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Questions à...

José Moirt : «On a tout fait pour nous effacer»

30 juillet 2026, 21:00

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José Moirt : «On a tout fait pour nous effacer»

José Moirt, fondateur du Kolektif Reparasyon Avansman Kreol.

La première conférence internationale sur la justice réparatrice des torts historiques se tiendra le samedi 1ᵉʳ et dimanche 2 août au collège BPS, à Beau-Bassin. Ce rendez-vous avec les séquelles non résolues de l’ère coloniale est organisé en collaboration avec l’Institut Cardinal Jean Margéot.

Quinze ans après le rapport de la Commission vérité et justice, déposé en novembre 2011, le Kolektif Reparasyon Avansman Kreol (KRAK) vient avec une liste de réclamations. Commençons par le volet de restitution des terres. Une «Land Division» a été mise en place à la Cour suprême en 2023. Comment évaluez-vous son action ?

Arrivé en 2026, je n’ai pas entendu un cas de restitution. Pas encore. Mais je garde espoir, j’attends. Cette conférence arrive à un moment stratégique. Vous savez ce qui s’est passé le mois dernier au Ghana ? (NdlR, Lors du sommet d’Accra sur les justices réparatrices, la déclaration finale appelle à l’intégration de la justice réparatrice dans les programmes scolaires, la création de musées consacrés à la mémoire de l’esclavage et la restitution d’objets culturels). Vous savez ce qui s’est passé à Rome ? (NdlR, en mai le pape Léon XIV a présenté des excuses pour le rôle du Vatican dans l’esclavagisme). Et en septembre se tiendra la 51e réunion des chefs d’État de la Communauté des Caraïbes. La justice réparatrice sera à l’agenda.

Dans cette conjoncture, la conférence internationale de ce week-end se tient pour mettre la traite des esclaves dans l’océan Indien à l’agenda global des réparations. On entend tout le temps parler du commerce transatlantique, mais pas de l’esclavage dans l’océan Indien.

Quand vous parlez de réparation, pour éviter toute confusion avec la compensation, que réclame le KRAK ?

On parlait de compensation dans les années 1970-80. La réparation inclut la compensation, mais est beaucoup plus large que la compensation. La réparation est holistique. w

Dans l’éducation, par exemple, que demandez-vous concrètement, en termes de réparation ?

La langue maternelle dans le cursus scolaire, l’enseignement de l’histoire de l’esclavage dans l’océan Indien en langue maternelle.

Sur votre liste de revendications, figure également des excuses formelles de l’État. Pourquoi ?

L’État mauricien a perpétué le système colonial. Je vous donne un exemple. On nous a enfermés dans le terme «population générale». Une appellation imposée par les Britanniques. Et l’État mauricien a maintenu cela. On n’a jamais voulu changer. Pourquoi effacer notre identité, notre culture, qui on est ?

Vous vous inscrivez aussi dans la perspective de la future réforme électorale ?

Tout le monde est d’accord que nous avons bien besoin d’une réforme électorale. Nous plaçons cette réforme dans le cadre des réparations, parce que les réparations, ne veulent pas dire seulement pour l’esclavage, mais aussi la colonisation et ses effets. C’est un système d’économie extractive, on tire tout ce qu’on peut de la terre, de la nature, des hommes, des femmes, pour faire du profit et l’accumuler pour soi.

Durant la conférence, il y a un volet consacré aux violences faites aux femmes. Quelle en est la portée ?

Le thème est : Exposing gender-based violence: documenting the systematic sexual abuse suffered by enslaved women under colonial legal frameworks. C’est cette doctrine coloniale selon laquelle l’enfant suit le ventre de sa mère. Cela veut dire que si la mère est esclave, l’enfant naît esclave. Le système utilisait les femmes noires pour produire des esclaves.

Et on les vendait à prix fort parce qu’elles pouvaient produire des esclaves. Ou alors, elles étaient violées quand on en avait besoin. C’est ça la colonisation. C’est aussi tout cela, la réparation. Voilà pourquoi c’est beaucoup plus large que la compensation.

Et quand on dit compensation, certains pensent seulement à la Mauritius Commercial Bank. Mais il y a aussi les compagnies d’assurance. La réparation devrait passer par toutes ces institutions.

Toute la structure économique ?

Tout le monde.

Et que demandez-vous à l’Église catholique ?

«Qu’as-tu fait de ton frère ?» Celui qui a des oreilles entendra.

La conférence a lieu dans un collège catholique. Vous avez invité l’évêque de Port-Louis ?

Oui. La conférence se tient en collaboration avec l’Institut cardinal Jean Margéot. Nous avons aussi invité l’évêque de Maurice, Mgr Sténio André.

Durant le week-end, la conférence va chercher à «restaurer la vérité». S’agit-il de réclamer davantage de recherches historiques ?

En réalité, ce que vous et moi avons appris à l’école sur l’histoire de la colonisation est faux. Tout est faux.

Qu’est-ce qui est faux exactement ? On nous a toujours dit que les Hollandais ont quitté Maurice à cause des rats et des cyclones. Ce n’est pas vrai : ce sont les marrons qui les ont fait partir. Il ne faut pas oublier l’expression «dife Bengale».

La révolte d’esclaves à laquelle a participé Ana de Bengale ?

C’est inclus. Deuxièmement, quand les Hollandais ont quitté définitivement l’île en1710, à qui appartenait Maurice ? La version que nous avons apprise, c’est qu’il n’y avait plus personne, mais maintenant on sait qu’ils y avaient laissé d’anciens esclaves. Ce n’était plus des marrons. Ils étaient en liberté totale. Il n’y avait plus de pouvoir colonial sur le territoire mauricien. Alors, à qui était l’île Maurice ? Elle était à nous. C’est pour cela que nous utilisons le terme de «First Nation». Nous n’avons pas appris tout cela à l’école. Il faut restaurer la vérité.

Et pour préserver la mémoire, que faut-il faire ?

On a tout fait pour effacer notre identité. On a tout fait pour détruire notre culture. On nous a donné toutes sortes de noms.

«Les noms de la honte», pour citer Alain Romaine.

On a voulu effacer nos origines, tout effacer. C’est tout cela qu’il faut préserver : la résistance et la résilience des marrons. Nous demandons de changer l’appellation du 1er février. Au lieu d’un Abolition Day qui nous enferme dans le passé, nous demandons un National Day of Truth and Reconciliation. Car après l’Abolition Day, qu’est-ce qui s’est réellement passé ? Nous avons été obligés de travailler pendant encore quasiment quatre ans, comme apprentis. Donc, de quelle abolition parlons-nous ?

La conférence entend également «réclamer la dignité». En faisant quoi ?

En complétant la décolonisation des institutions.


Invitée de marque : Participation virtuelle de la députée britannique Bell Ribeiro-Addy

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José Moirt indique que la députée britannique, du Labour Party, Bell Ribeiro-Addy (photo) a confirmé qu’elle participera à la conférence de ce week-end, en distanciel. En mars de cette année, elle a présenté une pétition parlementaire pour des excuses et l’institution d’une «All-Party Parliamentary Commission for Truth and Reparatory Justice», afin se pencher sur les séquelles de l’esclavage en Grande-Bretagne. Elle avait présenté cette pétition parlementaire au moment où l’Assemblée générale des Nations unies débattait de la résolution présentée par le Ghana visant à reconnaître le commerce transatlantique des esclaves comme un crime contre l’humanité. La Grande-Bretagne s’était abstenue de voter. Mais la résolution avait été adoptée.

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