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«Eski to ti Kone»

À 96 ans, Roopnarain Badal raconte le savoir-faire des planteurs de tabac

9 août 2026, 11:30

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Un paquet de cigarettes, on peut en acheter facilement dans une boutique. Mais Eski to ti Kone ki, autrefois, le tabac était cultivé et préparé ici même, à Maurice ? Avant de devenir un produit commercialisé tel qu’on le connaît aujourd’hui, les feuilles de tabac passaient par plusieurs étapes, réalisées principalement à la main.

À Isidore-Rose, Roopnarain Badal, aujourd’hui âgé de 96 ans, se souvient encore de cette époque. En 1974, il avait obtenu son permis pour exercer comme planteur de tabac. Pour lui, cette activité était bien plus qu’une simple culture : c’était un véritable métier qui demandait patience, expérience et beaucoup de travail.

Des graines jusqu’aux champs

«Nou ti pe al pran bann lagrin depi Tobacco Board. Nou ti pe amenn zot, nou ti seme. Apre sa, nou ti tir bann plant-la, nou ti fer zot an bot», raconte-t-il.

Les jeunes plants étaient ensuite préparés avant d’être transplantés dans les champs. Après environ six à huit jours, ils étaient suffisamment développés pour être mis en terre. Il fallait alors les arroser régulièrement et surtout bien les entretenir.

Pour Roopnarain Badal, un plant de tabac demandait presque autant d’attention qu’un enfant. «Fode okip li bien, kouma enn baba», explique-t-il. Une fois les plants arrivés à maturité, venait le moment de récolter les feuilles. Celles-ci étaient ensuite préparées pour le séchage.

Le séchage constituait une étape importante dans la préparation du tabac. Les feuilles étaient suspendues à des branches de goyavier de Chine avant d’être placées dans les bâtiments appelés barns.

Dans ces bâtiments, les feuilles étaient soumises à un processus de séchage à l’aide du diesel. Selon les souvenirs de Roopnarain Badal, les feuilles restaient ainsi dans les barns pendant environ sept jours. Une fois suffisamment sèches, elles étaient retirées des branches avant d’être triées et préparées pour la vente.

Un travail largement fait à la main

À cette époque, le travail reposait largement sur le savoir-faire des planteurs. Les feuilles étaient manipulées, triées et attachées à la main. Des bâtons de goyavier de Chine étaient notamment utilisés pour faciliter le séchage.

Roopnarain Badal se souvient également d’un détail particulier lors de la récolte. «Kan to ti pe kas fey taba, to lame ti pe vinn nwar. Nikotinn ti pe kol lor lame», raconte-t-il. Le contact avec les feuilles fraîches laissait ainsi une substance collante sur les mains des travailleurs.

Après le séchage, les feuilles étaient classées selon leur qualité avant d’être transportées au Tobacco Board pour être vendues.

À cette époque, les planteurs apportaient leur production au Tobacco Board, qui se trouvait à Plaine-Lauzun. L’organisme achetait le tabac produit par les planteurs avant de le revendre notamment à la British-American Tobacco.

Le Tobacco Board de Plaine-Lauzun a finalement fermé ses portes en 2012, marquant progressivement la fin d’une activité qui avait autrefois sa place dans le paysage agricole mauricien.

«Avan, nou ti kone kouma ti pe fer li»

Pour Roopnarain Badal, le tabac d’autrefois était différent de celui que les consommateurs connaissent aujourd’hui. «Nou ti konn so prosesis. Nou ti pe met fey taba mem. Aster, seki nou aste, nou pa kone kouma inn fer li», explique-t-il.

Il estime également qu’autrefois, la production reposait davantage sur les feuilles elles-mêmes, tandis qu’aujourd’hui, il a l’impression que la composition des produits du tabac est différente.

Au-delà du tabac, son témoignage permet surtout de découvrir une ancienne méthode de travail agricole, à une époque où chaque étape, de la graine jusqu’à la vente, demandait le savoir-faire et la patience des planteurs.

Roopnarain Badal garde ainsi en mémoire les gestes, les outils et les techniques d’un métier qui a aujourd’hui pratiquement disparu à Maurice.

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