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Hannah Ramjatun, directrice générale de Boston Credere Ltd
«Le vrai défi est de permettre aux entrepreneures de grandir»
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Hannah Ramjatun, directrice générale de Boston Credere Ltd
«Le vrai défi est de permettre aux entrepreneures de grandir»
À la tête de Boston Credere Ltd, Hannah Ramjatun évolue dans un univers où il faut développer des marchés, négocier, convaincre, prendre des risques et construire des relations de confiance. À travers son expérience d’entrepreneure à Maurice, elle porte un regard pragmatique sur les défis rencontrés par les femmes dans le monde des affaires.
«On encourage les femmes à entreprendre, et c’est une bonne chose. Mais le véritable défi commence après la création. Se lancer demande du courage ; ensuite, il faut rendre l’entreprise viable, accéder au financement, convaincre des clients, recruter, négocier, construire un réseau et créer de nouvelles opportunités.
Entreprendre est difficile pour tout le monde. Mais nous devons aussi reconnaître que tout le monde ne commence pas avec les mêmes cartes en main.»
Être prise au sérieux
Pour Hannah Ramjatun, l’un des défis les moins visibles concerne la crédibilité.
«Dans les affaires, la confiance est un capital. Elle détermine souvent qui obtient un rendez-vous, qui reçoit une recommandation ou à qui l’on confie un contrat.
Comme beaucoup de femmes, il peut arriver que l’on ressente le besoin d’être extrêmement préparée. Il faut connaître ses chiffres, son produit, son marché et savoir ce que l’on veut défendre.
Cette exigence peut nous rendre meilleures, mais une femme ne devrait pas avoir à être deux fois plus convaincante simplement pour arriver au même point de départ. »
Le réseau, un capital invisible
À Maurice, les relations humaines jouent un rôle important dans le monde des affaires. «Nous sommes une petite économie. La réputation, les recommandations et les relations professionnelles comptent beaucoup. Certains entrepreneurs arrivent avec un réseau familial, social ou professionnel déjà construit. D’autres doivent partir presque de zéro.
Pour les femmes, cela peut parfois se combiner avec d’autres réalités : le milieu dont on vient, les cercles auxquels on a accès, notre âge, nos origines, ou simplement le fait de ne pas connaître les bonnes personnes au bon moment. C’est un sujet sensible dans notre société et il doit être abordé avec respect. L’objectif n’est pas de pointer du doigt une communauté ou un groupe, mais de nous demander comment ouvrir davantage les réseaux économiques.»
Commencer, puis grandir
Hannah Ramjatun estime que l’accompagnement des femmes doit évoluer avec leurs ambitions. «Nous faisons beaucoup pour encourager les femmes à lancer une activité. Mais une femme entrepreneure ne doit pas être condamnée à rester une microentreprise.
Pourquoi ne pourrait-elle pas vouloir employer cinquante personnes, exporter, devenir fournisseur d’un grand groupe ou développer une marque régionale ? À un certain stade, les besoins changent. Il faut du financement, de l’accompagnement, des introductions commerciales, l’accès aux grands acheteurs, aux appels d’offres et aux marchés internationaux. La vraie réussite serait de voir davantage de femmes non seulement créer leur entreprise, mais réussir à la faire grandir durablement.»
Des mesures pour des résultats
« Il faut aussi reconnaître les progrès et les initiatives prises en faveur des femmes. Elles envoient un signal positif. Mais une mesure n’a de valeur que si elle est connue, accessible et utilisée.
Nous devrions regarder au-delà du nombre de programmes annoncés et mesurer les résultats : combien de femmes obtiennent du financement ? Combien accèdent à de nouveaux marchés ? Combien deviennent fournisseurs de grandes entreprises ? Combien exportent ? Combien sont encore actives cinq ans après leur lancement ? C’est ainsi que l’on passera de l’encouragement à une véritable politique de croissance.»
La solidarité doit devenir concrète
Le mot d’ordre #GiveToGain trouve une résonance particulière pour elle. «Donner ne signifie pas uniquement donner de l’argent. On peut donner une opportunité, un conseil, une recommandation, du temps ou une mise en relation. Les réseaux de femmes sont importants, mais ils doivent être des passerelles vers le monde économique. Parfois, ce dont une entrepreneure a le plus besoin n’est pas d’une nouvelle formation. C’est d’une introduction auprès de la bonne personne. Les femmes qui ont déjà avancé peuvent contribuer en ouvrant une porte derrière elles, en recommandant une compétence ou en créant une première opportunité commerciale.»
Ce n’est pas seulement une affaire de femmes
Pour Hannah Ramjatun, cette évolution ne peut reposer uniquement sur les femmes. «Les banques peuvent contribuer. Les grandes entreprises peuvent élargir leurs réseaux de fournisseurs. Les entrepreneurs expérimentés peuvent devenir mentors. Les institutions peuvent faciliter l’accès à l’information et aux opportunités. Les hommes ont leur place dans cette évolution. Beaucoup soutiennent déjà activement les femmes autour d’eux. Il ne s’agit pas de créer un débat femmes contre hommes. Il s’agit de construire un environnement économique dans lequel davantage de personnes compétentes peuvent accéder aux opportunités et faire leurs preuves.»
Une chance équitable, pas un privilège
Hannah Ramjatun insiste enfin sur un principe essentiel : la compétence doit rester au centre. «Je ne souhaite pas qu’une entreprise soit choisie simplement parce qu’elle appartient à une femme. Le marché doit rester exigeant. Nous devons gagner la confiance de nos clients par notre qualité, notre sérieux, notre service et notre capacité à tenir nos engagements. L’égalité des chances ne signifie pas réduire les critères. Elle signifie donner à davantage de femmes une véritable possibilité de les satisfaire.
Aux femmes qui entreprennent, je dirais : connaissez vos chiffres, défendez la valeur de votre travail, construisez votre réseau et n’ayez pas peur de demander une introduction ou de frapper à une porte. N’ayez pas peur d’avoir de l’ambition pour votre entreprise.
Et lorsque l’une d’entre nous réussit à trouver sa place autour d’une table où les décisions se prennent, elle doit penser à celle qui essaie encore d’y accéder. Faire progresser les femmes dans l’économie ne signifie pas enlever une place à quelqu’un. Cela signifie agrandir la table.»
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