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Budget 2026-2027 : Les organisations non gouvernementales saluent des avancées
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Budget 2026-2027 : Les organisations non gouvernementales saluent des avancées
Moment attendu par les organisations non gouvernementales (ONG), la présentation du Budget 2026-2027, qui permet de mesurer la place accordée aux réalités sociales : éducation spécialisée, handicap, santé mentale, pauvreté, réinsertion ou autonomie économique des femmes. Si plusieurs mesures sont accueillies favorablement, les acteurs de terrain restent toutefois prudents quant à leur efficacité réelle. Ils rappellent que l’impact de ces annonces dépendra surtout de leur mise en œuvre concrète, de l’accompagnement humain prévu et de la place accordée aux ONG dans les décisions.
Chrystelle Rioux : «L’aide financière insuffisante»
Chrystelle Rioux, directrice de l’Association Paille en Queue, école alternative pour adolescents, salue l’élargissement des critères d’éligibilité au Social Register of Mauritius. Cette mesure devrait permettre à davantage de familles en situation de précarité, accompagnées par l’association, d’accéder à des dispositifs de soutien.
Chrystelle Rioux.
Elle estime toutefois que «l’aide financière ne peut, à elle seule, répondre aux causes profondes de l’exclusion sociale et de l’échec scolaire. Pour être efficace, elle doit s’inscrire dans une approche globale, associant accompagnement psychosocial, suivi éducatif et soutien parental.» Selon elle, le Budget ne met pas suffisamment en lumière les défis sociaux et émotionnels auxquels font face de nombreux adolescents : santé mentale, découragement scolaire, manque de confiance en soi et difficultés familiales. Elle appelle ainsi à des investissements plus soutenus dans l’accompagnement humain et éducatif.
Rashveen Bondy : «Associer les ONG à l’intervention précoce»
Rashveen Bondy.
Pour Rashveen Bondy, coordinateur de projets à la Southern Handicapped Association, le Budget 2026-2027 constitue «une avancée positive pour l’inclusion et l’éducation spécialisée». Il salue particulièrement l’annonce autour de l’intervention précoce, qui devrait permettre de mieux dépister les enfants dès l’âge de trois à cinq ans, de les accompagner plus rapidement et de faciliter leur intégration scolaire.
Il insiste cependant sur le fait que cette mesure ne doit pas se limiter au préscolaire ordinaire. «Les ONG, fortes de leur expertise de terrain et de leur accompagnement quotidien auprès des enfants et des adultes en situation de handicap, doivent être pleinement associées à cette stratégie. Leur expérience est essentielle pour identifier les besoins réels, adapter les réponses et assurer un suivi cohérent», dit-il.
Rashveen Bondy regrette aussi que le Budget national «ne reconnaisse pas suffisamment le rôle central des ONG dans la prise en charge du handicap». Les enjeux liés à l’employabilité, à l’insertion professionnelle et à l’autonomie des personnes concernées restent, selon lui, trop peu couverts. Il plaide pour que les recommandations de la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées soient traduites en engagements budgétaires concrets, durables et mesurables.
Anushka Virahsawmy : «Des mesures positives, mais à encadrer»
Anushka Virahsawmy.
Pour Anushka Virahsawmy, directrice de Gender Links, le Budget 2026-2027 contient des mesures positives pour les femmes, les familles vulnérables et les personnes âgées, mais leur application devra être suivie de près. Elle salue notamment «la possibilité pour les femmes d’accéder à un prêt sans avoir besoin de la signature de leur mari», y voyant «une avancée importante pour leur autonomie économique et leur pouvoir de décision».
Le congé menstruel d’un jour par mois est aussi, selon elle, «une mesure positive, à condition d’être encadrée par des réglementations claires et strictes». Concernant les six mois de congé maternité, elle estime que cette période peut aider la mère à mieux se remettre et permettre au bébé d’être mieux accompagné. Elle s’inquiète toutefois de l’impact économique de cette mesure sur la société civile et sur les petites et moyennes entreprises.
