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?Au nom de la honte? d?Alain Romaine
Imaginez le quotidien d?une Lapuante. Elle n?a rien fait pour mériter ce nom-là, héritage d?un ancêtre esclave, ainsi nommé à cause de la mauvaise volonté de son maître. A l?école, la petite Lapuante est la risée de toute la classe. A l?hôpital, ricanement. Partout, la même réaction. Un rictus incontrôlable.
Pourtant, elle porte une honte qui n?est pas la sienne. Il est temps d?éclairer Les noms de la honte, stigmates de l?esclavage à l?île Maurice. C?est la tâche que s?est assigné Alain Romaine, dans un nouvel ouvrage.
?Pour avoir été témoin d?une tragédie personnelle (?) je me suis donné la mission de mener une étude sur l?origine des dotations honteuses de ces noms et ses effets séculaires sur l?identité des Créoles?, écrit l?auteur en guise d?introduction. ?Plus qu?une séquelle, ces noms humiliants (?) s?avèrent un frein, un boulet, au développement personnel et communautaire des Créoles, catégorie etho-sociale des plus défavorisée à Maurice.?
Alain Romaine scrute les diverses périodes de colonisation pour en extraire l?origine de ces noms puants. Plume ambitieuse, Alain Romaine va jusqu?à la relecture historique.
Il situe l?origine des noms de la honte ?sous l?administration britannique qui maintient le régime servile du Code Noir?. Obligation est alors faite aux maîtres d?enregistrer les esclaves, avec obligation de donner un patronyme, en 1815, avec compensation à la clé. Alain Romaine n?occulte rien des rôles joués par Mahé de Labourdonnais, le général Decaen, le gouverneur Farquhar et les frères d?Epinay.
Défenseur du Créole socialement réprimé
C?est là le meilleur atout du prêtre chercheur: un phrasé sobre, sans ironie apparente, à cheval sur les faits. Son ton se fait aussi revendicatif. Il se veut défenseur du Créole socialement opprimé. Un discours à forte conscience politique.
Les noms de la honte vont de l?admiration (Boncoeur, Labonté), à la répulsion (Larrogant, Bonarien). D?autres sont liés à une difformité physique (Laboiteuse, Trapu) ou ont un caractère sexuel et érotique (Bellepeau, Bellefine). Ces noms puisent aussi dans le registre animalier (Bourrique, Labiche), et dans celui des volatiles (Lapoule, Lalouette).
Pour se réconcilier avec ces noms difficiles à assumer, Alain Romaine propose deux solutions: l?ajout ?de la particule ?es? pour esclave ou pour descendant d?esclave en vue de signifier l?endossement volontaire de leur identité d?origine.? Ainsi qu?un mémorial national de l?esclavage. Avis aux bâtisseurs de nation.
*disponible en librairie à Rs 150.
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