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Approche interdisciplinaire pour la ?Revi Kiltir Kreol?
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Approche interdisciplinaire pour la ?Revi Kiltir Kreol?
?Le Centre Nelson Mandela, dit son directeur, Jean-Claude Augustave, s?est donné pour mission d?être une passerelle pour la promotion de la culture créole dans l?espace élargi du mauricianisme.? Le troisième numéro de la revue qu?il présente est organisé autour de trois principaux axes : littérature, histoire, et tradition orale.
Littérature
La Revi Kiltir Kreol s?ouvre sur l?essai du professeur Françoise Lionnet, intitulé ?Creole Vernacular Theatre: Transcolonial Translations in Mauritius?. Dans cette analyse, elle montre comment la littérature créole repousse les barrières qu?impose la transcription des classiques en langues domestiques.
Françoise Lionnet développe son analyse essentiellement à partir de l??uvre de Dev Virahsawmy, Toufan (1999), une adaptation et traduction de The Tempest de Shakespeare. Elle montre comment à partir d?une pièce classique, notre dramaturge parvient à instaurer un dialogue avec d?autres auteurs africains en créant une ?uvre régionale qui s?articule autour d?une nouvelle logique dite ?transcoloniale?. Il s?agit d?une méthode, originale et nouvelle, permettant de traduire, de comprendre et de raconter l?histoire à la fois à partir de sa culture d?origine et dans un contexte d?idées contemporaines.
Arnaud Carpooran, Senior Lecturer à l?université de Maurice, propose sous le titre ?Lang Kreol Ant Oralité Ek Lekritir?, un temps de réflexion sur les différents aspects concernant le processus de la standardisation de la langue créole à Maurice. Parmi ces aspects figurent notamment l?oralité et l?écriture, leurs différences et leurs implications dans le créole mauricien.
Histoire
Comme toute notion, la créolisation a son histoire. Espelencia Baptiste, de Haïti, pense qu?elle est issue d?un site historique spécifique que sont les sociétés de plantation. Son analyse ?Creolization and the Development of Creole Cultures? montre comment les plantations formaient une institution qui a offert une condition propice au développement de la culture créole. Mais le professeur Edward Alpers, historien de l?Afrique de l?Est et de l?océan Indien, repousse l?origine de la créolisation encore plus loin. Selon lui, celle-ci aurait commencé avec le déracinement des esclaves de leurs sociétés d?origine, à partir du 19e siècle. C?est dans son article intitulé ?Creolization and Identity among Mozambiques in Mauritius and Brazil? qu?il examine le processus de la formation et de la redéfinition de cette identité.
Quelle que soit son origine, la créolisation à Maurice a son aller et retour. L?historien Jocelyn Chan Low, directeur du Centre culturel mauricien, montre que cette identité ne s?est pas installée de manière régulière. Le processus de la reconstruction identitaire au sein de la communauté créole de Maurice s?est fait par l?évacuation de l?africanité et son retour. A l?époque post-esclavagiste, la société mauricienne, qui était à forte prédominance afro-malgache jusqu?au milieu du 19e siècle, s?est vu dépouiller de son africanité malgré la proximité de l?Afrique. Il a fallu attendre plus d?un siècle et demi pour constater l?émergence d?une ?black consciousness? authentique. Sous le titre ?De l?Afrique rejetée à l?Afrique retrouvée ? Les créoles de l?île Maurice et de l?Africanité?, l?historien effectue une véritable plongée dans les vérités historiques d?une époque.
Sans conteste, l?Histoire n?est plus ce qu?elle était depuis la traversée spectaculaire de l?Archéologie à travers la nuit des temps. Amitava Chowdhury, Lecturer en archéologie à l?université de Maurice, vient enrichir cette quête identitaire en proposant l?archéologie comme méthode pour une Histoire scientifique dans la recherche des pistes pour la reconstruction des sites occupés par les esclaves marrons dans l?île Maurice coloniale. Son ?Theoretical Reflections on Maroon Archaeology in Mauritius?, est la proposition d?une méthode de reconnaissance de leurs signatures dans le rassemblement de données archéologiques.
Enfin, il y a l?histoire, mais il y a aussi les anecdotes et légendes qui ne sont pas moins dépourvues de leur valeur historique. Amédée Nagapen, Prélat de la Maison du Pape, membre de l?Académie des sciences d?outre-mer, à Paris, expose deux cas à travers sa chronique ?Entre cynisme et cannibalisme?, Le réel et l?imaginaire esclavagistes?. Le premier cas concerne la période néerlandaise qui a donné naissance à un premier sentiment de haine chez les Malgaches envers les blancs. Le second cas est une anecdote qui traite du thème d?anthropophagie et montre que tous propos sur l?esclavage nécessitent des études critiques.
Traditions orales
La part des traditions orales est mise en valeur dans cette revue par le professeur Lee Haring qui analyse l?importance des histoires africaines dans le contexte mauricien, à travers La fille difficile de Nelzire Ventre. Veena Ballgobin, et Marclaine Antoine poursuivent leurs recherches en reconsidérant l?apport de quelque vingt-cinq instruments musicaux dans la tradition de la communauté créole, allant du ti-violon au moutingo en passant par les ravann, mararavann, et triang. Marcel Poinen fait l?éloge de Fanfan (de son vrai nom Louis Gabriel Joseph) dans son ?Fanfan, du mythe à la réalité, un conteur émérite?. Auteur, compositeur, interprète, Fanfan a su dévoiler à travers ses chansons les misères d?une époque.
Enfin, on note, dans une rubrique beaucoup plus libre, la participation de Sedley Assonne et Emmanuel Richon pour leurs opinions, de Khal Torabully et Patrik Mookeenah pour leurs poèmes, et de Laval Ng pour sa bande dessinée.
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