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Neandi Dosoruth, celle qui veut être ministre de l’Éducation
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Neandi Dosoruth, celle qui veut être ministre de l’Éducation
Cette jeune femme de 26 ans s’est lancée dans des études de droit «pour devenir quelqu’un». Maintenant qu’elle a réussi, elle veut «être quelqu’une qui change les choses». Cela passe par la politique active.
Neandi Dosoruth, qui est très posée, nous reçoit dans la salle de réunion des Mardemootoo Chambers où elle fait son pupillage d’avouée. «Oui, je suis idéaliste. La faute aux astres !» dit-elle en riant. «Les Verseau pensent au bien commun et voient davantage le positif que le négatif. Je ferai de la politique. Pas tout de suite. Pas avec les partis existants.» Il n’y a pas à dire, elle a les idées très claires quant à son avenir.
Milieu modeste
Cette habitante de Goodlands en a certes dans la tête mais elle n’a pas toujours eu les moyens d’accomplir ses rêves. Elle vient, en fait, d’un milieu très modeste. Bien qu’il soit à la retraite, après s’être esquinté comme machiniste dans une usine textile, Jayram, son père de 68 ans, travaille désormais comme vigile pour subvenir aux besoins de ses enfants. Le fils cadet, qui a eu une bourse d’études en Chine, y étudie la médecine alors que la petite dernière travaille dans l’hôtellerie pour pouvoir se payer des études supérieures en économie.
Leur mère Sita, 58 ans, tient un petit bazar devant leur maison et y vend des légumes, des fruits, histoire d’arrondir les fins de mois. Leur maison, qui est partiellement en tôle, fuit à chaque averse. «Lorsque je révisais pour mon examen final de droit et qu’il pleuvait, j’étais obligée d’avancer la table pour ne pas être éclaboussée par les gouttes de pluie», raconte-t-elle en riant.
Elle écrit pour les autres
Chez les Dosoruth, on n’est pas riche. On compense par l’éducation. Neandi est envoyée à l’école St. Antoine RCA où les classes ne comptent pas plus de 24 élèves. Ce qui permet une attention personnalisée, en particulier de Miss Geneviève avec qui elle est encore en contact. Neandi lit tout ce qui lui tombe sous la main et écrit aussi très bien.
Elle obtient d’excellents résultats tout au long de son cycle primaire, si bien que les villageois, qui ne maîtrisent pas l’écriture, la consultent pour qu’elle réponde à leur courrier ou écrivent une lettre d’application à leur place. Neandi s’y plie toujours de bonne grâce.
Programme Duke of Edinburgh Award
C’est au Sharma Jugdambi SSS qu’elle fait ses études secondaires. Elle opte pour la comptabilité, l’économie, l’informatique, les littératures anglaise et française. Avec sa classe, elle participe à deux reprises au programme Duke of Edinburgh Award qui l’entraîne à Madagascar et à Dubayy et elle obtient un Award d’argent pour le premier projet et décroche l’or pour le second.
En 2008, lorsque ses résultats de Higher School Certificate tombent – cinq A – son entourage est persuadé qu’elle obtiendra une bourse d’études. Si elle passe bien l’entretien pour quelques pays, on lui propose une bourse dans un pays où le fondamentalisme religieux s’exprime de temps à autre par des attentats. Elle refuse.
Similitudes entre l’écriture, la lecture et le droit
Elle est acceptée à l’université de Maurice. «À l’époque, c’était important pour moi de devenir quelqu’un et tout le monde autour de moi me disait que je devais faire le droit pour être quelqu’un de respecté.» C’est ainsi qu’elle étudie le droit et obtient son Bachelor of Laws avec un Second Class, First Division au bout de trois ans. Elle trouve des similitudes entre l’écriture, la lecture et le droit. «Dans le droit, on lit et on écrit beaucoup. Sauf que c’est litigieux. Et puis, le droit évolue avec la société.»
Lorsqu’elle a ses résultats, elle voudrait bien prendre immédiatement l’examen du barreau. Mais elle n’a pas les sous pour. «Rs 100 000, pour moi, c’est beaucoup. J’ai dû prendre de l’emploi pendant un an et économiser cette somme.» C’est chez l’avoué Roshan Rajroop qu’elle est acceptée.
«Beaucoup mentent et attribuent leur faute à leur partenaire. En fait, c’est leur propre reflet qu’ils projettent sur l’autre.»
En un an, elle instruit plus de 200 pétitions de divorce. Elle en tire de nombreuses leçons. Même si personne n’est parfait, elle note beaucoup de négativité chez les gens. «Beaucoup mentent et attribuent leur faute à leur partenaire. En fait, c’est leur propre reflet qu’ils projettent sur l’autre. Le consentement mutuel existe mais peu s’en servent alors que c’est plus civilisé.»
En septembre, elle prend part à l’examen du Law Practitionnal Vocationnal Course et se classe seconde. «Il fallait être constant dans les révisions. Il y a 450 jugements qui tombent chaque année et il faut être incollable sur ceux des trois dernières années.»
Commentaires désobligeants
Ce qui la peine, c’est que son entourage se permet des commentaires lorsqu’on la voit prêter main-forte à sa mère dans le petit bazar. «Comme je suis l’aînée de la famille, tout le monde y allait de son refrain. Pourquoi je ne travaille pas encore ? Est-ce que je ne suis pas au courant de la sortie des formulaires de la Public Service Commission ? Avant, j’étais vexée par ces commentaires. Aujourd’hui, je me dis que je n’ai de compte à rendre qu’à mes parents qui eux, ne me jugent pas.»
Comme elle veut être avouée, c’est aux Mardemootoo Chambers qu’elle a été admise depuis peu pour son pupillage. Après un an, elle sera fixée sur son sort. Elle ignore si elle aura un emploi au Parquet ou si elle exercera au libéral. Mais une chose est sûre : elle veut faire de la politique.
«Il faut réformer l’éducation. Les enfants sont mis dans un moule alors qu’il aurait fallu identifier leurs talents et les pousser dans ces voies.»
Et pourquoi donc tant d’insistance ? «Il faut réformer l’éducation. Les enfants sont mis dans un moule alors qu’il aurait fallu identifier leurs talents et les pousser dans ces voies. Les études montrent que c’est entre l’âge de 7 et 14 ans que les talents se développent. Il faut tous les développer. Ce n’est pas ce que propose notre système éducatif qui est réducteur et dont le programme d’études ne colle pas avec les réalités. Personne n’identifie les talents des enfants. Je veux être ministre de l’Éducation pour changer cela. Il faut ouvrir le programme d’études. C’est ce que je ferai dans cinq-dix ans. Je dois me faire des contacts au préalable.» C’est dit.
Gageons que la petite dame aux grandes ambitions y parviendra…
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