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André Nairac, vaillant chevalier servant la Justice

12 juillet 2006, 00:00

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Heureux les éminents légistes ayant eu la bonne fortune de trépasser pendant que Sir Maurice Rault était le chef juge de notre Cour suprême. Ils ont eu droit aux meilleurs panégyriques que nous puissions espérer, en raison autant de la justesse et de la noblesse des sentiments manifestés que par la qualité littéraire de leur libellé. L’hommage, que Maurice Rault adresse à son confrère émérite André Nairac, au début de juillet 1981, n’échappe pas à cette règle. Nous ne pouvons que le reproduire, verbatim ou presque, sous peine de trahir la pensée et l’éloquence de son auteur.

“Comment faire pour parler d’André Nairac sans être accusé d’hyperbole par ceux qui ne l’ont pas connu ? Mais puisque c’est vrai, disons-le quand même. Nous sommes plusieurs à avoir rencontré dans nos voyages un des plus éminents juristes de notre temps. Si ces derniers avaient vu Nairac à l’œuvre, il n’y a pas un seul d’entre eux qui n’aurait pas été fier de saluer un égal en ce fils du sol.”

“ On l’a soupçonné de paresse, parce qu’alors que d’autres cherchaient à tâtons des pistes incertaines, il avait déjà fini de trouver l’issue. Dans les plus épaisses jungles juridiques, il avait le don de reconnaître, au premier coup d’œil, le point central où tout converge et s’ordonne et de bondir dessus avec une promptitude quasi féline.”

“On peut négliger les honneurs qui lui furent prodigués sans qu’il les cherchât car les titres n’ajoutent rien à sa valeur. Au contraire, c’est lui qui leur redonne de l’éclat.”

“Même de jeunes magistrats ont naguère, bien qu’en de trop rares occasions, eu la chance de profiter de sa haute maîtrise du domaine légal. Ecouter Nairac était une fête : avec quel plaisir se laissait-on emporter par cette parole qui avance à la vitesse de la pensée. Pour lui, il n’y avait pas de petites affaires. Nous l’avons vu prodiguer tout son talent dans des causes de quatre sous et se faire, pour les plus humbles clients, le champion qui balaye les faux-fuyants et les mensonges pour que le jugement débouche sur la vérité enfin reconnue et déclarée”.

Maurice Rault confie qu’un des grands regrets de sa carrière juridique est qu’au moment où il accède à la Cour suprême, “le lieu privilégié où brille l’intelligence d’André Nairac”, celui-ci cesse brusquement de plaider parce qu’il avait “tout d’un coup élu le silence”. Il se dit confiant que Sir André Nairac restera toujours vivant pour deux raisons : “D’abord il est de ceux qui laissent un exemple et une leçon qui, par quelque indéfinissable induction spirituelle, se transmet à la génération qui monte afin de fléchir dans le sens de l’altitude ceux qui marchent sur les traces d’éclaireurs tels que lui.”

Maurice Rault rappelle ensuite “qu’un bon jugement est souvent le produit direct d’une bonne plaidoirie”. Il ajoute : “Dans beaucoup des arrêts les plus valables de notre jurisprudence, l’œil exercé distingue en filigrane des solutions élégantes inspirées par Nairac. Il a ainsi été pour les juges, nos aînés, un guide très précieux poursuivant une quête jamais assouvie d’un droit toujours plus humain. Nul mieux que lui n’a su orienter nos tribunaux, par les chemins de l’interprétation créatrice, vers une justice éternellement anxieuse de s’approfondir et de se purifier.”

Il conclut, après avoir offert ses condoléances aux proches de Sir André Nairac : “Tous ceux qui, à l’ombre de nos tribunaux, luttent et peinent pour que le judiciaire demeure ce qu’il doit être, adressent un dernier salut au chevalier qui exerça sa vaillance au service de la justice.”

Le doyen du Barreau, Me André Raffray, qui fut King’s Counsel avant le sacre d’Elizabeth II, souligne l’énergie inépuisable de Sir André Nairac, sa rectitude morale exempte de toute mesquinerie et rancœur. Il rappelle qu’il avait le don de clarifier et de simplifier les problèmes les plus confus et les plus compliqués. En cela il est le fidèle disciple du bon pape Jean XXIII qui prônait qu’en toute chose il faut simplifier ce qui est compliqué et surtout se garder de compliquer ce qui est simple. Sa promptitude d’esprit et son intuition infaillible lui permettaient de se débarrasser rapidement du fouillis de la technicalité de tout problème, de tout superflu, pour braquer les projecteurs de sa vive intelligence sur les seules questions essentielles à solutionner. Tout alors devenait clair et limpide et la solution idéale s’imposait à tous dans un consensus émouvant. Il n’élevait jamais la voix ni ne perdait son sang-froid. Parallèlement à sa brillante intelligence, il convient d’évoquer sa force de caractère, son bon sens proverbial, la perfection de ses jugements, sa sagesse, son honnêteté morale et intellectuelle, son esprit modéré, son indépendance d’esprit sans peur, son profond respect pour la justice, sa sympathie innée pour tout être humain quel que soit son statut social ou ethnique.

Sir Rabindranath Ghurburrun, ministre de la Justice par intérim, rappelle qu’André Nairac est fait chevalier de la reine en 1963. Il évoque les hauts faits de sa carrière parlementaire et les services rendus à la classe politique mauricienne. De prochaines réminiscences rappelleront, espérons-le, quelques-uns des hauts faits de la carrière plurielle de Sir André Nairac.

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