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Bulldozer d?aujourd?hui et explosifs d?hier

10 octobre 2005, 00:00

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Aujourd?hui Ferney voit défiler bulldozers et camions chargés de rochers et d?agrégats. Hier, Treize Cantons ou, plutôt Treize Canons, voyait défiler des camionnettes bourrées d?explosifs servant au dynamitage d?une carrière de corail. Aujourd?hui comme hier, le même mépris pour l?environnement. Hier comme aujourd?hui, le même mépris pour des villageois qu?on sacrifie allègrement sur l?autel de nos nouvelles religions économiques.

Hier, Sa Majesté le Sucre. Hier, la construction car quand le bâtiment va, tout va, dit-on. Aujourd?hui, le touriste Roi qu?on présume tellement pressé d?aller s?enfermer dans un hôtel-cloître haut de gamme qu?on suppute qu?il préférera un tunnel à une de nos plus belles routes côtières par beau temps. De toute façon, ce n?est pas lui qui décide mais le chauffeur de taxi qui le tient en otage et qui fera au besoin le détour par Arsenal si un mercanti lui alloue un jeton de présence.

Alain Gordon-Gentil raconte la psychose sévissant, en octobre 1980, à Treize Cantons, Vieux-Grand-Port. A l?arrivée de la camionnette bourrée d?explosifs, les villageois se terrent chez eux. On fait s?asseoir les vieux. On essaie de tranquilliser les enfants. Les chiens hurlent à la mort. Le ciel retient son souffle. Le village se recouvre d?un épais silence que déchire le tonnerre causé par des séries d?explosifs. Des heures d?attente ponctuées, par les cris de la mine ô ! Puis de nouveau le silence. On se hasarde à sortir d?un chez soi, devenu terrier ou tranchée par la force des choses. Il n?y a plus qu?à aller vérifier si les vitres ont tenu le coup. Si de nouvelles lézardes ne se sont pas ajoutées aux anciennes. Si celles-ci ne se sont pas allongées de quelques centimètres. Mais peut-on mesurer le choc ressenti par des enfants et des vieillards terrorisés ?

En 1959, la Mahébourg Lime Factory loue un terrain en bordure de mer, à mille roupies par mois. Le bail est d?une durée de 30 ans. Il lui donne le droit d?exploiter une carrière de corail, datant de notre préhistoire. Cette compagnie fournit 95 % des besoins en chaux du pays. L?exploitation du corail se fait longtemps avec l?aide de marteaux-piqueurs. En 1980, on a recours au dynamitage.

Les villageois invitent des députés de proximité (D. Basant Rai, Radha Gungoosingh, Hurrydev Ramchurn) pour constater cette pollution assourdissante. Les villageois s?insurgent : la charge est plus faible en raison de cette présence parlementaire. La charge est la même, rétorque la MLF. ? Voyez nos maisons fissurées ! ? Elles ont été mal construites. Enième dialogue de sourds. Technocrates versus Ti-Dimoune. Pot de fer versus Pot de terre. Gouvernement socialiste au secours des capitalistes.

Alerté par le ministre Basant Rai, le Premier ministre, Seewoosagur Ramgoolam, interdit le dynamitage. La SMF passe outre. A titre expérimental. A des fins de vérifications, précise-t-elle. Comment peut-on passer outre à l?ordre d?un Premier ministre ? Peut-être parce qu?il est PM de nom seulement. Peut-être parce que certains estiment qu?ils n?ont pas d?ordres à recevoir d?un PM. Peut-être parce que certains croient qu?un PM leur doit quelque chose. Hier, le dynamitage chronique à Treize Cantons. Aujourd?hui, la charcuterie routière de la forêt endémique de la vallée de Ferney. En attendant l?abattage des derniers ébéniers de Camizard. Où est le changement promis ?

Pendant que des villageois pleurent leur tranquillité perdue, la FSSC raconte son histoire dans un bulletin mensuel, Civil Services News. La Federation of Civil Service and Aided Teachers Union voit le jour le 12 mai 1957. Elle est la première centrale syndicale à être enregistrée. L?année suivante est chaude sur le plan syndical en raison de la nomination de M. Howes pour réviser les salaires dans la fonction publique. Les hauts fonctionnaires ont droit à une augmentation de 15 à 30 %. La hausse salariale va de 20 à 4 % pour ceux au bas de l?échelle. La vocation des hauts est de s?envoler et celle des petits de rapetisser. La grogne est générale. La fédération soumet une liste d?anomalies au Whitley Council. Les tactiques dilatoires se multiplient. En 1960, on en est au dead-lock. La fédération exige l?institution d?un tribunal d?appel.

Un meeting dans la cour de l?hôtel de ville de Rose Hill rassemble, le 16 octobre 1960, quelque 5 000 fonctionnaires. Ils votent pour la grève le 3 novembre. Le gouvernement cède. Le tribunal d?appel voit le jour en juillet 1961. Le président en est l?ancien juge puîné, Raman Osman qui sera gouverneur général de Maurice dans les années 1970. Ses assesseurs sont R. Harvais et L. Guého, du côté officiel, et Hervé Duval, France Domingo, Yves Tan Yan, R. Burrenchobay et Eric Nicolas, du côté des employés. Le gouvernement est représenté par A. Moos, M. Toofany et Raymond Chasles. Du monde et du beau monde.

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