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Viande et Poisson : le marché de Port-Louis en tête de liste de l’insalubrité
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Viande et Poisson : le marché de Port-Louis en tête de liste de l’insalubrité
Vous arrive-t-il de vouloir manger un bon steak saignant fait maison ? Et cette viande fraîche, vous irez l’acheter dans le marché du coin. lexpress.mu vous emmène  faire un petit tour dans les marchés des villes, en espérant que cela ne vous coupera pas l’appétit. Reportage.
Port-Louis à midi. Même en  hiver, il fait chaud et le marché de la capitale est bondé. Nous nous dirigeons  vers l « section viande et de poisson ». Dès notre premier pas dans la boucherie,  les marchands entament en chœur : «Oui, que puis-je vous servir? Côte, entrecôtes, viande sans os ou avec os, pour briani ou pour une bonne soupe ? ». Ils ont, semble-t-il, oublié d’ajouter «mouches, cafards et chats» dans la liste.
Eh oui, au marché de Port-Louis, c’est un retour dans le temps « lontan, letan margoze » ! L’endroit est insalubre, les mouches semblent faire partie du décor, sans compter l’odeur nauséabonde qui vous donne le vertige.  Les vendeurs, eux, sont immunisés contre tout cela.
C’est sur les morceaux de viande coupés et exposés sur un vulgaire bout carton qu’une bonne dizaine de mouches ont élu domiciles. Elles volent, puis se posent d’un bout à l’autre de la viande, et finissent de temps en temps par atterrir sur un tas de déchets.
Après les mouches, c’est un chat que nous apercevons. Visiblement un habitué des lieux, l’animal se gratte devant le marchand de viande bovine qui, lui, sert une cliente mais ne porte ni gants, ni tablier. 
Chez le boucher Aukbarallee, c’est le ras-le-bol. «Je suis exaspéré par ces chats. Dès fois, ils se permettent de monter sur les tables et de voler des morceaux de viande. Nous avons fait état de la situation aux inspecteurs sanitaires, mais toujours rien », fustige le vendeur de viande.
Auprès des vendeurs de tripes, nous constatons autre chose. Un cafard qui circule librement sur la table. Voyant notre caméscope, le marchand le chasse d’un revers de main, tout en essayant de vérifier si nous avons remarqué son geste. Ce qui ne nous empêche pas de constater qu’il y a d’autres cafards sur le sol, pratiquement sous la table de ce marchand.
Poursuivant notre petite visite au  «bazar central », nous nous dirigeons vers le  poissonnier. Celui-ci est installé derrière ses poissons frais et, cette fois, ce sont des rats qui suscitent la colère chez ce vieux marchand qui compte plus de 30 années d’activité au marché de Port-Louis. Des rats qui pour une fois arrivent à cohabiter avec les chats.
«Il y a des rats dans les grands caniveaux qui traversent le marché. Et quand il y a de grosses pluies, ces caniveaux sont débordés. Les différentes  campagnes de dératisation organisées par les autorités n’apportent  pas de grand changement », soutient le poissonnier.
Pourtant, tout cela ne semble pas déranger les acheteurs. Une jeune dame est venue comme à ses habitudes acheter de la viande fraîche. «C’est ici que mes parents ont toujours acheté de la viande et du poisson. Moi je dis qu’il y a pire  là au moins, ils ne sont pas exposés à la pollution comme dans les rues. Il ne faut pas dramatiser les choses », affirme cette Port-louisienne.
Mamade Khodabaccus, le lord-maire, est «bien au courant de ces problèmes d’insalubrité». «Je ne peux rien faire, il n’y a pas suffisamment de fonds pour faire des travaux de rénovation. J’ai fait tout ce qui est possible », explique-t-il. "Tout le possible" se résumant à faire des campagnes de dératisation chaque mois.
Le lord-maire rappelle que la rénovation du marché de légumes a coûté quelque Rs 120 millions, en 2003. «Et il faut à peu près la même somme pour rénover la section viande. Pour le moment, nous souhaitons faire un partenariat public-privé pour ce projet. Mais cela ne se fera pas demain. Il faudra encore attendre ».
Sur ces paroles, quittons Port-Louis pour Rose-Hill, où la situation est nettement meilleure, mais où il y a quand même des lacunes, selon les marchands. En effet, il n’y a qu’un point qui gêne les vendeurs de poisson et de viande : la nouvelle table en inox proposée par la municipalité de Rose-Hill, qui ne leur convient pas.
Il y avait du marbre blanc auparavant et la municipalité à décidé de les faire enlever pour les remplacer par des tables en inox. « Mais l’ennui c’est que les plaques sont superposées et les bactéries s’infiltrent facilement dans les parois, un beau jour, il y aura des asticots dans la viande », fait ressortir un autre marchand de poisson.
En effet, pour combler l’espace, l’entrepreneur des travaux a fait mettre de la silicone qui s’abime facilement. Norbert Froget, maire des villes-sœurs, est, pour sa part, remonté contre les bouchers et les poissonniers qui « n’ont pas de patience ».
«D’abord ces tables servent à exposer de la viande et du poisson. Les marchands  ne devraient pas  gratter ou trancher de la viande sur ces tables. Les travaux ne sont pas finis mais j’ai essayé de faire en sorte qu’ils conservent leurs activités.  Mais il me faut encore du temps et il faut être patient », lâche Norbert Froget.
Cependant, à Curepipe et à Vacoas, l’air est déjà plus respirable et les mouches se font rares. D’ailleurs, les tables sont habillées de carrelage blanc qui est toutefois un peu sale. Mais, selon les vendeurs de viande de bœuf, elles sont faciles à nettoyer.
A Vacoas, nous rencontrons Rémy qui vient régulièrement acheter de la viande chez son ami d’enfance Yoosoof, qui est à présent âgé de 63 ans et qui est boucher depuis l’âge de 13 ans. Quand nous l’avons rencontré, Rémy achetait de la viande pour sa soupe de ce soir. «J’ai toujours pris de la viande ici. Et elle est de bonne qualité », précise Rémy.
Yoosoof soutient, pour sa part, qu’il a souvent un manque d’eau mais que les inspections se font très régulièrement. «Mes clients sont satisfaits. Je nettoie bien ma table et cela se voit », souligne-t-il.
Si, d’un côté, l’on a l’impression que les maires font tout ce qu’ils peuvent pour améliorer la condition sanitaire des marchés, de l’autre côté on constate un  laisser-aller qui persiste dans certains « bazar ». Mais le pire, c’est que les consommateurs continuent à acheter de la viande, du poulet ou du poisson exposé à toutes sortes de bactéries…et ils ne sont pas près de cesser cette pratique.
 
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