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Post-attentats: y a-t-il des terroristes à Maurice?

21 novembre 2015, 16:59

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Post-attentats: y a-t-il des terroristes à Maurice?

La presse internationale en a fait état. Les services de renseignement et le bureau du Premier ministre conservent des dossiers sur ces Mauriciens qui sont allés ou qui veulent aller grossir les rangs des combattants jihadistes de l’État islamique. «Mais on n’en parle pas trop, afin de ne pas effrayer la population ou les investisseurs», confie un haut fonctionnaire.

 

L’express a révélé, en primeur, qu’il y a pas moins de quatre Mauriciens – dont une femme – qui ont déjà rejoint les rangs de Daech. L’information, qui a peut-être surpris nombre de Mauriciens est, en fait, un secret de Polichinelle entre les Casernes centrales et trois ambassades qui suivent de près le mouvement des individus soupçonnés d’avoir des liens avec l’État islamique ou une tout autre organisation terroriste.

«Leurs tentatives de s’implanter n’ont pas abouti»

 

 

«Durant plusieurs années, nous avons constitué des dossiers sur ceux susceptibles d’importer la réflexion des radicalistes dans la région. À un moment, il y en avait qui étaient présents sur une des îles du sud-ouest de l’océan Indien. Heureusement que leurs tentatives de s’implanter n’ont pas abouti», fait ressortir un diplomate étranger, qui travaille sur le dossier «terrorisme».

Il parle des Comores, pays qui a subi plusieurs coups d’État et qui a des relations difficiles avec la France en raison, notamment, de la présence française à Mayotte. S’il est vrai que l’ancien président Sambi, un prédicateur très doué qui est resté populaire parmi les Comoriens, cultive des relations privilégiées avec des organisations arabes, dont celles d’Iran, on ne peut pas pour autant le taxer de nourrir des liens avec les terroristes, observe un ancien ministre des Comores.

Maurice, le deuxième pays de la zone de l’océan Indien

 

 

Outre les Comores, Maurice serait bel et bien le deuxième pays de la zone qui abriterait des sympathisants de groupes terroristes. Pas forcément des terroristes eux-mêmes. À titre d’indication – mais ce n’est pas une preuve – sur les pages Facebook, l’on a noté plusieurs commentaires – certes anonymes – élogieux à l'égard de Daech, dans le sillage des tristes attentats de Paris. 

Déjà en juin, Asian Tribune, journal asiatique, parlait de la montée du fondamentalisme parmi la communauté musulmane à Maurice. Zamzam Institute, le Front Solidarité Mauricien ou encore la branche mauricienne de Hizb Ut Tahrir, plusieurs organisations ont été ainsi mises sous les feux des projecteurs.

«Besides a host of Islamist groups like Zam Zam Society (ZZS), Hizbullah Party(HP), and Islamic Society of Mauritius (ISM), Hizb-ut-Tahrir (HuT, Islamist Party of Liberation), which American experts see as more dangerous than ISIS, has become active, raising concerns in the Indian Ocean island nation.»

Une lutte intellectuelle et non armée

 

 

Ces organisations sont-elles en train de former nos jeunes à partir au front ? Non, nous répondent-elles toutes. À commencer par Fadlur Rahmaan, le responsable de la branche locale de Hizb UtTahrir«Nous ne voulons pas instaurer un gouvernement islamique à Maurice. Nous sommes totalement différents des groupes comme ISIS car notre lutte n’est pas une lutte armée mais une lutte intellectuelle.» Pour cet habitant des hautes Plaines-Wilhems, se définir comme radical ou extrémiste «est un concept occidental».

D’ailleurs, le religieux nous explique que bien souvent, «les gens disent des méchancetés sans preuves à l’appui et cela risque de mettre des innocents en prison». Fadlur Rahmaan a été accusé de faire partie des neuf Mauriciens déportés de Turquie en mars après avoir été soupçonnés de vouloir rejoindre la Syrie. Information que le principal concerné dément formellement. 

Bahemia Areff, plus connu sous le nom de  bhai Bakar, à Plaine-Verte, où il tient une école, Zam Zam Institute, dit qu’il ne faut pas que les Mauriciens musulmans soient marginalisés ou deviennent victimes de ce qui se dit. Bahemia Areff défend bec et ongles son institution contre les accusations de financement pro-islamiste ou encore d’affiliation avec des pays du Moyen-Orient. Il insiste que ce sont de mauvaises langues qui font circuler de telles rumeurs car Zam Zam Institute oeuvre surtout dans le social.

«Nous sommes complètement financés par les parents des élèves qui fréquentent notre école et des donations des Mauriciens. C’est regrettable qu’il y a, toutefois, des jeunes qui digressent. Mais là encore, c’est à cause d’une mauvaise guidance.» Avis partagé par Samioullah Lauthan. Pour l’ancien travailleur social, il s’agit de la manipulation d’une jeunesse qui a été mal guidée. Si les manipulateurs utilisent des paroles de Dieu, elles sont, néanmoins, mises hors contexte pour faire pression sur ces jeunes qui sont vulnérables.

«Pas d’amalgame entre politique et fondamentalisme religieux»

 

 

Mais Samioullah Lauthan insiste qu’il est impérieux de ne pas faire d’amalgame entre la politique et le fondamentalisme religieux à Maurice. Pour lui, le Hizbullah de Cehl Meeah, par exemple, était un produit purement politique, même s’il y a eu l’utilisation de paroles religieuses. Cehl Meeah a longtemps été connu pour ses déclarations religieuses et accusé d’un certain extrémisme.

Mais l’homme s'en défend. Il affirme que la justice l’a disculpé de toute association radicale ou extrémiste. Lui aussi se dit victime de rumeurs mensongères qui lui ont causé beaucoup de tort. Selon lui, son élection et son évolution au Parlement sont venues démentir les accusations initiales portées contre lui.

«Je suis contre ISIS mais...»

 

 

Mais qu’en est-il de ces jeunes têtes brûlées qui veulent partir en guerre ? Un ingénieur, âgé de 28 ans, nous confie qu’il est prêt à partir au front dès demain s’il en a l’occasion. Sauf qu’il y a une nuance, l’homme ne veut pas rejoindre ISIS. Ce qu’il souhaite c’est lutter contre les Israéliens et les Américains.

«Je n’ai rien contre la France. Moi personnellement, je n’irai pas faire de jihad en France. Mais si on me donne l’opportunité, j’irai en Amérique, j’irai en Israël avec des bombes autour de moi car ce sont eux les vrais coupables. Pour moi, ISIS, ce sont eux. Je suis contre ISIS mais je suis content de ce qu’ils ont fait. Maintenant la France aussi sait ce que les Palestiniens ressentent, ce que les Syriens ressentent.»

Aux Casernes centrales, l’on s’abstient de commentaires. Renseignés par les ambassades et en fonction des informations qu’ils recueillent sur le terrain, ils ne veulent pas en divulguer davantage. «On les surveille. La surveillance est cruciale…»

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