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Aucune langue n?est meurtrière

2 novembre 2003, 20:00

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Dans son discours publié par Ledikasyon Pu Travayer, Tove Skutnabb-Kangas déclare que le français et l?anglais sont deux langues meurtrières : ?I will just claim that English is today the World?s most important Killer language [?] There are lots of examples of French in Francophone countries becoming a killer language.? Littéralement, cela signifie que l?anglais est la plus meurtrière des langues au monde et qu?il existe plusieurs exemples dans des pays francophones qui montrent que le français aussi est devenu une langue meurtrière. Pourtant, Françoise Lionnet, qui ne manque pas de valoriser à sa manière la culture et la langue créoles, affirme de son côté, dans son ouvrage intitulé ?Creole Vernacular Theatre: Transcolonial Translation in Mauritius? dont un extrait figure dans la ?Revi Kiltir Kreol?, que ?le créole mauricien est fondamentalement un langage fondé sur le français (?Mauritian Creole, though basically a French-based language??). Cela dit, le français est en quelque sorte la langue-mère de notre créole.

Comment alors voulez-vous que la langue française devienne l?assassin de cette même langue qu?elle a engendrée ? Nulle part au monde n?a-t-on vu un tel phénomène linguistique se produire. Madame Tove Skutnabb-Kangas a beau débarquer de la Finlande où elle est née ou du Danemark où elle travaille pour nous dire que le français et l?anglais sont des langues assassines, mais à aucun moment elle ne dévoile leur complicité devant ces langues qui se sont éteintes. Plutôt que d?accuser la langue anglaise, elle aurait mieux fait de la remercier, car sans cette dernière il n?y aurait pas eu de communication possible entre elle et les Mauriciens ? l?anglais étant certainement la seule langue qui lui offrait la possibilité d?un discours intelligible à Maurice. Songez qu?elle est venue plutôt présenter comme assassin cette même langue qui l?aidait à discourir...

Du coup, au bout d?un jour et demi passé dans l?île (?I have been in Mauritius for one and a half days?), et alors qu?elle ne parle pas un mot de créole (?I apologize for not being able to speak in Kreol?), Madame propose ?qu?on pourrait enseigner en créole à tout le monde à Maurice sauf à des familles qui parlent une des langues orientales ou toute autre langue à l?exception de l?anglais et du français à la maison.? Un tel discours pourrait donner lieu à des interprétations dangereuses sur le plan du sectarisme, d?autant qu?elle tend à réduire le rapport linguistique à celui du colonisateur-colonisé lorsqu?elle affirme: ?it is not nice to speak to you in this imperialist language.?

Que le créole soit introduit comme langue d?enseignement (mais uniquement là où c?est nécessaire), on le conçoit fort bien : cela éviterait bien des situations d?illettrisme. Et on ne demande que ça d?ailleurs. Mais de là à dire que le français et l?anglais, qui ont formé tant de Mauriciens qui occupent aujourd?hui des postes importants dans tous les secteurs de l?emploi à Maurice comme ailleurs, sont des langues meurtrières, il y a un pas ultra dangereux à franchir : celui du sectarisme, du fait même que toute langue a sa dimension sociale.

On se demande si les Mauriciens avaient besoin de Madame Tove Skutnabb-Kangas pour prendre conscience de l?importance du créole dans leur système d?enseignement. Ni la langue française, ni la langue anglaise n?est meurtrière. Pas plus que le finlandais en tout cas !

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