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Vient de paraître
Amarnath Hosany : Le clown à la peau dure
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Amarnath Hosany : Le clown à la peau dure
■ Amarnath Hosany (a dr.) et son co-lauréat du prix Jean-Fanchette 2025, Nicolas Couronne, qui est décédé en mars de cette année.
Un thème à fleur de peau : le racisme ordinaire. Exploré dans un texte court, mais à la profondeur avérée par Amarnath Hosany. Le clown lui a valu d’être lauréat ex-aequo du prix Jean-Fanchette 2025, concours organisé par la mairie de Beau-Bassin-Rose-Hill. Le clown c’est une histoire ancrée dans la réalité locale, qui emprunte les codes du conte philosophique pour parler des discriminations qui se glissent insidieusement entre les membres d’une même famille, à cause de la couleur de peau. Huit mois après la proclamation des résultats du prix Jean-Fanchette, fin octobre 2025, Le clown vient de paraître aux Éditions de l’océan Indien.
Elsa a sept ans quand un matin, sa grandmère, décide de quitter la demeure familiale, en l’emmenant avec elle. La voix qui raconte l’histoire est celle de cette grand-mère, une ancienne institutrice, elle-même malmenée par l’existence. Ce n’est qu’au milieu du récit, que celle qui évite les miroirs, se nomme.
Dès le départ, la grand-mère est mal à l’aise, à l’étroit dans une «grande maison d’un quartier huppé» de Rose-Hill. Un huis clos étouffant, où la grand-mère a interdiction de sortir avec son petit-fils. Parce que : «ma peau dérange ma famille», constate celle qui réprime sa souffrance. Derrière la façade, ce domicile est en réalité un «cocon étanche à la joie», avant de devenir une «scène de théâtre», annonçant le dernier acte.

Mais avant le dénouement, le climax c’est une fuite salutaire pour quitter cette ambiance toxique. Direction Chamarel, la terre des... sept couleurs. L’auteur file la métaphore avec le gecko, lézard aux multiples coloris. «Et si les humains pouvaient se muer et changer de couleur ? Ils pourraient facilement se fondre dans l’environnement dans lequel ils évoluent. Ainsi, il n’y aurait plus de différences. Plus de conflits ! » Dans le jeu de regards que décrit avec une minutie réaliste Amarnath Hosany, l’amie d’enfance de la grand-mère, «essuyait des refus de la part de garçons pour qui la couleur de peau était une fixation vaine, mais apparemment insurmontable».
La figure du clown retrouve ici ses différentes facettes : celle qui fait rire – avec ou de lui – celle qui devient le bouc émissaire. Il est le personnage utilisé pour cacher l’identité de la fille que ses parents ont, par le passé, cherché à dissimuler. Le clown c’est aussi une soupape pour évacuer les pressions sociales. Dans le roman primé d’Amarnath Hosany, c’est un personnage de théâtre qui manie la mise en scène. Qui s’inspire de l’histoire de la grand-mère pour monter un spectacle, d’abord dans des lieux confidentiels, avant de trouver le chemin du Caudan Arts Centre pour le grand reveal.
L’histoire qui se déplace de Rose-Hill à Port-Louis en passant par Chamarel, est éminemment mauricienne, par l’acuité des observations de l’auteur. Le récit est rythmé par les cyclones, les razzias des chauves-souris dans les arbres chargés de fruits de saisons, l’évocation du satini koko kraze lor ros kari.
Au lieu de fuir le monde, le personnage du clown tente de le rendre habitable. Ce n’est pas le clown le véritable sujet de ce conte philosophique, mais l’analyse du lien social. Une sorte de déclinaison locale de Peau noire, masque blanc, selon la théorie de Frantz Fanon et les traumatismes associés aux séquelles du colonialisme. «Ma peau noire me rend-telle coupable de tous les maux de la société ? » se demande grand-mère Rita. Elle a le don de poser des questions qui dérangent. «Garder le silence est-il un signe de lâcheté ?» Son refuge en tant que victime : les textes sacrés. Combien de familles mauriciennes se reconnaîtront dans cette histoire ?
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