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Interview
Tannaz Irani : «Le plus grand défi des femmes, c’est l’histoire qu’elles se racontent»
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Interview
Tannaz Irani : «Le plus grand défi des femmes, c’est l’histoire qu’elles se racontent»
Tannaz Irani, l'actrice indienne et Ashmita Muthoora, fondatrice, CEO et coach principale de FloW Mauritius.
L’actrice indienne Tannaz Irani était récemment à Maurice à l’occasion de la deuxième édition de Sacred Mirrors. Elle a partagé sa réflexion sur la confiance en soi, l’identité féminine, les croyances limitantes et les pressions sociales qui continuent de peser sur les femmes. Elle évoque également son parcours personnel et son expérience de plus de trois décennies dans l’industrie du cinéma, marquée par un problème de santé qui l’a amenée à repenser sa vie et à s’intéresser à la programmation neurolinguistique (PNL).
«Sacred Mirrors 2» vise à aider les femmes à renouer avec leur identité et à dépasser leurs limitations intérieures. D’après vous, quels sont les principaux défis auxquels elles font face aujourd’hui ?
Le principal défi est l’histoire que les femmes se racontent. Cette histoire a parfois pu être vraie à un moment de leur vie, mais elle ne constitue pas nécessairement leur vérité. Elles se répètent qu’elles ne sont pas assez bien, qu’elles sont comme ça, qu’elles attirent toujours les mauvaises personnes, qu’elles ne sont pas capables de faire des affaires ou que personne n’apprécie ce qu’elles font.
Ce sont des croyances limitantes. À force de répéter une histoire, on finit par la considérer comme vraie. Pourtant, ces pensées ne représentent pas notre identité. Ce sont souvent des mécanismes d’adaptation que nous avons développés pour faire face à notre environnement, à des personnes qui ne nous comprenaient pas ou qui ne nous offraient pas un espace sécurisant. Il faut donc briser ce schéma et comprendre que ces mécanismes ne définissent pas qui nous sommes.
Vous avez eu une longue carrière dans le divertissement et vous êtes aujourd’hui coach de vie. Qu’est-ce qui a provoqué cette évolution ?
Je serai toujours actrice. Je travaille dans l’industrie du cinéma depuis trois décennies, voire trois décennies et demie, et j’ai toujours suivi ma passion. Mais mon parcours a changé lorsque j’ai été confrontée à un problème médical. Cette situation m’a sortie de ma zone de confort et m’a poussée à m’interroger sur ma vie. Pendant deux ans, j’ai cherché un médecin capable de comprendre ce qui arrivait à ma jambe. Mon état s’est progressivement aggravé et je me suis retrouvée en fauteuil roulant.
Cette période m’a amenée à me demander pourquoi une expérience extérieure avait autant changé ma personnalité, pourquoi j’étais devenue négative et pourquoi j’avais perdu confiance en moi. J’étais auparavant une personne joyeuse, dynamique et positive. Soudain, je ne me reconnaissais plus devant le miroir.
Le miroir a toujours occupé une place importante dans ma vie. J’ai commencé à étudier la programmation neurolinguistique et à comprendre l’importance de la manière dont nous parlons et dont nous pensons. Après deux ans, j’ai finalement trouvé le bon chirurgien, qui a pratiqué une arthroplastie de ma hanche (hip replacement). J’ai également signé deux séries très populaires en Inde. J’ai alors compris que ce travail sur soi pouvait aider d’autres personnes à sortir de leurs propres schémas.
Certaines personnes restent sceptiques par rapport à la PNL et les approches de transformation de l’état d’esprit (mindset). Que leur répondez-vous ?
Je ne forcerai jamais quelqu’un à évoluer ou à suivre un cours. En tant que coach, il est essentiel que la personne demande elle-même cet accompagnement. Si l’appel ne vient pas de l’intérieur, elle ne sera pas réellement prête à changer. Dans une classe de 80 personnes, chacun évolue différemment. Ceux qui ont réellement avancé étaient ceux qui avaient une véritable volonté de changement. Pour moi, l’évolution va toujours de l’intérieur vers l’extérieur.
Le changement est toutefois inconfortable. Il peut y avoir des périodes de doute et d’obscurité. Je les compare à une graine plantée dans la terre : elle traverse d’abord l’obscurité avant de sortir vers la lumière. Il faut de la patience et de la résilience. Une seule séance ne suffit pas. Après avoir acquis une première connaissance, il faut continuer à travailler sur soi. Lorsqu’une personne est véritablement prête à changer, le processus est alors beaucoup plus efficace.
De nos jours, les femmes doivent travailler et réussir professionnellement, tout en assumant leurs responsabilités familiales et sociales. La pression s’est accentuée pour elles.
