Publicité

Kronik KC Ranze

Et si l’on vivait debout !?

6 septembre 2026, 11:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Et si l’on vivait debout !?

Ce pays que nous aimons tous peut parfois nous rendre honteux. Les déchets jetés pêlemêle dans la nature, les chiens errants, la drogue, la corruption, une éducation nationale qui ne carbure pas comme il faut, un fonctionnariat qui ne fonctionne pas toujours, sont parmi les déficiences qui nous inquiètent tous et que la grande majorité souhaite voir matériellement réduites, aussi difficiles que cela puisse être de les régler totalement.

Parmi les sujets les plus honteux qui soient : l’eau, cette précieuse ressource que personne ou presque ne valorise et/ ou ne respecte et/ou n’économise jusqu’au moment où… elle disparaît du robinet ! Pour quelques heures par jour ou… pour un temps, ou… complètement !

Il n’y a vraiment pas de quoi être fier pour la situation de l’eau ! Rappelons que la tentative de réduction des fuites et perditions sur le réseau lors de la dernière décade, sur la base d’une promesse de 24/7, a été un fiasco total, les ‘fuites’ passant alors de 57 % environ… à 60/62 %(*). L’eau potable produite coûte ainsi Rs 24/m3 en moyenne, alors que le revenu moyen de la CWA est de Rs 14/m3 . Si les pertes de réseau sont réduites à du 30 % raisonnable, par exemple, le coût de production du m passerait à Rs 13,92 soit, enfin, sous le revenu moyen de vente du m3 ! Fini alors les pertes opérationnelles de la CWA de Rs 755 millions comme au 30 juin 2025. Le passif total de la CWA à cette date ? Plus de Rs 11 milliards… c’est dire ! C’est à la charge du taxpayer, bien sûr ! Le dernier Performance Based Budget de février 2023 de la CWA projetait de réduire le Non Revenue Water (NRW) par environ 20 % jusqu’en 2026. Le résultat n’y est pas…

Il faut rappeler qu’environ 3 400 millions de m3 d’eau/ an ne sont jamais captés et distribués parce que finissant à la mer, soit par voie souterraine, soit par rivières interposées. Seuls 333 millions de m3 (9 %) sont rendus potables par la CWA qui ne vend, elle, finalement, que 40 % de cette eau traitée, soit 133 millions de m3 ! La construction de réservoirs est en retard, coûte cher et prend du temps, ce qui a mené la CWA à forer notre ultime ‘réserve’, c.-à-d. nos nappes souterraines de plus en plus fréquemment. Les derniers chiffres disponibles suggèrent que 46 % de notre consommation provient d’environ 640 forages sur nos nappes souterraines.

Cependant, si l’on quantifie avec précision ce qui se passe dans nos réservoirs de surface, on est beaucoup plus flou sur ce qui se passe avec nos nappes souterraines! Ce qui est évidemment dangereux, car si l’on peut, occasionnellement, déclarer que ‘le niveau baisse’, dangereusement ou pas, on ne semble pas être en mesure de nous dire ce qui reste alors comme stock exploitable. Ce qui se passe généralement c’est que l’on puise d’un forage… jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à pomper. On pompe alors ailleurs. Nos bulles souterraines d’eau fraîche peuvent alors parfois être infiltrées par de l’eau salée… Oui, une nappe souterraine vide est bien plus dangereuse qu’un réservoir à sec ! Pensez égouts !

Ce qui me frappe dans ce système c’est que, contrairement aux réservoirs de surface qu’on alimente par des rivières ou des canaux dédiés, on n’assure presque rien de la sorte pour les nappes souterraines ! On ne les aide pas à se recharger ! Face à des solutions coûteuses et qui demandent du temps – réservoirs, remplacement de tuyaux percés (ce qui doit sûrement demeurer la priorité !), dessalement, etc. – cela ne suggère-t-il pas qu’il faut aussi activement s’occuper de recharger les nappes souterraines, notamment avec des mini barrages sur les 300 cours d’eau et plus qui s’organisent autour des 25 bassins fluviaux majeurs (et 21 mineurs) du pays ? Les propriétés sucrières et autres grands propriétaires terriens auraient certainement intérêt à y participer en y ajoutant aussi plus de bassins de rétention et d’infiltration ? Il faudrait les y obliger s’ils ne sont pas volontaires. Il faut vivre debout…

L’idée des mini barrages a été émise au ministère dans le passé. Le ministre lui-même s’en était fait le champion à un moment. Le temps passe. On en a construit combien jusqu’ici ?

