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Baie-du-Cap et le souvenir du Nakoda Corjee et du Clan Campbell

30 juin 2008, 00:00

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Récemment, quelques journalistes ont annoncé avec l?enthousiasme juvénile qu?on leur connaît que le village de Baie-du-Cap se dote d?un nouveau poste de police «flambant neuf». Il convient de craindre comme la peste cette expression, surtout depuis que des voix, mêmes ministérielles, l?ont utilisée pour La Nef restaurée de Souillac. Nouveau bâtiment prétendument en blocs de corail, tellement flambant neuf, qu?on y sent même la Naf...taline, écrivait à ce sujet un esprit chagrin.

«Flambant neuf» peut rester au travers de la gorge à certains d?entre nous, légitimement préoccupés qu?ils peuvent l?être quant au sort réservé à l?ancien poste de police, situé tout en hauteur, au bord de la route côtière, et surplombant la baie du Cap. La vétusté de ce bâtiment plaide certainement en faveur de son remplacement par l?heureuse mais trop tardive construction d?un nouveau poste de police.

Mais nouvelle construction ne doit pas signifier automatiquement démolition de l?ancien bâtiment. Nos autorités concernées et pas seulement policières ont déjà sur la conscience (?) la triste destruction et disparition des anciens postes de police de la Rivière des Anguilles, de Bel Air-Rivière Sèche, de Vacoas (ancienne maison coloniale) pour ne pas devoir être accusées, demain, d?avoir fait table rase d?un des rares bâtiments historiques de la route côtière savanaise. Un tel vandalisme officiel et administratif n?aurait d?égal que l?inepte et inutile destruction de nombre de grandes salles de l?ancienne usine sucrière de Bel Ombre. L?on reste songeur devant le fait que des décisionnaires de notre secteur privé (d?intelligence pour le coup) n?aient pas mieux compris les avantages providentiels de la conservation à d?autres fins (commerciales, artisanales, artistiques, culturelles) des vastes salles de l?ancienne sucrerie, d?autant qu?elle est aujourd?hui entourée d?hôtels dit là haut cinq étoiles. Il y avait là le moyen de vendre à des touristes le rêve de pouvoir se rassembler à des fins, entre autres culturelles, dans les vestiges d?une sucrerie séculaire. Résignons-nous au fait que la vente du rêve c?est de l?hébreu pour beaucoup de nos décisionnaires touristiques et autres déménageurs du territoire. On ne peut pas tout posséder : l?avoir, le pouvoir et le savoir, en prime. Il faut bien laisser quelque chose (le moins précieux, si possible) aux non-possédants.

L?ancien poste de police de Baie-du-Cap est intéressant sur le plan historique et patrimonial pour plusieurs raisons. Il s?agit d?une contribution citoyenne du propriétaire de l?établissement sucrier de Bel Ombre, au début du XXe siècle. M.B. Burrun rappelle utilement, à la mi-juin 1983, qu?une plaque apposée sur le parapet, séparant le poste de police de la route côtière, atteste que, sur les instructions de Nakoda Ludhaboy Corjee, le propriétaire musulman de Bel Ombre Sugar Estate, M.H.J.H. Hamed utilise, en 1905, les débris du navire naufragé, le Clan Campbell, pour doter la région de Baie-du-Cap d?un poste de police, sans doute un des plus anciens de la Savane après celui de Souillac. Notons que le musulman Nakoda Corjee est aussi le constructeur du château de Bel Ombre. L?aurait-on su dans certains milieux que peut-être, cette belle demeure ne serait plus là.

On peut raisonnablement présumer que les débris, provenant du Clan Campbell, doivent être des meilleures essences disponibles à l?époque et qu?il s?agit au moins du bois de teck sinon d?acajou. Nous savons seulement que ce navire fait naufrage quelque part entre Souillac et Baie-du-Cap, le 21 septembre 1882. Pour qu?on en ait pu récupérer des débris, tout laisse croire qu?il s?agit d?un échouage sur les récifs. Sait-on seulement combien de descendants des constructeurs et des armateurs du Clan Campbell pourraient être financièrement intéressés d?apprendre qu?il en reste encore, peut-être, d?aussi intéressants vestiges.

Construit autour de 1905, l?ancien poste de police de Baie-du-Cap est donc un bâtiment centenaire. A ce titre, il mérite d?autant plus le respect qu?on l?édifie avec les bois du Clan Campbell. Si ce bâtiment n?est plus apte à abriter un poste de police, dans une localité aussi stratégique que Baie-du-Cap, tout indique qu?il convient à merveille à une plus haute vocation administrative (conseil de village), culturelle (Maison de la Culture, Musée, Maison des Jeunes) ou encore être mis à la disposition d?entrepreneurs du secteur privé (restaurant, boutique artisanale, boutique de souvenirs touristiques) à condition toutefois de respecter un cahier des charges des plus minutieux et précis.

Pour sûr, le comité officiel chargé de la protection et de la promotion de nos bâtiments historiques et de notre patrimoine architectural (Heritage Trust) a dû déjà soumettre aux ministères concernés, comme au Bureau du Premier ministre, une liste officielle de recommandations à respecter afin que le bâtiment séculaire, construit en 1905 par H.J.H. Hamed, sur les instructions de Nakoda Ludhaboy Corjee, soit davantage mis en valeur et continue à faire la fierté des heureux habitants de Baie- du -Cap.

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