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Dr Pascale Dinan: «Une personne âgée doit être responsable de sa prise en charge.»

1 octobre 2016, 21:08

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Dr Pascale Dinan: «Une personne âgée doit être responsable de sa prise en charge.»

La population mauricienne est vieillissante. Quels défis attendent nos personnes âgées aujourd’hui ? La gériatre Pascale Dinan, présidente de la Fédération internationale des associations de personnes âgées océan Indien (FIAPA OI), évoque cette problématique.

Depuis sa constitution en 2005, qu’a fait le groupement FIAPA OI ?
Je tiens tout d’abord à rappeler que les bases du groupement FIAPA ont été jetées par feu Denise Vaulbert de Chantilly, qui a longtemps présidé le Senior Citizens’ Council et initié l’association Alzheimer. C’est en hommage à cette grande dame soucieuse du bien-être des personnes âgées à Maurice que nous avons donné son nom au centre de Rose-Belle, où nous organisons régulièrement des activités récréatives pour les personnes âgées et les patients du centre de jour de l’association Alzheimer.

Le groupement FIAPA OI a plusieurs missions : promouvoir le bénévolat, développer le lien intergénérationnel, travailler auprès des instances publiques pour le bien-être des personnes âgées et travailler à l’international en représentant la région de l’océan Indien. Il est rattaché à FIAPA France qui existe depuis 1985 à l’initiative de 26 pays européens.

C’est dans ce contexte qu’en 2014, à la demande de FIAPA France, notre ONG a organisé un colloque régional à Maurice au cours duquel nous avons développé une charte sur les droits et la bientraitance des personnes âgées dans la région de l’océan Indien. Cette charte a été diffusée aux pays participants (Maurice, Rodrigues, La Réunion, Seychelles, Mayotte, Madagascar).

Une délégation du groupement FIAPA a assisté, en 2015, aux premières assises de la bientraitance des aînés à La Réunion et nous avons reçu un gériatre du Canada et une présidente réunionnaise d’association de bientraitance. Cette année, nous recevons à nouveau Sylvie Bonin-Guillaume, professeur de gériatrie et praticienne hospitalière à Marseille, qui a animé trois causeries sur les clés d’un vieillissement réussi auprès de nosstakeholders, d’un public de médecins et de personnes âgées.

Qu’est-ce que la formation MOBIQUAL ?
Il s’agit d’un cours de formation dispensé par le groupement FIAPA et approuvé par la Mauritius Qualifications Authority. Si nous avons élaboré ce cours, qui en sera à sa 5e édition en 2017, c’est parce que bon nombre de personnes encadrant les personnes âgées n’ont aucune notion de la gériatrie. Ces sept modules de formation, destinés au personnel soignant, aux paramédicaux, comme les ergothérapeutes et kinésithérapeutes, et aux responsables des maisons de retraite, sont axés sur la nutrition, la bientraitance, la prise en charge de la douleur, les soins palliatifs, la maladie d’Alzheimer, la dépression, le risque infectieux et les plaies cutanées.

Nous avons déjà formé 80 participants venant d’institutions, mais aussi certains responsables de maisons de retraite. À la fin de chaque module, on fait un questionnaire d’évaluation. Cette formation est une nécessité et pallie le manque dans ce domaine à Maurice. Cette formation doit être effectuée à différents niveaux, des garde-malades aux aides-soignants, en passant par les infirmiers spécialisés dans la prise en charge de la douleur ou des plaies. Même en étant bien intentionné, on peut mal s’y prendre si on n’a pas reçu une formation appropriée.

Par ailleurs, la formation adéquate permet d’aider la personne âgée à préserver son autonomie. Notre objectif est de diffuser les connaissances en gériatrie pour une prise en charge optimale et pluridisciplinaire de nos aînés.

Cette formation est-elle destinée au personnel du secteur public ?
Le ministère de la Sécurité sociale anime une formation auprès de carers et d’informal carers. La formation MOBIQUAL est destinée à des soignants déjà en poste pour améliorer la prise en charge gériatrique.

Cette année, avec le déplacement du professeur Bonin-Guillaume, vous mettez l’accent sur un vieillissement réussi. Pourquoi ?
L’objectif des gériatres est d’avoir des personnes qui vieillissent en bonne santé, en ayant le plus longtemps possible une certaine autonomie dans leur vie quotidienne. Or, avoir un bon état de santé en vieillissant se prépare dès aujourd’hui par une bonne hygiène de vie, en passant par une alimentation équilibrée, des exercices physiques, le contrôle des maladies chroniques, entre autres.

La société mauricienne a-t-elle un mauvais regard sur les personnes âgées ?
Oui, car bon nombre de personnes âgées subissent de plus en plus de maltraitances et de violences. Elles ne doivent pas être des laissées-pour-compte de la société, ni considérées comme un fardeau. Il faut un changement de regard envers elles. Le thème de la Journée internationale décrétée par les Nations unies pour 2016 est : Les aînés, une richesse pour notre société. Et c’est vrai que beaucoup de personnes âgées sont encore en pleine forme et profitent des cours de l’Université du troisième âge par exemple. Nos aînés sont une «banque de temps libre» à consacrer à différentes organisations à Maurice. Il faut savoir en tirer profit.

Quel autre défi concerne les personnes âgées à Maurice ?
Exerçant comme médecin et étant en contact avec des personnes âgées tous les jours, je pense qu’un défi majeur reste une prise en charge adaptée à elles. Il s’agit d’avoir du personnel formé à l’encadrement. Il faut aussi que les professionnels apprennent à partager leur savoir et travailler ensemble. En ce sens, j’ai créé, cette année, au sein de notre ONG, un comité pour la rédaction d’un e-newsletter bisannuel.

Nous sommes une équipe de professionnels médicaux et paramédicaux. Il faut diffuser, partager et faire une mise en commun de nos connaissances. Les professionnels doivent faire corps autour de la personne âgée pour que son bien-être soit global. Nous voulons vraiment sensibiliser la population sur l’importance de bien traiter nos aînés.

Quel est le rôle de l’État dans tout cela ?
L’État a les moyens et propose un plan national des lois. Maurice a d’ailleurs été le premier pays d’Afrique à développer une politique sur le vieillissement en 2001, qui a été révisée en 2008 pour mettre l’accent sur le fait que la personne âgée doit être actrice de sa propre prise en charge. Il ne faut pas tout attendre de l’État, qui a déjà promulgué des lois, mis en place des maisons de retraite et même un Senior Citizens Council pour faire remonter vers lui les demandes et besoins des personnes âgées.

La personne âgée, qui est encore en pleine forme, a beaucoup à transmettre aux plus jeunes et elle doit devenir responsable de sa prise en charge.

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