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Budget inapproprié

6 avril 2005, 00:00

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Le Budget 2005-2006 est politiquement opportun, mais économiquement inapproprié. À quelques mois des élections générales, personne n?est dupe des arrière-pensées politiciennes de ce budget mais, au-delà de la politique, il y a la vérité des faits et des chiffres. L?ambition de transformer l?île Maurice en une duty-free island est louable en soi, mais aucun gouvernement n?y arrivera sans une approche cohérente et intégrée. Tout au plus aura-t-on une variété de produits étrangers sur le marché local. Et encore faut-il que le pays ait les moyens de ses ambitions, ce qui est loin d?être le cas.

Dubayy et Singapour ont pu devenir des paradis hors taxes, le premier grâce à l?argent du pétrole, et le second grâce à la stabilité de sa monnaie et à la force de ses institutions contre la corruption. L?île Maurice ne possède ni de gisement de pétrole ni de gisement d?or et, par-dessus le marché, elle a une monnaie qui ne fait que se déprécier. Même exemptés de droits de douane, les produits importés à Maurice ne seront pas internationalement compétitifs parce que notre taxe à la valeur ajoutée (TVA), à 15%, est trop élevée. À Dubayy comme à Singapour, la taxe sur la consommation est faible. En outre, ces deux pays peuvent jouer sur le volume : 8,3 millions de touristes ont visité Singapour l?année dernière alors qu?à Maurice, on a des états d?âme sur le ?seuil de saturation? des touristes.

Une duty-free island n?est faisable que si l?on libéralise l?accès aérien comme il le faut. Or, le budget 2005-2006 ne contient aucune mesure dans ce sens, ce qui est contradictoire. Autre politique contradictoire : le gouvernement introduit un Jewellery Loan Scheme, mais abolit les droits de douane sur les produits de bijouterie. À ce titre, il serait moins coûteux de faire de l?importation que de s?engager dans la manufacture.

L?enlèvement brutal des droits de douane sur des produits dits sensibles risque de tuer l?industrie locale. Pour sûr, la réduction des droits de douane s?insère dans un processus normal de libéralisation du commerce extérieur, et ce, dans le cadre de nos engagements vis-à-vis de l?Organisation mondiale du commerce. Une libéralisation soutenue mais graduelle serait susceptible de donner le temps nécessaire à l?industrie locale d?aiguiser sa compétitivité, notamment face aux produits sud-africains. L?Association of Mauritian Manufacturers demandait même un moratoire sur la création, prévue pour 2008, d?une zone de libre échange au sein de la Southern African Development Community dont Maurice et l?Afrique du Sud sont membres. Mais c?est le pire que l?industrie locale a obtenu du budget : une libéralisation accélérée des échanges commerciaux.

Alors qu?il y a des pertes d?emplois dans la zone franche, il faut compter sur l?industrie locale pour créer des emplois. Maintenant si celle-ci commence aussi à licencier, ce ne sont pas les chômeurs, en nombre croissant, qui iront acheter les produits détaxés. Sauf que l?État va agir lui-même comme clientèle en créant des emplois dans des secteurs publics.

L?idée d?une duty-free island suppose que la demande soit là. Mais la demande ne s?accroît que si la production s?accroît d?abord. La grande faiblesse de ce budget 2005-2006 est qu?il accorde peu de considération à la production, seule génératrice d?emplois et, donc, de pouvoir d?achat.

Il n?est pas exact de dire que l?abolition des droits de douane sur de nombreux articles incitera à la consommation. Pour être précis, elle encouragera l?importation au risque d?alourdir le déficit commercial, puisque l?exportation recule en termes réels actuellement. Les pressions sur la roupie s?accentueront, ce qui amènera la Banque de Maurice à puiser dans les réserves. Déjà, le ministre des Finances a indiqué que nos réserves internationales nettes représenteront 8 mois d?importations pour l?année 2004-2005, alors qu?elles valaient 9 mois d?importations l?année dernière.

On ne peut pas créer une duty-free island sans assainir les finances publiques. La dette publique, qui atteindra Rs 105 milliards au 30 juin prochain, reste insoutenable. Dans ce budget, il n?y a aucune rationalisation des dépenses publiques qui, au contraire, augmenteront par Rs 2,6 milliards en 2005-2006. La première phase du projet duty-free island coûtera Rs 1,4 milliard à l?État en droits de douane. Quand on sait que la TVA est calculée sur les droits de douane, on ne sait pas trop comment l?État arrivera à contenir le déficit budgétaire à 4,8 % du produit intérieur brut en 2005-2006. Le gouvernement avait promis 3 %, puis 4 %. À quoi bon faire des projections macroéconomiques si l?on ne les respecte pas ?

<B>Eric NG PING CHEUN</B> (www.pluriconseil.com)

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