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Actionnariat populaire : promesses non tenues
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Actionnariat populaire : promesses non tenues
LE DÉVELOPPEMENT d?un actionnariat populaire est sans doute un des meilleurs moyens de démocratiser le capital des sociétés. Acheter des actions est une opportunité de participer au développement et aux bénéfices des entreprises. Favoriser l?élargissement de l?actionnariat revient donc à favoriser une meilleure distribution des richesses.
L?expérience des marchés boursiers à travers le monde démontre que la Bourse constitue une plateforme de référence dans le processus d?élargissement et de démocratisation de l?actionnariat. Les Etats-Unis sont nul doute les champions incontestés à cet égard car à travers les fonds de pension notamment, une grande majorité d?Américains est devenue des actionnaires.
?Toutes proportions gardées, la Bourse de Port-Louis n?a pas dérogé à cette tendance?, soutient Sunil Benimadhou, Chief Executive de la Stock Exchange of Mauritius (SEM). Si la Bourse a effectivement contribué à élargir la base de l?actionnariat, malgré les progrès réalisés en si peu de temps, toutes les promesses n?ont pas été tenues.
Depuis sa création il y a 15 ans, la Bourse a permis à des milliers de Mauriciens d?acquérir des actions dans certaines entreprises les mieux connues et les plus prospères du pays.
Rogers, Mauritius Commercial Bank, State Bank of Mauritius, New Mauritius Hotels, Shell, Sun Resorts figurent parmi les groupes et entreprises les plus prisés.
Le Central Depositary System (CDS), en quelque sorte le registre central des détenteurs des actions cotées en Bourse, a répertorié 80 000 comptes individuels. Un individu pouvant détenir plusieurs comptes pour des actions détenues dans diverses sociétés, on peut raisonnablement estimer que le nombre de personnes possédant des actions tourne autour de 50 000.
Ce chiffre ne tient pas compte des actionnaires qui n?ont pas fait enregistrer leurs titres auprès du CDS. En général, ce sont ceux qui sont activement engagés dans l?achat et la vente d?actions qui les enregistrent. Si les actions acquises sont conservées à titre de placement à long terme, il est inutile de les faire enregistrer.
Le nombre de comptes individuels répertoriés au CDS donne néanmoins une mesure de comparaison. L?Inde avec sa population d?un milliard compte 20 millions de comptes enregistrés, soit 2 % de la population. La France avec ses 56 millions d?individus compte deux millions de comptes individuels, soit 3,5 % de sa population. Maurice et ses 80 000 comptes enregistrés auprès du CDS arrive à un ratio de 8 %.
Si ce chiffre peut sembler assez flatteur, il cache néanmoins d?autres réalités et faiblesses. Les entreprises cotées en Bourse doivent émettre au moins 25 % de leur capital pour le public. Cela ne veut nullement dire que ce pourcentage d?actions est actuellement détenu par le grand public. Rien n?empêche effectivement les investisseurs institutionnels ? fonds de placements ou entreprises ? d?acquérir ces actions.
Les actionnaires individuels sont d?ailleurs moins actifs sur le marché boursier où plus de 70% des transactions enregistrées sont effectuées par les investisseurs institutionnels.
?Cette situation n?est pas un phénomène proprement mauricien car tel est le cas dans les pays développés qui ont pourtant une longue histoire de pratiques boursières?, commente Sunil Benimadhou. Il ajoute que les investisseurs institutionnels sont souvent des fonds de placements collectifs ou des fonds de pension représentant des milliers d?individus.
Par ailleurs, le nombre d?entreprises cotées sur le marché officiel reste faible : on y dénombre 30 sociétés et 11 compagnies d?investissement. C?est peu, même si on retrouve sur le marché hors-cote 75 entreprises cotées. Plusieurs raisons expliquent cette situation.
Une carotte financière efficace
En fait, l?une des principales motivations des entreprises à entrer sur le marché officiel était la possibilité de bénéficier d?un régime fiscal allégé. A l?époque, le taux d?imposition était de 35%. Il était intéressant de rechercher une admission en Bourse pour bénéficier d?une imposition à 25%.
