compétitif », soutient l?un d?eux, qui a voulu garder l?anonymat.

En revanche, on est plus ouvert quand il s?agit de révéler la structure du prix de vente d?un produit sur lequel le ministère du Commerce exerce un contrôle. Prenons le lait en poudre importé par exemple. Le gouvernement ne fixe pas son prix de vente comme c?est le cas pour le pain, mais il impose une marge bénéficiaire qui représente la différence entre le prix de vente et le prix de revient. Cette marge est de 14 % si le produit importé est vendu directement sur le marché.

Cependant, s?il existe des coûts d?opération avant sa commercialisation, ceux-ci sont pris en compte. La marge est de 18 % (14 %+ 4 %) pour l?importateur du lait en sachet laminé et qui l?emballe dans une boîte. Elle est de 19 % si le lait est importé en vrac et est ensaché dans des sacs en plastique.

Elle est de 21 % si le lait en vrac est placé dans un sac laminé. La margebénéficiaire est de 24 % si le lait en poudre importé en vrac est mis dans un sac laminé, puis emballé dans une boîte en carton.

<B>Une question de marges?</B>

Mark up, margin? les mots paraissent barbares. Et ne veulent strictement rien dire à la grande majorité des personnes passant aux caisses des supermarchés. On sait vaguement que ces termes concernent les prix des produits. Tout comme on sait que le ministère du Commerce, de manière sporadique, menace de les contrôler de manière stricte.

En fait, le mark up ou taux de marge est la différence entre ce que coûte un produit à son importateur, sans taxes ou droits de douane, et le prix auquel il est revendu, toujours hors taxes. Ainsi, quand un fer à repasser est acheté par son importateur à Rs 650 et revendu à Rs 1050, le taux de marque de l?importateur est de 61,5 %. Mais cela ne veut nullement dire que ledit importateur a fait 61 %, soit Rs 400 de bénéfices, dans l?opération. Pour connaître le montant qui peut plus directement être assimilé aux profits d?une entreprise qui fabrique ou distribue des produits, il faut plutôt s?intéresser à ses marges bénéficiaires ou profit margin. Ce taux affine celui, brut, du mark-up. En effet, les frais administratifs, bancaires et légaux divers entrent dans le calcul du taux de marge.

Si, en reprenant l?exemple du fer à repasser, il coûte à l?entreprise Rs 315 pour en faire la publicité, payer le transport et les autres frais comptables liés à sa commercialisation, le taux bénéficiaire réel pour la société sur un fer à repasser est donc de Rs 75.

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