****** 

La première PNQ de Chetan Baboolall, nouveau leader de l’opposition, a été l’occasion pour le PM de mettre les faits sur la table, y compris le mensonge de son ministre de la Santé, Anil Bachoo. Car, anesthésié ou pas, il s’était réveillé depuis, non ? C’était donc un mensonge. Son médecin privé n’était pas qu’observateur, mais un intervenant, notamment pour procéder à une chirurgie mini-invasive (keyhole surgery). Il suffisait de l’admettre. La pirouette de l’anesthésie qui aurait empêché le ministre de savoir ce qui se passait a fait rire, mais ne change rien aux faits. Sur cette base maintenant établie, toute personne raisonnable conclurait qu’il s’agit plutôt d’une petite tempête dans un grand verre d’eau, puisque l’hôpital public faillirait sûrement à sa mission si, dans le cadre d’un protocole raisonnable certes, il refusait un patient jugé pourtant plus raisonnablement destiné à la clinique privée. Vous voyez, une fois encore, le ‘means test’ en filigrane ?

❝ «Un bon père de famille doit être partout. dernier couché, premier debout !»

Proverbe Français

Le ministre de la Santé faisait clairement face à une situation de Catch 22. En tant que ministre, aller à l’étranger ou dans une clinique privée, lui faisait courir le risque d’être accusé d’un manque de confiance dans l’hôpital public, dont il était responsable. C’est clair ! En tant que patient, il a donc choisi l’hôpital public, accompagné de son médecin privé. C’est un compromis compréhensible. Sauf pour le mensonge, il serait intéressant d’entendre ceux qui critiquent (souvent les mêmes) sur ce qu’ils auraient fait eux-mêmes s’ils étaient ministre de la Santé… requérant une opération ! Allez-y on vous écoute.

La seule question d’importance qui demeure, à mon sens, est celle-ci : est-ce que le ministre a respecté la liste d’attente, s’il y en avait une ou est-ce qu’il a ‘jump the queue’ aux dépens d’autres patients, ce qui constituerait un abus de position ? Un passedroit éventuel lui serait, après un mensonge, probablement fatal.

****** 

La Commission de révision constitutionnelle, présidée par l’ex-juge Vinod Boolell, est une excellente initiative, si elle est compréhensive et qu’elle ne traite aucun sujet particulier méritant déjà le label de «problématique» comme un sujet tabou.

À cet effet, une des questions capitales doit être la transparence du financement des partis politiques, une question qui s’insère évidemment sous la quatrième des huit têtes de chapitre à être étudiées par la commission : c.-à-d. la redevabilité démocratique (section (d)) ! (**), ce qui est aussi un principe de base de la gouvernance.

Car la bonne gouvernance politique exige, en effet, de la transparence !

La Constitution irait loin et serait forte si elle exigeait des partis politiques enregistrés qu’ils auditent et qu’ils publient désormais leurs comptes annuels comme toutes les compagnies et associations du pays le font déjà. Un retard de publication ; ce qui pourrait s’apparenter à une tentative de cacher des faits embarrassants, devrait être sanctionné par une disqualification du parti si ses comptes ne sont pas à jour à la veille d’élections nationales. Le plafonnement des contributions est impératif, mais les montants eux-mêmes relèveraient plutôt du Parlement qui prendra conscience des effets de l’inflation. Le principe du financement des partis par le trésor public devrait cependant être mentionné. Finalement, afin de démarrer à neuf, il faudrait sérieusement considérer une amnistie générale pour un passé d’opacité de comptes et d’accumulations de fonds non déclarés face à la FIAMLA, par exemple (***).

Le financement des partis politiques est une priorité nationale parce que l’on ne peut prétendre à la transparence et à la confiance en se conduisant comme une aristocratie méritant un traitement privilégié, abreuvé d’obscurité. Les partis politiques ne sont pas princiers que l’on sache, et ne sont donc pas au-dessus des normes démocratiques imposées aux autres ! Une réforme constitutionnelle ne saurait être compréhensive si elle dissimule le cancer malin qu’est devenu le financement occulte des partis politiques et il faut pour cela une chirurgie appropriée… à l’hôpital public de la réforme constitutionnelle… bénéficiant d’expertises privées, si nécessaire !

(*) A 62 % de pertes, nous sommes apparemment dans le Top 10 mondial avec l’Inde, le Nigeria, Haïti, la République Démocratique du Congo, l’Iraq, le Yémen…

(**)

(a) Fundamental Rights and New Generation Rights;

(b) Good Governance and Public Appointments;

(c) Rights of Nature and Environmental Protection;

(d) Electoral Process and Democratic Accountability;

(e) The Constitutional Position of the Director of Public Prosecutions;

(f) The Judiciary and Judicial Institutions;

(g) The Proposed Electoral College for the Election of the President of the Republic; and

(h) Access to Justice.

(***) Et si l’on parlait d’explosifs ?

Publicité