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Angle d?attaque
Qui attaquer ? Quoi fustiger ? L?oppo-sition semble avoir du mal à répon-dre à ces deux questions. En effet, il devient difficile de trouver un angle d?attaque à l?encontre du deal « historique » que Navin Ramgoolam, le Premier ministre, dit avoir conclu mercredi avec la « Mauritius Sugar Producers?Association » (MSPA). Quelques symptômes du malaise se sont d?ailleurs manifestés lors de la « Private Notice Question » (PNQ) du leader de l?opposition, Paul Bérenger, ce vendredi.
Le sujet de sa PNQ ? l?accord gouvernement/MSPA ? promettait, sur papier, de donner lieu à un échange musclé. D?autant plus que c?est Arvin Boolell, le ministre de l?Agro-industrie, royalement exclu des négociations, qui était chargé de l?ingrate tâche de subir l?interrogatoire de Paul Bérenger. D?interrogatoire, il n?y en a pas eu. Du moins, les questions ont manqué de mordant. Car Bérenger n?a, en fait, pas vraiment soulevé d?interrogation de fond.
En choisissant d?axer son questionnement sur la thématique « what next ? » étriquée, Bérenger s?est pris au piège. Comme un bleu. Étonnant de la part d?un politique aguerri comme lui, qui a, de surcroît, été Premier ministre. Et qui connaît donc les rouages, parfois complexes, de la mise en ?uvre d?un tel accord ! Interroger un ministre sur l?application d?un accord conclu l?avant-veille, c?est s?exposer à s?entendre répondre que « les modalités sont en train d?être discutées ou peaufinées » à quasiment toutes les questions que l?on posera. Et c?est à peu près ce qui s?est passé au Parlement ce vendredi. Arvin Boolell a allégrement botté en touche sur la plupart des questions de Bérenger.
La seule information, prévisible, que Béren-ger a pu extirper de Boolell, c?est que le prix de vente du sucre au grand public va être révisé à la hausse dans un proche avenir. Pour tout le reste : l?évaluation de l?actionnariat des centrales thermiques, l?utilisation des 2 000 arpents de terres cédés au gouvernement, le décaissement des aides européennes liées à la Réforme sucre, sur tout? Boolell s?est contenté d?expliquer, avec raison, que des discussions sont en cours !
Pour faire face à cela, l?opposition utilise un contre argumentaire assez plat, qui consiste à dire qu?on a perdu du temps.
Le temps, certes, c?est de l?argent. Valeur du jour, le temps perdu à trouver cet accord vaut 22 millions d?euros (soit Rs 980 millions). C?est la valeur de l?aide que l?Union européenne aurait versée au pays si les engagements pris ultérieurement avaient déjà été respectés. Mais juste-ment, cette aide n?est pas encore (totalement) perdue.
Rama Sithanen le ministre des Finances, est l?un de ceux qui croient qu?une bonne partie de ce pactole peut toujours être sauvegardée. Récapitulons donc : l?essentiel de l?aide européenne est sauvegardé. Ramgoolam a obtenu que 2 000 arpents de terres soient transférés à l?État. Et que les travailleurs, planteurs et autres petits « stakeholders » de l?industrie sucrière participent à une hauteur confortable à l?actionnariat de la future industrie de la canne. Le bilan ? malgré l?incroyable retard d?une année sur l?avancée de la réforme sucre ? est quand même non négligeable.
Ce n?est donc pas étonnant que le leader du parti minoritaire de l?opposition ait dit, il y a moins d?un mois, que les demandes de Ramgoolam, notamment sur les terres, n?étaient pas « déraisonnables ». Si Illovo était un « mari deal », l?accord de mercredi n?en est pas moins un. Si ceux-là même qui sont aujourd?hui dans l?opposition avaient obtenu les mêmes concessions des propriétaires sucriers alors qu?ils étaient au pouvoir, ils auraient sans doute bombé le torse en se félicitant de leur « encore plis mari deal ! » Mais ce coup-ci, il faut bien qu?ils l?admettent? Ramgoolam leur a volé la vedette !
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