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B. P. 247
<B>La poche remplie par des ?bras productifs?</B>
C?est dommage que l?auteur de la lettre ?A la recherche d?une poche? (l?express, 15 septembre 2004) se soit caché derrière un pseudonyme très significatif pour proférer des insultes plutôt que de réfuter les arguments avancés. C?est un débat qu?une société saine devrait pouvoir mener ouvertement. (?) L?auteur démontre qu?il n?a pas la conviction de ses propres opinions.
Il dit que la MCB n?a ?sûrement pas été fondée PAR l?argent provenant de l?esclavage (...)?. Je pense que c?est ?PAR l?argent provenant de l?esclavage? que la MCB a été fondée, et pour une raison très simple : toute l?économie mauricienne était basée sur l?esclavage (...). Que ce soit de l?argent provenant directement de compensation ou pas, il provient toujours de l?esclavage. Paul POTTE poursuit : ?de toute façon, l?argent étant fongible, cette compensation a irrigué toutes sortes de dépenses et d?investissements de l?époque tant à Maurice, qu?en France (?)?. Je suis d?accord. Effectivement, la richesse produite par les esclaves et sur leur dos a été utilisée pour fonder la MCB et pour ?irriguer? l?opulence dont jouissent certains aujourd?hui (?).
Paul POTTE dit ensuite ?si la MCB est bien vivante, celle-là??. Cela est aussi le cas de ses actionnaires, clients et employés du jour qui, eux, pourtant n?ont RIEN à voir avec ce qui s?est passé en 1834 et ne devraient donc, d?aucune façon être spoliés parce que l?entreprise avec laquelle ils opèrent a été une réussite suffisante pour durer plus de 165 ans !? Et Paul POTTE explique qu?il s?insurge contre cela parce qu?il est actionnaire de la MCB.
Je vais répondre à cela par un exemple. En 2002, 6 351 firmes allemandes avaient contribué à un fonds pour compenser les juifs qu?ils avaient utilisés comme esclaves dans leurs entreprises durant l?ère nazie ou bénéficié indirectement de leur travail forcé. En 2002, presque tous les actionnaires de ces firmes qui comprennent des géants tels que, Allianz, BASF, Bayer, BMW, Daimler Chrysler, (?), Hoesch Krupp, Hoechst, Siemens, Volkswagen etc. n?étaient même pas nés lorsque Hitler était aux commandes, mais ils reconnaissent qu?ils ont un devoir moral de compenser ces gens et parce que c?est grâce à ces ?bras productifs? des camps de concentration que leurs entreprises ont pu prospérer pour devenir ce qu?elles sont aujourd?hui. Le Chancelier allemand Schroeder (...) avait déclaré: ?This closes one of the last open chapters of the Nazi past. We are setting down a durable marker of historical and moral responsibility.?
Quand est-ce que nous allons à notre tour fermer ce chapitre resté ouvert de notre histoire ? Peut-être devrions-nous suivre le marker qui a été set par les Allemands concernant la responsabilité historique et morale de notre nation. Et Otto Lambsdorff, le négotiateur allemand du fonds, d?ajouter: ?We have to put a financial full stop to the darkest chapter of our history. However, there cannot and must not be a moral full stop?.
Un spécialiste en éthique, Margaret Somerville du Centre for Medicine, Ethics and Law de l?Université de McGill à Montréal, pense ceci des actionnaires d?aujourd?hui et des crimes du passé : ?It would be wrong to exonerate today?s investors of responsibility for past injustices, since to some degree, the success of those companies has been built on the suffering of people many years ago.? C?est seulement en préservant ce principe que l?on évitera peut-être d?autres crimes de ce genre, puisque l?homme a une tendance pernicieuse à toujours répéter les fautes du passé sous d?autres formes.
<B>Selva APPASAWMY</B>
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