Cette carotte financière a été efficace plusieurs années durant mais lorsque le taux d?imposition a été harmonisé autour de 15 % elle a été rendue caduque. La dernière compagnie à faire son entrée en Bourse a été l?ex-Delphis Bank en 1999. Il a fallu attendre cinq ans pour voir une nouvelle cotation, soit celle de la Mauritius Leasing Company.
Un des objectifs majeurs de la Bourse est de permettre aux entreprises de lever des fonds pour financer leur développement. Depuis sa création, la Bourse a permis aux firmes cotées de lever Rs 10,5 milliards à travers des émissions d?actions ou d?obligations.
Néanmoins, la levée de capitaux sur le marché boursier ne fait pas partie des m?urs de Corporate Mauritius. Sushil Khushiram, le ministre de l?Industrie et des Services financiers, trouve une double explication à cela. La quantité et la taille des projets d?investissement n?incitent pas les grands groupes à solliciter de nouveaux actionnaires à travers cette levée de fonds.
Les marchés d?exportation ont toutefois permis à certains groupes d?échapper à l?étroitesse du marché local. Ainsi, l?expansion des grands groupes textiles à Maurice comme dans la région a nécessité des investissements conséquents.
?Ils n?ont pas financé leur expansion en sollicitant de nouveaux actionnaires. Ils ont préféré s?endetter en raison de leurs relations étroites avec les banques. La domination du secteur bancaire dans notre paysage économique n?a pas encouragé le développement de l?actionnariat populaire?, déplore le ministre.
Gilbert Espitalier-Noël rationalise cette attitude. Il fait valoir que si un entrepreneur est convaincu d?avoir une bonne idée et que son projet est viable, il le financera lui-même.
De plus, l?apport d?actionnaires additionnels aura pour effet de diluer le capital de départ et réduira la part et l?influence des actionnaires dans l?entreprise. ?Les personnes qui possèdent quelque chose n?ont pas envie de ne plus la posséder?, poursuit Gilbert Espitalier Noël.
Préserver son statut
C?est sans doute ce même réflexe qui explique l?hésitation du gouvernement à admettre Mauritius Telecom (MT) à la Bourse de Port-Louis. Après la vente de 40 % des actions MT à France Telecom, l?Etat ne veut sans doute pas, voir en plus, ?float? 25% du capital de Mauritius Telecom sur le marché boursier. Son statut d?actionnaire majoritaire risquerait d?être compromis.
Si on peut reprocher aux entreprises du privé de ne pas être suffisamment présentes sur le marché boursier, on doit étendre ce reproche à l?Etat qui n?a pas défini une politique claire de privatisation de ses compagnies.
Par ailleurs, à la décharge des chefs d?entreprises du secteur privé, il faut reconnaître que la sous-évaluation du marché boursier, ces dernières années, ne rendait pas une cotation intéressante. Ils auraient même pu perdre de l?argent car leur Book Value était supérieure aux cours boursiers. De plus, le processus d?admission en Bourse coûte cher, or les actionnaires s?attendent à un taux de rémunération supérieur au loyer de l?argent.
Néanmoins, malgré les contraintes structurelles, ils sont quelque 50 000 Mauriciens à posséder des actions grâce à la Bourse. Mais avoir des actions ne suffit pas si on n?a pas son mot à dire dans la gestion de l?entreprise. Si tout actionnaire a la possibilité de poser des questions à l?assemblée générale annuelle, mis à part leur Nuisance Value, ces interpellations n?ont guère d?influence.
Il faut donc encourager le Shareholder Activism : un actionnaire qui comprend les enjeux et qui est déterminé peut faire toute la différence. Il en a été ainsi de Nassir Ramtoola qui avait logé une action en cour pour bloquer le premier projet de fusion de New Mauritius Hotels.
L?organisation des petits actionnaires et la possibilité pour eux d?avoir un siège au conseil d?administration des entreprises restent une citadelle à conquérir. La distribution d?actions aux salariés en est une autre. L?Etat devrait commencer par donner l?exemple.
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