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Kronik KC Ranze

Si tétanisés, comment changer ?

14 juin 2026, 09:10

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Si tétanisés, comment changer ?

Le Changement peut comporter de nombreuses variantes, d’innombrables aspects, être souvent inconfortable. Mais seul le changement non cosmétique a une chance de mener à du progrès, qu’on le veuille ou non ! Se contenter du statu quo garantit que l’on perpétue les insuffisances, les carences, la médiocrité… Les médiocrités !

Nous avons donc changé de leadership politique à la tête de ce pays fin 2024. L’alliance du Changement récoltant 62,6 % des votes et le gouvernement sortant mené par le MSM ne pouvant plus alors que rassembler ce qui restait, soit 27,3 %. Ces taux de popularité ont sans doute beaucoup changé depuis. On peut présumer que le vote pro gouvernemental a baissé dans le sillage de ‘promesses’ non satisfaites et des mesures responsables prises pour la pension universelle ; que celui du MSM n’a pas beaucoup varié, sinon à la baisse, l’indignation suscitée par les nombreux scandales laissés derrière étant encore bien trop visible et vive. Ce sont sans doute les ‘indécis’ qui, consternés comme toujours entre deux élections pleines de ‘promesses’, sont redevenus majoritaires dans le pays ; les petits partis ne devenant pas, apparemment, plus grands comme ils l’espéraient tous farouchement !

On a bien changé un certain nombre de choses dans ce pays, ces derniers mois. À la MBC, ça paraît plus professionnel, bien moins obséquieux. Le Parlement, tout en n’étant pas parfait, fonctionne mieux. Au Champ-de-Mars, on raisonne enfin et les chevaux courent plus libres. Il y a plus de transparence ; les rapports sur les dialysés, les zones inondables, le naufrage du Wakashio, le State of the Economy…, par exemple, précédemment ‘sous bol’ ont été enfin publiés ! On a mis de l’ordre à l’île aux Bénitiers. On a relancé les projets solaires et conscientisé à un usage plus sobre et discipliné des kWh du CEB. Le Director of Public Prosecutions a retrouvé ses coudées franches et son indépendance, jusqu’au point de vouloir faire appel, en droit, contre l’arrêt du procès contre Navin Ramgoolam. Quelques bonnes lois ont été votées. Une commission spéciale d’hommes de qualité pour réformer le système de pension universelle a été nommée et travaille. Un Price Stabilisation Fund de Rs 10 milliards existe désormais…

Mais c’est ce qui n’a pas encore changé qui inquiète. Dix-huit mois déjà avec une large majorité, permettant des changements constitutionnels et toujours rien au niveau de la réforme électorale, du financement et de la publication transparente des comptes des partis politiques ? Il n’y a pourtant aucune raison d’attendre ce que pondra la Constitutional Review Commission éventuellement pour ce dernier item ! L’électorat ‘transactionnel’ qui reproche que l’on n’ait pas encore aboli la redevance TV, que l’on n’ait pas fait baisser le prix de l’essence ou de l’électricité, que le transport public ou l’Internet ne soit toujours pas gratuit ne change décidemment pas et ne fait que peu de cas de l’état des finances du pays, lourdement maquillé par le gouvernement précédent, ou affecté par la guerre d’Ukraine ou d’Iran ou encore la folie tarifaire de Trump. Il insiste pour l’État-tétine auquel on l’a habitué et qu’on lui a promis dans un contexte électoral de surenchère aggravante ! Accéder à ses demandes serait pourtant contraire à la raison et un ‘fast track’ garanti vers l’enfer… D’autres pays ont choisi ce chemin facile à court terme et l’auront payé cher : la Grèce (2010), le Sri Lanka (2022), l’Argentine (9 faillites en 200 ans), le Mexique (1982), le Liban (2020), la Russie (1998, pour la 9e fois…) le prouvent.

La grande réforme annoncée de l’éducation poireaute entre l’indécision face aux lobbies divers, le poids du statu quo et la distraction des appétits personnels de certains. La productivité portuaire piétine encore, le gouvernement demeurant tétanisé à l’idée de se débarrasser des «vested interests» actuels pour inviter Maersk et MSC à améliorer les opérations portuaires. La logique commerciale ne suggère-telle toujours pas que c’est bien EUX qui maîtrisent la containerisation et qui peuvent utiliser Maurice plutôt qu’un autre port ?! C’est très clairement la voie royale à adopter, KPIs à la clé, comme de nombreux ports au monde, notamment après la construction de l’Island Container Terminal, récemment promis par l’aide indienne.

