Publicité

B.P. 247

1 novembre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Abandon d?enfant : Tous coupables</B>

Retrouver la mère à tout prix. Cela ne devrait pas être difficile car les femmes enceintes arrivées au dernier terme de leur grossesse, cela se remarque. Les recherches pour retrouver les nouvelles accouchées peuvent être longues, mais elles aboutissent comme dans les cas précédents d?abandon de bébé. Qu?elles aient laissé le nouveau-né à l?hôpital, près d?un couvent, dans un dépotoir, dans un pit latrines ou dans un sac plastique, cela s?est toujours su.

Retrouver la mère pour la punir. Avant que la justice ne se prononce officiellement, il y a ces autres punitions qui vont s?accumuler : la triste notoriété qui s?ensuit dès que la coupable est repérée ; tous qui la pointent du doigt avec des blâmes exprimés ou sous-entendus, des accusations de crime d?infanticide et de mère dénaturée.

Il y a eu déjà de longs mois de difficultés : panique devant la grossesse non désirée. Solitude quand le père laisse la future maman seule à affronter la grossesse. Angoisse de se demander quoi faire et que faire de l?enfant quand il sera né. Accoucher seule, sans aide, sans comprendre le pourquoi des douleurs, sans projet d?avenir pour le nouveau-né.

Un ?baby blues? sous-jacent avant même la naissance. Une maladie maintenant reconnue. Quel parcours de combattant pour cette femme qui n?a pas eu dans son entourage quelqu?un à qui se confier. Personne pour lui donner des raisons d?espérer en lui disant ?je t?aiderai, tu peux compter sur moi?. Personne pour la diriger vers le Mouvement d?aide à la maternité, tellement méconnu et avec des moyens si limités.

Prisonnière de sa grossesse, elle se retrouve maintenant traquée par la police.

Il lui restait la possibilité de donner cet enfant en adoption, alors qu?elle le portait. Il n?est de semaine que des cas de demandes d?adoption ne se précisent, mais savoir comment s?y prendre. Les procédures sont compliquées ; la loi n?a pas été améliorée ; l?association bénévole qui veut s?investir pour faciliter les adoptions ne rencontre qu?indifférence dans les médias et le grand public. Il faut aussi compter avec les lenteurs de la bureaucratie.

Qu?en est-il des autres coupables ?

Le père qui n?a pas fait surface.

La famille à qui cette femme traquée n?a pu se confier.

Notre société mauricienne qui juge et condamne sans avoir voulu jusqu?à maintenant se doter d?un service d?adoption efficace et personnalisée, ?uvrant à la fois dans l?intérêt de l?enfant, des parents biologiques et des parents adoptifs.

Les associations féminines qui ne trouvent pas important de se mobiliser sur la question?

Jusqu?à quand continuera-t-on à avoir des ?faits divers? aussi sordides où le nouveau-né parvient à crier sa volonté de vivre quand tout autour de lui l?a condamné à mort ? Et qu?il sera confié à un abri anonyme, alors que tant de foyers sont dans l?attente d?un enfant à chérir?

<B>Monique DINAN</B>

Publicité