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Au-delà des hommes
Au-delà des hommes, il y a les idées. Et les idées sont comme des textes qui ne prennent pleinement de sens que lorsqu?elles sont dans un rapport d?adéquation avec un contexte. À ce niveau de lecture, l?île Maurice a sinon raté, du moins repoussé plusieurs rendez-vous importants avec son histoire. Aujourd?hui, il s?agit simplement de remettre cette histoire en marche. À un cycle post-indépendance, ponctué d?un désir velléitaire d?industrialisation et de malheureux et inévitables ratages et tâtonnements, a succédé un cycle de développement continu. Ce cycle de développement a profité d?un concours de circonstances et d?un esprit dirigiste, pour se matérialiser à travers un certain nombre de réalisations, notamment en termes de modernisation industrielle et de restructuration économique. Ainsi, même sans une véritable politique de réforme, Maurice a pu limiter les dégâts et ne pas sombrer dans la tentation abyssale des sociétés autrefois colonisées.
Après ce cycle, dans un environnement économique mondial changeant et précaire, a suivi un autre cycle où la nation s?est laissée porter à une certaine léthargie. L?histoire était mise au congélateur. Le réveil a été de toute évidence brutal. Il a consisté en une course contre la montre et à combler un déficit d?imagination. Une politique de rigueur a été en conséquence engagée et elle a surtout pesé sur les plus vulnérables de la société. Les recettes étaient anciennes, mais les efforts toujours neufs, et elles ont illustré une nouvelle fois la maturité de la population.
Désormais un nouveau cycle se présente au pays. L?histoire est à nouveau en mouvement. Elle se laisse autant porter par les citoyens que par des forces souterraines. Le pays est en attente parce que c?est un processus antagonique qui l?anime. Ce que l?imaginaire dessine, les forces conservatrices tentent, elles, de le brouiller au moyen de considérations surannées. Pour parvenir à une nouvelle dynamique de développement dans un monde globalisé, il importe de ne pas lire l?histoire selon des prismes anciens. Les idéologies sont mortes, dit-on. Mais c?est pour mieux s?exprimer sans s?énoncer, pourrait-on ajouter. Car au socialisme prolétarien des uns et au libéralisme social des autres, du moins tels qu?ils les mettent en scène, il n?y a qu?une force en mouvement : celle du marché.
Pour l?île Maurice, les enjeux sont multiples. Il s?agit de réconcilier le conservatisme de la société et la force motrice qu?est le marché. Le divorce des valeurs est patent dans ce contexte. Entre une jeunesse à la fois désabusée et entraînée dans le labyrinthe du réseau des réseaux, et des adultes qui ont toujours pour référence les années 70. Entre une société des affaires intimidée par la société de marché. Entre des séculiers et des socio-religieux. Entre des mouvements intermédiaires tiraillés entre modernité et tradition, et une société civile qui cherche désespérément à s?affirmer.
Dans cette atmosphère générale, les experts se montrent pessimistes. Les observateurs se veulent réalistes. Les prévisionnistes ne voient que du rouge partout. Etrange situation. Serait-ce parce qu?il y a un rapport de force anachronique entre les différents et principaux acteurs de la société mauricienne, que ce fatalisme peut régner avec autant d?arrogance ? C?est de ce schéma classique qu?il s?agit de sortir en faisant triompher les idées. Celles qui renouvellent la volonté d?action des citoyens. Celles qui créent une nouvelle dynamique sociale et politique. Surtout celles qui redonnent du sens à une nation et qui exaltent la créativité de l?imaginaire social de tout un pays. Ces questions sont au-delà des hommes. Du moins au-delà de leur ego et de leur orgueil dans lesquels certains d?entre eux tirent toute la motivation de leurs actions.
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