Sur le terrain, rappelle-t-elle, les familles monoparentales, les personnes âgées isolées, les enfants vivant dans la précarité et les femmes victimes de violence restent fortement touchés par le coût de la vie. Pour elle, les ONG doivent contribuer à vérifier si les mesures atteignent réellement leurs bénéficiaires. Elle insiste aussi sur la nécessité de bâtir une société plus solidaire, intergénérationnelle et durable.
Michael Mumm : «La prévention de la drogue doit s’accompagner de soins»
Michael Mumm.
Michael Mumm, Operations Manager à Not A Number, accueille favorablement la campagne nationale de prévention contre la drogue, fondée sur des données probantes. Il estime qu’il s’agit d’une «mesure positive, à condition qu’elle soit bien mise en œuvre et accompagnée d’une amélioration des options de traitement, encore insuffisantes aujourd’hui pour les personnes souhaitant sortir de la dépendance.»
Selon lui, la ligne d’assistance téléphonique disponible 24h/24 et 7j/7 pourrait faciliter l’accès à l’information, au soutien et aux soins liés aux addictions, à condition d’être gérée par du personnel qualifié. Il regrette toutefois «l’absence de précisions sur d’éventuelles initiatives liées à la réhabilitation et à la réinsertion des détenus et ex-détenus, ainsi qu’à la modernisation du service pénitentiaire mauricien et de ses infrastructures».
Pour Michael Mumm, certaines propositions peuvent avoir un impact positif, mais leur réussite dépendra d’efforts soutenus, d’une collaboration étroite entre les parties concernées et d’une exécution réellement efficace.
Phil Auriant : «Faire bénéficier les plus vulnérables de la croissance»
Phil Auriant.
Phil Auriant, manager à l’Atelier Sa Nou Vize, salue l’accent mis dans le Budget 2026- 2027 sur le développement des compétences, notamment autour de l’intelligence artificielle (IA). Il juge cette orientation «très prometteuse», à condition que ces outils soient accessibles à tous, y compris aux petites ONG. Selon lui, l’IA pourrait les aider à mieux organiser leurs projets, améliorer leur gestion et accéder plus facilement aux financements.
Engagé dans la lutte contre la pauvreté, il rappelle cependant que «la vulnérabilité ne se limite pas au manque de revenus. De nombreuses familles font aussi face à des difficultés psychologiques, à l’exclusion sociale et à d’autres formes de fragilité nécessitant un accompagnement continu.»
Il estime qu’il aurait été pertinent de prévoir un suivi des enfants et de leurs familles par les ONG opérant des crèches sous le programme de financement de la NSIF, jusqu’au cycle primaire. «L’expérience démontre que cet accompagnement prévient le décrochage scolaire et réduit fortement la précarité intergénérationnelle», affirme-t-il. Pour lui, «une économie réussie doit se traduire concrètement dans la vie de tous, surtout des plus vulnérables.» Il plaide donc pour que les ONG soient considérées comme de vrais partenaires dans les processus de réflexion, de planification et de décision.
Handicap : des avancées, mais des obstacles persistants
Christine Chenel, directrice de l’école spécialisée Centre Joie de Vivre, estime que «la hausse de 20 % des allocations pour les services SEN, la création de nouveaux centres régionaux, la modernisation des salles de classe et l’acquisition d’équipements spécialisés contribueront à améliorer l’accompagnement des bénéficiaires».

Edna Seevathean, responsable de projets, souligne toutefois que plusieurs difficultés demeurent. Elle affirme que «les délais administratifs, le traitement des dossiers, les diagnostics et l’allocation des aides financières continuent de poser problème aux familles. L’accessibilité des bâtiments, des espaces publics, des trottoirs et des transports reste aussi un obstacle majeur.»
Pour Christine Chenel, le Budget 2026-2027 demeure globalement social mais comporte encore «des manquements majeurs» face aux besoins des personnes en situation de handicap, des familles vulnérables et des ONG. Elle estime que la voix du terrain doit être davantage entendue.
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