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Questions à...
Sunil Dowarkasing : «Il faut demander à l’État de devenir un meilleur gestionnaire de son réseau»
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Questions à...
Sunil Dowarkasing : «Il faut demander à l’État de devenir un meilleur gestionnaire de son réseau»
Sunil Dowarkasing, expert en développement durable.
Le déficit pluviométrique observé ces derniers mois révèle-t-il, selon vous, les faiblesses de notre politique de gestion de l’eau ?
Oui. Et le plus ironique, c’est que nous semblons toujours découvrir nos problèmes uniquement lorsqu’il ne pleut plus. Le déficit pluviométrique actuel ne révèle pourtant rien que nous ne sachions déjà. Nous connaissons les effets du changement climatique depuis plusieurs décennies. Nous savons que les régimes pluviométriques deviennent plus incertains, que les périodes sèches peuvent s’allonger et que la pression sur nos ressources en eau va augmenter. Ce que nous n’avons manifestement pas encore appris, c’est qu’il faut se préparer avant la crise.
Depuis plus de vingt ans, nous savons que près de 60 % de l’eau injectée dans le réseau est considérée comme «non comptabilisée». Autrement dit, nous avons passé des années à chercher de nouvelles sources d’eau tout en étant incapables de conserver correctement celle que nous produisons déjà. Aujourd’hui, on parle de dessalement, de nouveaux réservoirs et de nouvelles infrastructures comme si le ciel avait soudainement décidé de nous faire une mauvaise surprise. La surprise n’est pas le changement climatique, c’est notre absence de préparation.
Une politique sérieuse aurait dû depuis longtemps réduire les pertes, protéger les nappes, restaurer les bassins versants, développer la réutilisation des eaux usées, récupérer davantage d’eau de pluie et diversifier les sources d’approvisionnement. Mais à Maurice, nous avons malheureusement perfectionné une méthode de gouvernance assez particulière : attendre que le problème devienne une crise pour pouvoir annoncer que nous allons enfin commencer à le résoudre.
Faut-il revoir notre modèle de gestion des réservoirs ?
Oui, mais il faudrait peut-être commencer par comprendre qu’un réservoir n’est pas une politique de l’eau. C’est simplement un réservoir. Nous avons trop longtemps raisonné comme si la sécurité hydrique consistait essentiellement à construire, remplir et surveiller des réservoirs. Or, environ 50 % de l’eau destinée à la consommation domestique provient des eaux souterraines. Il faut donc gérer ensemble les réservoirs, les nappes, les eaux pluviales, les bassins versants et les eaux usées traitées.
Et là encore, le paradoxe mauricien est magnifique : nous avons des réservoirs dont la capacité est de l’ordre de 92 à 96 millions de m³, alors que plus de 3 milliards de m³ d’eau ruisselleraient chaque année vers la mer. Nous avons donc un pays où l’eau peut être simultanément trop présente lorsqu’il pleut et insuffisante lorsqu’il ne pleut pas. Et notre réponse consiste souvent à attendre la sécheresse pour constater que nous avons un problème. La vraie question n’est donc pas seulement : «Où allons-nous construire le prochain réservoir ?» Elle devrait être : «Pourquoi sommesnous incapables de capter, infiltrer, stocker, recycler et réutiliser une partie de l’eau qui traverse notre territoire ?» Il faudrait passer d’une politique consistant à chercher toujours plus d’eau à une politique consistant à gérer intelligemment chaque goutte.
La récupération et le stockage de l’eau de pluie devraient-ils devenir obligatoires pour certains bâtiments, entreprises ou nouveaux projets immobiliers ?
La récupération des eaux de pluie est évidemment une bonne mesure pour les bâtiments publics, industriels, commerciaux et les nouveaux développements immobiliers. Elle peut servir à l’irrigation, au nettoyage, aux sanitaires et à certains usages industriels. Mais il serait assez extraordinaire de demander au Mauricien de récupérer quelques milliers de litres dans sa citerne pendant que des milliards de mètres cubes d’eau continuent de rejoindre tranquillement l’océan. Nous devons donc récupérer l’eau à tous les niveaux : à la parcelle, dans les bâtiments, dans les bassins versants et à l’échelle nationale. Et surtout, avant d’expliquer au citoyen qu’il doit acheter une citerne supplémentaire, il serait peut-être utile de commencer par expliquer pourquoi nous perdons encore autant d’eau dans notre propre réseau. Avant de transformer chaque Mauricien en petit gestionnaire de bassin versant, il faudrait peut-être demander à l’État de devenir un meilleur gestionnaire de son réseau.
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