Publicité
« Dans la campagne, les partis politiques jouent à celui qui sera le plus visible »
Par
Partager cet article
« Dans la campagne, les partis politiques jouent à celui qui sera le plus visible »
Que pensez-vous de la campagne de communication dans le cadre des prochaines législatives ?
J?ai beau cherché, je trouve qu?il n?y a aucune campagne de communication digne de ce nom chez aucun parti politique. Je m?attendais à une campagne beaucoup plus réfléchie et beaucoup plus structurée. Pour cette campagne, les partis politiques utilisent toujours les outils de communication de masse, aujourd?hui les radios privées leur octroie une plate-forme d?expression qu?ils n?avaient pas dans le passé. Personnellement, je trouve que les outils de communication tels que les affiches et les banderoles sont moyennageux.
Slogans, affiches ... comment analysez-vous ce que vous voyez ?
Il n?y a aucune stratégie de communication, aucune ligne de direction. L?image se construit sur le tas et ça a l?air d?être scientifique. Chaque parti propose un slogan qui ne me semble pas très perspicace. Sur les affiches, on voit la tête des candidats sous leur meilleur jour. Les partis politiques font dans l?événementiel, ils invitent la population aux meetings, ils les invitent pour de grandes parties de détente, tout cela n?a rien de bien nouveau. Exception faite des sites internet, une belle innovation, qui à mon avis, touchera davantage les jeunes que la population dans son ensemble.
Que manque-t-il à cette campagne ?
Il n?y a pas une communication en bonne et due forme. Ce genre de communication exige un plan, un programme, une organisation. Les partis politiques jouent à celui qui sera le plus visible. Ils pensent que plus la couleur du parti est vue, plus cette couleur incitera au vote. Or, dans ce désordre visuel indescriptible, une seule chose ressort : les banderoles ne véhiculent aucun message. Les partis politiques sont persuadés qu?en voyant une couleur dominante, l?électorat, voire les indécis, finiront par faire leur choix.
Comment une campagne de communication ciblée pourrait-elle convaincre ces indécis ?
Les indécis ne veulent pas être influencés. Dans ce cas, il faut définitivement une campagne de communication solide, bien ficelée. D?abord, il faut commencer par analyser la campagne de l?autre, pour en détecter les forces et les faiblesses. Ensuite, il faut une stratégie qui soit plausible, capable de relier les exigences des politiciens avec les attentes de l?électorat. Les publicitaires ne sont pas là pour faire croire des choses. Nous sommes là pour créer une image positive. La communication passe ainsi impérativement par une étude de la communication de l?autre. Les politiciens d?ici, exploitent l?inconscience des gens. Réussir une campagne de communication, c?est réussir à créer la confiance. C?est un travail de longue haleine qui ne se fait pas en un mois.
Comment s?élaborerait cette campagne?
On commence par le « brain manual ». On définit la personnalité du parti, ses valeurs, sa mission, ses objectifs. Il faut ensuite passer par la représentation, par les symboles, c?est ce que nous appelons le logo. Après, il faut voir le « packaging », c?est à dire l?habillage. La récente campagne du parti conservateur anglais, montrant une longue file d?attente devant les bureaux du chômage et le slogan « Labour is not working », ça c?est professionnel, ça c?est un travail de fond sur la communication ! Je m?attendais à ce genre de chose. Pas à ce que d?horribles banderoles en plastique envahissent et salissent l?environnement !
Les émissions politiques à la télévision constituent une part importante de cette campagne électorale. Pensez-vous que ces émissions télévisées peuvent peser lourd dans le vote des citoyens ?
C?est la même routine d?années en années, de campagnes en campagnes. Les politiciens se présentent devant les caméras avant de promettre des choses. 65% de la population sera devant son poste, à écouter, sans réfléchir. Le sourire de l?un va davantage plaire, tandis que les crispations d?un autre vont irriter. Il n?y a aucun travail sur l?image, juste une belle farce.
Dépasser le langage classique
Pour Philippe Cervello, directeur de l?agence Publico, il y a une majorité silencieuse, qui voudrait entendre autre chose. « Je qualifierais cette campagne de traditionnelle. Les partis politiques y vont à coup de communication visuelle, d?oriflammes et de bouts de plastique. C?est une communication qui est effective sur une minorité. Cette minorité a l?impression que la couleur dominante indique que c?est ce parti ou tel autre qui va gagner. Il y a une majorité silencieuse qui voudrait entendre autre chose, une majorité qui regarde tout cela avec un air détaché. La société mauricienne a évolué dans son rapport à la communication, mais les partis politiques tiennent les mêmes discours. Il n?y a aucune innovation, c?est toujours la même rengaine. Les Mauriciens sont de plus en plus détachés par rapport à la communication partisane. » Sa suggestion : «Les politiciens devraient jouer la carte de la nouveauté. Il y a un changement qui s?opère, ici, comme à l?extérieur, il faut aujourd?hui, dépasser le langage classique des politiciens, au risque de passer à côté de la moitié de la population. »
Publicité
Publicité
Les plus récents