Nous traversons une période de transition. Il existe encore les anciennes attentes sociales, celles que nous avons héritées de nos mères et de nos grands-parents. Mais les femmes en veulent aujourd’hui davantage pour elles-mêmes. La femme est souvent considérée comme celle qui prend soin de tout le monde : les enfants, la maison, les rendez-vous et les besoins de la famille. Mais lorsqu’elle souhaite également avoir une carrière ou développer son talent, elle peut encore entendre des récriminations, par exemple qu’elle ne devrait pas aller au-delà de son rôle traditionnel. Ce n’est pas la femme qui est le problème. C’est la manière dont la société pense qui doit évoluer. Les femmes doivent apprendre à poser des limites et à dire : «Je peux faire cela, mais pas davantage.» Les responsabilités du foyer et des enfants doivent être partagées. Une femme doit pouvoir poursuivre sa carrière, qu’elle soit artiste, danseuse ou professionnelle dans un autre domaine. Elle doit également comprendre qu’elle est importante et qu’elle a le droit de se consacrer du temps.
Quel rôle l’éducation familiale joue-t-elle dans la construction de la confiance d’une femme ?
Nous reproduisons souvent ce que nous avons vu en grandissant. Si une fille voit sa mère constamment douter d’elle-même ou accepter certains comportements, elle peut intégrer ces modèles sans même s’en rendre compte. À l’inverse, si elle voit une mère qui travaille, prend des décisions et assume son autorité, cela devient également une référence. Dans mon cas, ma mère ne m’a jamais permis, même en plaisantant, d’accepter de laisser dire que je suis stupide. Elle m’a appris à poser des limites. Je ne permets donc pas aux autres de me parler de cette manière. C’est aussi ce que je veux transmettre : ne laissez pas les autres définir votre valeur.
Dans l’industrie du cinéma, l’apparence, l’âge et le regard du public pèsent-ils toujours en particulier sur les femmes ?
Je ne peux parler que de mon expérience. Je n’étais pas l’actrice correspondant aux critères traditionnels. J’avais une longue chevelure bouclée et je ne maîtrisais même pas l’hindi, alors que je travaillais dans cette industrie. Je me compare à la grenouille sourde d’une histoire. Les autres grenouilles lui disaient qu’elle ne pourrait jamais sortir du puits, mais elle ne les entendait pas. Elle a continué à grimper et a finalement réussi à y parvenir. J’ai fait la même chose. Je n’ai pas écouté les personnes qui ne m’apportaient pas de positivité. J’ai simplement apporté ma personnalité, ma confiance et mon énergie sur les plateaux. Vous n’avez pas besoin d’avoir le physique, la taille ou l’apparence considérés comme «typiques». Il faut apporter votre singularité. Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement de rentrer dans un moule, mais aussi de se démarquer. Soyez fière de ce que vous êtes, car personne d’autre ne peut être exactement vous.
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Les femmes ont besoin de temps pour s’écouter
Appelée à évoquer les leçons tirées de la première édition de Sacred Mirrors, Ashmita Muthoora, fondatrice, Chief Executive Officer et coach principale de FloW Mauritius, a estimé qu’elle a montré que derrière les histoires individuelles, les femmes vivent souvent des difficultés similaires : le manque de confiance en soi, la crise d’identité, la peur du jugement, certaines croyances, des problèmes relationnels ou encore des préoccupations liées à la santé. «Ce qui est ressorti, c’est surtout le besoin d’un espace sécurisant. Les femmes ne cherchent pas nécessairement quelqu’un qui leur dise quoi faire. Elles ont parfois simplement besoin de temps pour s’écouter et comprendre ce dont elles ont réellement besoin. La deuxième édition va donc plus loin. Il ne s’agit pas de proposer une formule ou une solution rapide. Chaque femme doit trouver ses propres réponses. Sacred Mirrors est conçu comme un parcours vers soi-même, permettant de mieux comprendre son esprit et ce que la femme projette dans sa vie. Tannaz Irani a été choisie pour son expérience avec le miroir, mais aussi pour son parcours de femme, de mère et d’épouse et pour les épreuves qu’elle a traversées.» L’objectif de la deuxième édition, a-t-elle ajouté, n’était pas de fournir toutes les réponses aux participantes mais leur permettre de repartir avec un esprit plus clair, des questions pertinentes et une meilleure compréhension de ce qu’elles doivent faire ensuite. «La première édition a permis de comprendre l’image ; la deuxième cherche à faire comprendre comment travailler avec cette image et avec son esprit. Il ne s’agit pas de changer la personnalité d’une femme, mais de lui permettre de mieux se comprendre. Avec Tannaz Irani, nous voulons accompagner les participantes dans cette démarche afin qu’elles puissent avancer avec plus de confiance et, surtout, apprendre à se choisir sans éprouver de la culpabilité.»
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