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Redevance MBC

Abolition promise, mais toujours bloquée

7 juin 2026, 15:00

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Abolition promise, mais toujours bloquée

L’abolition de la redevance mensuelle de Rs 150 perçue par la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) ne se fera pas dans l’immédiat. C’est ce qu’a indiqué le Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam, au Parlement, en réponse à une question de la députée Anabelle Savabaddy sur l’état d’avancement de cette promesse.

Selon le chef du gouvernement, cette mesure demeure «sous considération», mais toute décision devra tenir compte de la viabilité financière de la station nationale ainsi que de la nécessité d’assurer la continuité de sa mission de service public. «La situation financière précaire actuelle de la MBC fait que l’abolition de la redevance télévisuelle mensuelle est reportée pour le moment», a-t-il expliqué.

Navin Ramgoolam a rappelé que la MBC (Collection of Licence Fees) Act de 1984 prévoit que toute personne responsable du paiement d’une facture d’électricité domestique doit également s’acquitter de la redevance télévisuelle, sauf si elle ne possède pas de téléviseur. Les foyers dont la consommation annuelle d’électricité ne dépasse pas 396 kWh bénéficient toutefois d’une exemption. À fin avril 2026, quelque 28 560 clients domestiques étaient exemptés du paiement de cette redevance.

Le Premier ministre a également dressé un constat financier préoccupant de la MBC à l’arrivée de son gouvernement au pouvoir en novembre 2024, évoquant un déficit accumulé d’environ Rs 1,5 milliard, une dette de Rs 165,5 millions ainsi que des obligations liées aux pensions estimées à Rs 1,8 milliard. Face à cette situation, un plan de transformation a été lancé dès décembre 2024 afin de moderniser la structure et d’améliorer ses performances.

Ce plan comprend notamment l’amélioration de la qualité des contenus, la diversification des revenus, la modernisation technologique, ainsi qu’un audit des ressources humaines et des processus internes. Le gouvernement insiste sur la nécessité de renforcer les revenus publicitaires, même si ceux-ci restent insuffisants pour compenser la baisse structurelle de certaines recettes.

Dans ce contexte, la question de la redevance télévisuelle demeure centrale. Pour l’année financière 2022-2023, la MBC avait perçu environ Rs 644 millions grâce à cette contribution, payée par près de 350 000 foyers à travers le pays.

Un modèle de financement contesté

Au cœur du débat, la légitimité et la soutenabilité du modèle de financement du service public audiovisuel font l’objet de critiques divergentes. Pour l’ancien régulateur des médias, Mᵉ Ashok Radhakissoon, la promesse d’abolir la redevance s’inscrit dans une logique politique difficilement compatible avec les réalités économiques du secteur.

Express.mu (620 x 330) (3) Mᵉ Ashok Radhakissoon, ancien président de l’Independent Broadcasting Authority et de l’Information and Communication Technologies Authority.

Selon lui, la proposition initiale a été formulée sans analyse approfondie du contexte financier et du marché publicitaire. Il estime que la MBC dépend encore largement de la redevance pour équilibrer ses comptes, la publicité ne suffisant pas à compenser les coûts d’exploitation.

L’expert souligne également que la structure actuelle de la MBC reste lourde et peu optimisée. Il plaide pour une réforme en profondeur du modèle économique, incluant une rationalisation des dépenses, une modernisation de la gouvernance et une meilleure gestion des ressources humaines. Selon lui, une suppression brutale de la redevance pourrait fragiliser davantage l’institution, déjà confrontée à des contraintes budgétaires importantes.

Un débat sensible

De son côté, le président de la Federation of Civil Service and Other Unions, Narendranath Gopee, adopte une position plus critique vis-à-vis du maintien de la redevance. Il considère que la taxe de Rs 150 s’inscrit dans une accumulation de charges supportées par les ménages, souvent sans transparence suffisante sur leur finalité.

Express.mu (620 x 330) (2) Narendranath Gopee, président de la Federation of Civil Service and Other Unions.

Selon lui, la population finance déjà indirectement plusieurs services publics à travers diverses taxes, ce qui rend la redevance télévisuelle difficilement justifiable. Il estime que la MBC fonctionne dans un contexte de déficit structurel et qu’elle devrait entreprendre des réformes internes plus rigoureuses avant de continuer à solliciter les contribuables.

Le syndicaliste insiste également sur le caractère politique des promesses électorales liées à la suppression de la redevance, qu’il juge difficiles à tenir sans une refonte complète du modèle économique de l’institution. Il appelle ainsi à une réflexion globale sur le financement du service public et sur la responsabilité de l’État dans la gestion des médias publics.

Libéralisation des ondes

Au-delà de la redevance, le gouvernement a également confirmé que la question de la libéralisation des ondes et de l’introduction de chaînes privées est toujours à l’étude. Le PM a rappelé qu’il s’agit d’un engagement électoral et que le processus suivra son cours.

Cette évolution potentielle pourrait redéfinir l’équilibre du paysage audiovisuel, actuellement dominé par la MBC, tout en posant de nouveaux défis en matière de financement et de régulation.

Un système sous pression

La législation a par ailleurs été renforcée en 2022, avec des sanctions plus sévères pour les personnes refusant de payer la redevance, pouvant aller jusqu’à Rs 50 000 d’amende et deux ans d’emprisonnement, alors que l’ancienne loi prévoyait des amendes allant de Rs 500 à Rs 1 000.

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