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Alex Bhujoharry : Du professorat au mairat
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Alex Bhujoharry : Du professorat au mairat
Veerasamy Naiken ouvre la voie à la Bourse d?Angleterre aux élèves du collège Bhujoharry. Dès 1948, l?établissement obtient un deuxième lauréat en la personne de Richard Koo Sen Lin qui sera aussi médecin. Décembre 1951, l?épisode Naiken se renouvelle. Il manque d?un rien à Mootoosamy Pillai pour décrocher la Bourse d?Angleterre. De nouveau Alex Bhujoharry recourt à la Justice. Il finit par obtenir une bourse ex gratia pour son élève qui opte également pour la médecine. Fin 1952, Marcel Bigaignon se classe en seconde position. Décembre 1953, l?élève Lee Saw Hee enlève aisément la bourse réservée aux scientifiques.
Ces succès, pour nombreux et éclatants qu?ils sont, ne soutiennent guère pourtant la comparaison avec le grand triomphe de décembre 1954 lorsque le Bhujoharry obtient trois lauréats en la personne de Devi Bhundoo, de Gunreyan Nathoo et de Sydney Louis, le fils d?un artiste relieur et encadreur. Ce triple succès se célèbre dans le nouveau centre social Marie Reine de la Paix que vient de construire le chanoine Jacques Giraud. L?année suivante, le collège obtient deux autres lauréats : Ghislaine Camille et M. Sooltan.
La popularité de l?établissement est telle qu?il doit multiplier les succursales pour admettre les élèves de plus en plus nombreux qui frappent à sa porte. Tous n?ont certes pas le potentiel d?un futur lauréat de la Bourse d?Angleterre mais ils épousent le rêve et les espoirs de leurs parents de pouvoir échapper aux servitudes du travail manuel grâce à une instruction poussée que seul l?établissement d?Alex Bhujoharry peut leur assurer.
A partir de décembre 1957, la catégorie de bourses d?Angleterre réservées aux collèges privés, est supprimée. La lutte devient inégale entre le Bhujoharry et les deux collèges royaux. Non pas que l?enseignement qu?il dispense soit inférieur à celui des collèges d?Etat mais ces derniers ont l?immense avantage de pouvoir recruter immanquablement les meilleurs éléments du primaire, se classant parmi les premiers aux examens de fin d?études de ce cycle.
Le Bhujoharry a la satisfaction de voir plusieurs élèves obtenir de très bons points aux examens du School Certificate et du Higher School Certificate, et même tenir la dragée haute aux lauréats des collèges royaux. S. Chacowry rate la Bourse d?Angleterre mais se rattrape avec une bourse du Commonwealth qui lui permet de décrocher son BSc Physics et son PGCE. Hedley Hojird obtiendra pareillement une bouse néo-zélandaise.
Pendant longtemps, Alex Bhujoharry se dépense sans compter pour assurer la réussite totale de deux événements annuels : la distribution des prix et sa journée d?athlétisme. Les élèves du collège, filles comprises, sont vivement encouragés à défendre les couleurs de leur Alma Mater, dans diverses compétitions sportives. Cyril Daurat, Mée Rivière, Laval Lan Fat Po, Max Edouard et Jean Claude Renghen sont parmi ceux qui donnent aux activités sportives la place qui leur revient, dans un établissement scolaire pratiquant le mens sano in corpore sano. Paul Ducray se surpasse dans l?organisation des démonstrations de gymnastique et de parades spectaculaires.
?(...) il se signale encore par sa défense acharnée des locataires en butte à la féroce avidité de leur propriétaire. Tous (...) le pressent de poursuivre son combat en faveur des démunis dans l?arène politique.?
Mée Rivière compose même la Marche du collège Bhujoharry, morceau si populaire que le disque se vend par milliers d?exemplaires. Parmi les autres professeurs de musique, figurent Tom Savrimoutou, M. Pratter, Mme Némorin, Aimée Feuilherade, Lucy Bhujoharry. Les concerts du collège, ses spectacles, ses extraits d?opérette, font accourir le tout Port-Louis. Déjà, on cherche à harmoniser les meilleurs éléments culturels de l?Orient et de l?Occident.
Parmi les professeurs et élèves du Bhujoharry, qui se distinguent, figurent Gaëtan Raynal, Norbert Benoît, Rivaltz Quenette, Edouard Maunick, Jean Georges Prosper, Pierre Georges Télescourt, Joseph Tsang Mang Kin, Jean Fanchette, Emmanuel Juste, Jean Claude d?Avoine, Cyril P. Daurat, Ng Kwet Chan, Roger Tonelong, Martial Cheong Ton, James Burty David, Finlay Salesse, M. Venkatasamy, Edouard Besson, Eugène Némorin, Lindsay Edouard, Oomashankar Hawoldar et, bien sûr, tous les enfants d?Alex Bhujoharry.
Le pédagogue chevronné, le faiseur de lauréats, le professeur catalyseur d?énergie, le philanthrope attentif, est déjà un des Portlouisiens les plus populaires et les plus vénérés des années 1940 et 1950. Membre du Local Committee for Rent Restriction Ordinance, il se signale encore par sa défense acharnée des locataires en butte à la féroce avidité de leur propriétaire. Tous les bénéficiaires de sa générosité le pressent de poursuivre son combat en faveur des démunis dans l?arène politique.
Il pose sa candidature, en indépendant, aux municipales de 1950 mais accepte, au dernier moment, l?investiture travailliste. Il est élu en 3e position derrière Jules Koenig et Edgar Millien mais précède Guy Rozemont. C?est tout dire. La liste travailliste compte neuf élus dont Bhujoharry, l?indépendant, contre sept pour la liste adverse. A l?heure de l?élection mairale, Gabriel Martial et Razack Mohamed proposent que Koenig soit le maire pour l?année 1951.
Ramgoolam et Rozemont proposent Millien. Jules Koenig et Atchia font une contre-proposition à l?effet que Bhujoharry soit ce maire. On passe au vote. Tout d?abord pour la contre-proposition de Koenig. Bhujoharry apporte alors sa voix aux adversaires du PTr et vote en sa faveur, donnant huit voix pour et huit contre. La voix prépondérante du maire sortant, Félix Laventure, se prononce, bien sûr, en faveur de Bhujoharry, l?enracinant du même coup dans le camp du futur Parti Mauricien de son défenseur préféré, Jules Koenig. Commence alors et glorieusement la brève carrière politique de Julius Alexandre Bhujoharry, maire de Port-Louis, à l?âge de 45 ans.
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