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Argument émotionnel
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
Oui, les manifestations de racisme ordinaire existent chez nous. Il y a des individus qui déploient une présomption de supériorité liée à leur appartenance raciale. Si c?est ce que Navin Ramgoolam voulait faire ressortir dimanche à l?occasion de la célébration des 100 ans de l?Union Park Hindu Samelan Sabha, alors sa dénonciation des ?racistes? était fondée.
Mais, le problème, c?est que le chef du gouvernement a surtout voulu coller une étiquette de racistes à ceux qui critiquent les conditions dans lesquelles un bail a été octroyé à Jayraj Woochit pour occuper l?îlot Gabriel. Du coup, ses propos n?ont plus la même pertinence. Invoquer le racisme pour réfuter l?ensemble des points soulevés lors de ce débat est réducteur. La location des terres de l?Etat est un sujet infiniment plus complexe que le Premier ministre ne le laisse comprendre. Pour redevenir sérieux, il faut resituer le débat dans un cadre plus large que la simple problématique raciste.
Sous tous les gouvernements, l?octroi des baux pour les terres de l?Etat a rimé avec corruption, financement occulte des partis et clientélisme politique. Le plus souvent, les bénéficiaires sont des affairistes d?Etat qui possèdent les réseaux qu?il faut ou alors ils ont un accès privilégié aux informations confidentielles. Sans une refonte complète du système, avec l?adoption, par exemple, d?un système de mise aux enchères, il existera toujours la perception que l?octroi des baux est une transaction entre les dirigeants et leurs courtisans. Ceux qui réclament une révision des procédés d?allocation des baux sont motivés par le besoin de maximiser les ressources de l?Etat.
Dans le cas précis de l?exploitation par un opérateur privé de l?îlot Gabriel, des voix se sont élevées contre le dommage qui est causé à l?écologie de cette réserve naturelle. Ces protestataires seraient aussi des ?racistes? ? On peut reprocher aux écolos un manque de pragmatisme, un empressement à s?opposer au développement et une propension à se battre contre des moulins à vent, mais nul ne peut leur imputer des motivations racistes.
Navin Ramgoolam a choisi de ne pas répondre sur le fond aux questions que soulève l?octroi du bail à l?ami Woochit, avec qui il avait ?l?habitude de faire de la plongée ensemble dans le passé?. Il a préféré avancer des arguments émotionnels et soutenir que la critique relève du racisme. C?est le propre des politiciens. Ils misent sur la puissance des arguments émotionnels pour rallier leurs partisans. Les adversaires du PTr jouent également sur ce registre : Dans leurs derniers meetings, les dirigeants du MSM n?ont pas manqué de trouver un dénominateur commun à Soorya Gayan, Jyoti Jeetun et Shakuntala Jugmohun, trois femmes licenciées par l?actuel gouvernement.
La question des terres de l?Etat est un sujet vaste et technique. Ne l?enfermons pas dans un stérile débat politicien.
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