Publicité
«Mauritius Film Rebate Scheme»
Plafonner le remboursement des dépenses de tournage : risquer le clap de fin d’une industrie
Par
Partager cet article
«Mauritius Film Rebate Scheme»
Plafonner le remboursement des dépenses de tournage : risquer le clap de fin d’une industrie
■ «Prisoners of Paradise», film co-produit par Alan Govinden, est disponible sur les plateformes en Grande-Bretagne depuis le 10 août.
«Compte tenu des contraintes budgétaires et de la nécessité de garantir une utilisation optimale des fonds publics, il est envisagé d’instaurer un plafond sur le montant remboursable. Les directives régissant le Film Rebate Scheme seront, en conséquence, amendées.» Réponse du Premier ministre, Navin Ramgoolam, le mardi 1er septembre à une question parlementaire du député Raviraj Beechook. Un rebondissement qui entretient le suspense auprès des producteurs et de toute la chaîne de prestataires de services.
Ce n’est pas une fiction. Mais un projet concret que porte Jeremy Nathan, *Chief Executive Officer de Film Studios Mauritius. Le contrat concerne le tournage d’une série télé de 220 épisodes avec un casting 100 % local et des techniciens d’ici. Si le producteur – d’origine sud-africaine, installé chez nous depuis dix ans – ne donne pas des détails du budget du projet, il prévoit que le tournage démarrera *«vers mars-avril 2027»*Jeremy Nathan précise que cette série ciblant un public jeune est une collaboration avec le groupe Mediawan, studio indépendant européen. Avec une diffusion programmée sur TV5 «et, nous l’espérons, sur la Mauritius Broadcasting Corporation». Un projet qui, selon lui, va «ouvrir des perspectives internationales aux talents locaux».
À l’annonce du plafonnement prochain des remboursements des dépenses de tournage, par le Premier ministre, mardi dernier à l’Assemblée nationale, Jeremy Nathan affirme d’abord : «We welcome change.» Avant de préciser : «Nous ne sommes pas inquiets à propos du plafonnement lui-même, mais par rapport au quantum. Admettons que le remboursement maximal des dépenses de tournage est établi à Rs 20 millions, ce serait trop bas. This would scare away the project.» À savoir que le Film Rebate Scheme est à 30 % de remboursement des dépenses de tournage effectuées sur le territoire mauricien et va jusqu’à 40 % pour des budgets qui dépassent le million de dollars américains.
Le producteur ajoute : «Nous soutenons la démarche du Premier ministre mais nous aimerions trouver ensemble les moyens de protéger le Film Rebate Scheme.» En insistant : «We want the Economic Development Board (EDB) (NdlR, l’organisme qui attribue le Film Rebate Scheme) to manage fairly and openly.»
Sur le volet de la transparence, Niven Pareemanen de Nine Pictures Company – le producteur exécutif du film Ni chaînes ni maîtres – répond sans détour. «Ce n’est pas un plafond qui va limiter les abus et les fraudes.» Niven Pareemanen est également président de la toute nouvelle Mauritius Filmmakers Association. Il plaide pour un meilleur contrôle et, surtout, «un meilleur comité qui s’opposera à toute fraude».
Prenant l’exemple d’un plafonnement des remboursements par l’État à Rs 20 millions, le producteur affirme que des projets avec un budget de «huit à dix millions de dollars (NdlR, entre Rs 374 millions à Rs 468 millions) ne viendraient plus à Maurice. Et dix millions de dollars, pour des projets qui viennent d’Europe ou des États-Unis, ce sont de petits budgets pour eux. C’est limite des indie movies». Il y a donc un équilibre à trouver en accueillant les «petits» projets, sans effrayer les grosses productions.
Un pourcentage «très compétitif»
Le producteur pousse plus loin l’exemple du plafond de remboursement des dépenses de tournage par l’État à Rs 20 millions. «Cela a un impact énorme. Prenez Plane 2, avec Gerard Butler et Sylvester Stallone. L’équipe est allée tourner ailleurs (NdlR, l’équipe était attendue en novembre 2023) parce que le remboursement proposé n’était pas à la hauteur de ce qu’elle attendait. Un plafonnement tuerait non seulement les grosses productions mais aussi les projets de studios que l’on souhaite construire.»
Avec la Mauritius Filmmakers Association, Niven Pareemanen se positionne dans le dialogue avec les autorités. «Nous avons vu que le PM est ouvert à la discussion.» Si les procédures d’enregistrement de l’association sont toujours en cours, son président explique qu’elle regroupe déjà «presque 200 membres, c’est-à-dire 90 % des stakeholders qui travaillent avec le Film Rebate Scheme et qui font venir les projets de tournage chez nous». Grâce à ce réseau, l’association a entrepris de compiler la liste des bénéficiaires du Film Rebate Scheme sur la décennie écoulée. Ce qui permet d’avoir une idée précise non seulement de l’industrie dans son ensemble, mais aussi du poids de chacun de ses acteurs. «Nous avons envoyé la liste à l’EDB pour confirmer certains chiffres avant de l’officialiser.»
Faudrait-il aussi revoir le taux actuel de 30 % de remboursement qui va jusqu’à 40 % pour les budgets au-delà du million de dollars ? Le producteur estime que ce pourcentage est «très compétitif». Les sous injectés lors de tournages vont dans les taxes, les billets d’avion, des hôtels, «on paie le marchand de roti d’à côté», les techniciens. «Les dépenses sont très contrôlées. La wrap party à la fin des tournages ne fait pas partie des dépenses remboursées.» Niven Pareemanen précise que la Mauritius Filmmakers Association «n’est pas un syndicat. Nous voulons marcher main dans la main avec les autorités concernées, surtout la Mauritius Film Development Corporation (MFDC), qui est notre alliée principale».
