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Acte de foi
Au-delà de la foi, pour laquelle certains sont prêts à verser leur sang, il y a l?amour du prochain que prêchent indistinctement toutes les religions du monde. Mais, paradoxalement, au nom de la foi, que ne fait-on pas pour salir la foi elle-même. à Maurice, on assiste ces temps-ci au triomphe de la société religieuse. On est en train d?évacuer la société civile aussi bien que la société politique de notre vie publique. Que ce soit dans sa vie économique, sociale, scolaire ou communautaire, Maurice est en pleine dérive. Les prophètes des revendications obscures et sectaires sont de retour. Il n?y a plus d?ambition culturelle. Il n?y a que l?obsession du symbole ethnique. L?affirmation d?intégration a cédé la place à l?affirmation religieuse. La société mauricienne, infantilisée, assiste impuissante à l?entreprise de destruction d?une certaine idée de l?identité nationale. Pourtant, au-delà de notre foi respective, il y a un destin commun que nous sommes supposés vivre en tant qu?humain et en tant que nation.
Au-delà des préjugés, il existe la représentation que l?autre fait de soi. Souvent fondée sur des stéréotypes et les lieux communs, cette représentation est foncièrement subjective. Elle témoigne de la méconnaissance de l?autre. Elle rend compte de la paralysie qui nous anime quand il revient à faire l?effort pour aller vers l?autre. Elle marque notre réticence à partager des valeurs et des pratiques. Pourtant, au-delà de ces préjugés, on aurait pu profiter de la perception que l?autre a de soi pour agir précisément sur cette perception. Aujourd?hui, on se rend compte combien le fossé est grand, à quel point le dialogue intercommunautaire n?est qu?un discours galvaudé. La radicalité des revendications, certaines légitimes, d?autres farfelues, démontre le mal-être profond qui habite un certain nombre de Mauriciens. Le renouvellement sociologique tant attendu a laissé la place à l?effacement de l?être social au profit de l?être ethnique.
Au-delà de sa passion pour sa langue, il existe une réalité linguistique complexe. La langue vit au-delà de nous. Elle n?est pas qu?un médium statique, elle construit notre personnalité, elle reflète notre monde. Et surtout, elle n?arrête pas d?évoluer. C?est dans la quintessence même du langage que d?évoluer continuellement. à Maurice, on fige le langage, on se bat pour des langues symboles, des langues transformées en emblèmes de nos fantasmes les plus inhibés. Devenue vulgaire outil de marchandage, la langue ne remplit plus ses fonctions dans le nouveau pot-pourri linguistique, qui sert de doctrine à tous les fanatiques sectaires et à toutes les ancestralités chimériques. Bataille des langues ? Nous dirions plutôt incapacité congénitale à comprendre que toutes les langues se valent, qu?elles soient codifiées ou non.
Au-delà de l?école idéale, il existe une école républicaine. Celle qui vise l?épanouissement de nos enfants. Celle qui garantit autant l?acquisition d?un savoir académique qu?elle ne les expose à la culture, à l?histoire, aux sports, aux civilisations, aux différentes modes d?expression artistique? Une école qui sert les intérêts des enfants et non pas qui en fait des automates.
Au-delà de la couleur politique, il aurait dû exister une République ouverte aux vents du grand large. Or, ici, la référence nationale s?est effacée. Le mythe unificateur s?est dilué. Certains tentent de liquider la citoyenneté pour promouvoir des critères d?identification qui existaient à d?autres époques. Ceux-là sont les champions de la théorie du pire et les défenseurs du repli sur soi.
Au-delà de l?unilatéralisme, il existe toute une pluralité d?opinions et d?idées. Aujourd?hui, chacun s?est enfermé dans son cocon. La peur s?est installée. Cette peur de l?autre est remontée à la surface. L?être, qui ne se pense plus depuis si longtemps, croit penser à tout. Il est le seul à avoir raison, à détenir la vérité. De la faiblesse de l?état, ce super- héros mauricien tente de réinventer la nation, à son image évidemment, dans le rejet et le mépris de l?autre.
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