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La force du noir et blanc
À 70 ans, Juanito Avice dévoile enfin son univers
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La force du noir et blanc
À 70 ans, Juanito Avice dévoile enfin son univers
Bien avant l’arrivée de la couleur dans les arts graphiques, le noir et blanc constituait le langage premier du dessin. De Léonard de Vinci aux graveurs contemporains, de nombreux artistes ont choisi la force du trait et du contraste pour exprimer leurs idées avec simplicité et intensité.
Aujourd’hui encore, le dessin en noir et blanc occupe une place essentielle dans le monde de l’art. Dépouillé de toute distraction chromatique, il met en valeur la composition, le mouvement, la lumière et l’émotion. Chaque ligne devient significative, chaque ombre participe au récit visuel.
Chez Juanito Avice, ce choix est également une manière de laisser parler le geste. Ses plumes noires dessinent des formes qui se croisent, se déforment et se transforment librement. Le noir et blanc devient alors bien plus qu’une technique : un langage artistique à part entière, où l’imaginatation du spectateur complète l’œuvre.
Juanito Avice franchit une étape qu’il n’avait jamais osé entreprendre : exposer ses œuvres au public. Jusqu’au 22 septembre, le Salon des Arts du Hub à Phoenix, accueille Disfigurisme, une exposition qui réunit une quarantaine de dessins réalisés au fil de près de quatre décennies de création.
Pour cet ancien employé d’Associated Containers Services, le dessin a toujours occupé une place essentielle. «À l’école déjà, je faisais des dessins. Vers 15 ou 16 ans, je réalisais des portraits,» racontet-il. Plus tard, les trajets quotidiens en autobus deviennent un véritable atelier mobile. «Quand je voyageais le matin pour me rendre au travail, je prenais mon carnet et je dessinais. Même en rentrant à la maison, je continuais.»
Le noir et blanc est devenu sa signature. Armé de plumes allant de 0,5 mm à des pointes plus épaisses, il travaille principalement sur papier Bristol, en petit format comme en A3. «Je préfère le noir et blanc. C’est plus visuel et cela me prend moins de temps qu’une œuvre en couleur,» explique-t-il.
Son univers artistique échappe aux catégories classiques. Lui, le qualifie de «demi-abstrait». Les visages s’y déforment, se fondent les uns dans les autres, les corps se fragmentent avant de se recomposer dans un mouvement permanent. «Je donne naissance à des figures déstructurées. Souvent, des silhouettes féminines aux courbes généreuses émergent naturellement du dessin. Je laisse simplement ma plume suivre son élan,» explique-t-il.
Langage graphique
Ce qui frappe surtout, c’est l’absence de préparation. Chez Juanito Avice, le dessin naît dans l’instant. «Je n’ai pas vraiment d’inspiration au départ. Je fais un trait et ma plume continue à tournoyer, à faire des courbes, des visages. Tout vient en dessinant.» Une démarche intuitive qui a donné naissance à son exposition intitulée Disfigurisme.
Loin d’être une destruction de la figure humaine, ce langage graphique consiste à multiplier les lectures possibles d’une même image. Un visage peut en cacher un autre, une silhouette peut se transformer en plusieurs personnages. Chaque œuvre invite le regard à circuler et à découvrir de nouveaux détails.
Longtemps, ces créations sont restées confinées à son espace privé. 40 ans dans l’ombre. «Au fil des années, j’ai accumulé de nombreux dessins qui restaient rangés chez moi. Puis j’en ai parlé autour de moi. Mon fils m’a encouragé à les montrer au public et m’a accompagné dans toute la préparation de l’exposition, des encadrements à l’organisation,» confie l’artiste.
Aujourd’hui, l’artiste avoue ressentir une certaine inquiétude. «Exposer pour la première fois me procure une certaine appréhension. Mais c’est une étape que je devais franchir. À l’approche de mes 70 ans, cela représente pour moi quelque chose d’essentiel,» avoue-t-il. Une manière aussi de partager avec le public un univers construit patiemment pendant plus de quarante ans, dans la discrétion, au fil d’un trait devenu au fil du temps une véritable signature.
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