Voilà qui déplace le débat. L’EDB, qui est sous le ministère des Finances, gère l’administration du Film Rebate Scheme : vérification des factures et décaissement. La MFDC relève du ministère des Arts et de la culture. Par- mi ses missions : accorder les autorisations de tournage. Selon le président de la Mauritius Filmmakers Association, «le côté économique est un infime pourcentage de tout ce qui se passe autour de l’industrie».
Ce n’est pas, au contraire, le nerf de la guerre ? Certes, convient Niven Pareemanen, les budgets et les remboursements, c’est ce qui «va confirmer qu’un projet vient» effectivement à Maurice. «Mais pour faire venir les projets, c’est la MFDC qui voyage partout dans le monde, qui va aux festivals de films, aux marchés de films, justement pour attirer des producteurs.»
Il déplore dans la foulée les incertitudes qui assaillent le secteur «à chaque Budget. Suite au changement de gouvernement, il y a eu un gros flou, des projets n’ont pas été approuvés». Niven Pareemanen revient à Plane 2, dont l’équipe avait présenté une demande de rebate à Maurice et à Malte. «Quand Maurice a repris contact avec l’équipe, la réponse est qu’elle tournait déjà à Malte et que Maurice s’y prenait trop tard.»
Le producteur ironise. «Cela fait dix ans que le secteur est florissant.» En clair, il n’avance pas. D’où la volonté de l’association de définir un cahier de charges qui tiendra en compte de la «protection des techniciens. On n’a jamais été aussi proche d’avoir une véritable industrie du film. On a les techniciens, les producteurs, les clients, une nouvelle image de l’île Maurice véhiculée à travers le monde grâce aux voyages des producteurs. Il faut maintenant avancer dans la même direction».
******
«Prisoners of Paradise» : sortie sur les plateformes le 10 août
«Prisoners of Paradise», film britannique co-écrit et co-produit par Alan Govinden, a été présenté lors du «Phare International Film Festival» en 2025. Ce film, tourné à Maurice en 2020 en pleine pandémie et réalisé par Mitch Jenkins, est disponible sur les plateformes numériques en Grande-Bretagne depuis le 10 août. Alan Govinden est décédé en 2021. Voici un extrait de la critique parue sur le site theguardian.com le mardi 4 août. «Despite the film’s good intentions, the lovers are a saintly, insipid pair and like all the characters, too lightly sketched, though Penry-Jones does a good job as uncle George, showing glints of weakness and self-loathing behind his upper-crust bluster. The plantation is failing, and George’s only hope of keeping afloat is Lucy marrying wealthy Frenchman Antoine (Edward Akrout). Added to this, it’s a frustratingly underdeveloped one-sided story; we see very little of Krishna’s life in the fields or in his village. The realities of his life and the conditions of workers are nothing to the love story, which unfortunately, is about as intoxicating as camomile tea.»
******
Réactions
David Constantin, réalisateur : «plus de transparence»
«Avec le système actuel de Film Rebate Scheme, si on accueille deux ou trois très gros tournages américains, par an, tout le budget y passe. Mais si on veut permettre à tout le monde de travailler, à la fois des productions locales et des productions étrangères, ce ne serait pas une mauvaise idée de fixer un plafond.
Il faudrait de la transparence. Que l’on sache qui siège dans le comité, quand il siège, quel montant est alloué pour ces remboursements dans le Budget de l’État et, dedans, avoir un maximum de projets qualitatifs. Et que les délais annoncés soient respectés. C’est de l’argent public. Quand un projet n’est pas approuvé, il faut savoir pourquoi. La confiance dans le rebate s’est un peu érodée. Les professionnels du secteur ont très peu voix au chapitre. Nous avons déjà demandé qu’un représentant indépendant siège au comité qui alloue le rebate. Pour qu’il n’y ait pas uniquement le regard technique, mais aussi celui d’un professionnel du secteur. Cela irait dans le sens du renforcement de la transparence.
Le Film Rebate Scheme, ce n’est pas que les histoires d’argent qu’il faut revoir, mais aussi les critères pour accepter les projets. Sinon, cela revient à tout miser sur un ou deux projets en se disant que cela va nous assurer un maximum de visibilité, ce qui n’est pas vrai. On l’a vu dans le passé. On peut accorder des dizaines de millions à des projets sans obtenir de visibilité, soit parce que Maurice n’est pas identifié comme tel dans le projet, soit parce que le film ne sort pas. Il y a certainement beaucoup de choses à améliorer outre l’aspect technique pour permettre à l’industrie de se développer et encourager les projets locaux.»
Veronika Zaplata-Lauratet, Tamarin Film and Services : «tout dépend de la hauteur du plafond»
«Je ne suis pas contre un plafond. Cela dépend de la hauteur. S’il y a un projet avec un budget de 100 millions de dollars, rembourser 40 % des dépenses boufferait sans doute tout le fond. Il faut une formule qui permette d’utiliser ce fonds sur plusieurs productions, ce qui ferait tourner les équipes, en étant répartie sur plus de productions. Au lieu d’une grosse production qui va tourner pendant six à huit semaines, on aurait par exemple cinq productions à budget moyen qui travailleraient pendant cinq à six semaines.»
Publicité
Publicité
Les plus récents