Cependant, qui se souvient du ‘Méga projet’ d’un nouveau port dans la région d’Albion annoncé par Pravind Jugnauth en décembre 2016 ? ? (*) Projet qui sombrait, face aux mêmes peurs des mêmes ‘vested interests’ ? Constatons, une fois ENCORE, comment il est facile de perdre 10 ans de développement potentiel pour le pays grâce à un effet d’annonce… N’est-il pas temps de changer d’approche pour ne pas avoir à perdre encore DIX ans ? Pourquoi insistet-on à favoriser l’opinion des syndiqués du port plutôt que le bien commun de toute la nation ? Il est peut-être utile de se souvenir de l’épisode des stevedores et de l’installation du vrac ?

Dans le domaine de l’eau et de la CWA, c’est pareil. On parle de changement, mais on fait comme on a toujours fait et on est ensuite étonné que les résultats soient les mêmes ! L’argument de la souveraineté nationale qui doit être défendue (comme dans le cas du port d’ailleurs…) a été à la base de l’indécision qui fait que le taux de ‘perdition’ de l’eau dans le réseau a augmenté de 58 % à 62 % lors des dix dernières années, où l’on nous promettait pourtant du 24/7 ! La raison principale ayant fait reculer le gouvernement face à l’option de privatisation de la gestion de la CWA a cependant été la question du prix de l’eau, les syndicats notamment arguant, correctement, que le privé chercherait un prix économiquement fiable. Peut-être que le changement faisable est donc de privatiser, reliant le taux de perdition, aujourd’hui honteux, au prix de l’eau ? Par exemple, à 40 % de perdition, on doublerait le prix du m3 ? À 20 %, on le quadruplerait ? Nous aurions, de cette manière, simplement DOUBLE la quantité d’eau disponible au robinet ! La privatisation n’a pas d’ailleurs besoin d’être éternelle, si la Central Water Authority (CWA), en parallèle, est transfigurée ! Cesserait alors, enfin, ce cycle de mollesse gouvernementale qui accepte les fuites, les routes défoncées, les coupures régulières, et le rêve du 24/7, aussi distant que celui de l’économie bleue ? Cette logique est aussi que la CWA cessera de drainer le budget avec des prêts qu’elle ne peut rembourser et que l’accès à l’eau ne sera plus un sujet d’arbitrage entre les projets de développement et la consommation courante… Ça vaut la peine d’essayer ? Le gouvernement pouvant toujours, évidemment, subventionner les petits consommateurs de moins de 6 m3 qui sont actuellement exemptés…

Qui pense qu’avec Rs 10,4 milliards de fonds propres négatifs à Air Mauritius, il ne faut rien changer ? Qui nous dira pourquoi le changement qui menait à la publication du State of the Economy fin 2024 n’a pas été continué fin 2025 ? C’était pourtant un format compréhensif et utile pour instruire la nation aux réalités du moment ! La drogue reste un vrai problème et décime notre jeunesse. On s’accroche pourtant toujours à des actions préventives, à la réhabilitation – style méthadone – et au contrôle de l’offre par la répression. Ce qui ne semble pourtant pas avoir épinglé les gros importateurs, qui n’ont que peu de problèmes d’accès aux devises, pourtant passablement rares pour les autres… À quand une action musclée sur la demande pour changer ?(**) Les déchets se gèrent de plus en plus en bord de route plutôt qu’à travers le moindre mal de la formule Waste to Energy. N’est-il pas temps de changer, ou laisset-on Mare-Chicose déborder et le pays continuer à s’enlaidir sous ces miasmes ? Pour l’économie, on fait quoi ? On durcit encore les lois du travail pour ne pas changer ? La Wastewater Management saigne toujours lourdement (Rs 416 m de pertes à juin ’24) et ne peut rembourser ses dettes. On change les tarifs ou pas ? On va continuer avec nos casinos pourris de pertes jusqu’à quand sans broncher, sans changer de répertoire ? On va insister sur les subventions universelles plutôt que de passer aux Food Stamps ? On a toujours besoin de cette grosse centaine de corps paraétatiques qui alignent des Chairmen cravatés, des cylindrées rutilantes, des montagnes de fritures lors de leurs conseils d’administration et qui ne servent pas à grand-chose ? Pire ! Qui sont souvent dysfonctionnels… Où sont la Fiscal Responsibility Act ou la Freedom of Information Act annoncées ? Comment fait-on pour changer la mentalité de la population sans donner l’exemple dans le train de vie de l’Etat, du service civil, des corps paraétatiques et des politiciens qui dirigent tout ce beau gratin ?

Les chantiers réclamant changement, transformation, réformes profondes, même de la transfiguration dans certains cas, sont nombreux et importants. On va s’y mettre ou pas ?

(*) Pravind Jugnauth annonce la création d’un port à Albion

(**) Kronik KC Ranzé : Entretemps…

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