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Portrait de la semaine

Jake Mary Ange, dix ans : Comme un poisson dans l’eau

4 mars 2026, 18:00

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Jake Mary Ange, dix ans : Comme un poisson dans l’eau

Photos : © Beekash Roopun

Il n’a que dix ans, mais Jake Mary Ange parle déjà de la mer avec la maturité d’un vieux pêcheur. À Poste-de-Flacq, là où l’horizon se fond dans le bleu de l’océan, ce garçonnet au sourire discret nourrit un rêve immense : reprendre un jour le métier de son beau-père et tenir la barre de son bateau.

Depuis ses huit ans, Jake s’initie aux secrets de l’océan avec son beau-père, Steven Ramen. À bord du Saint Raphaël, il observe, apprend et s’imprègne. Le plus sérieusement du monde, il nous explique le fonctionnement du bateau : comment démarrer le moteur, lire la carte marine, repérer les obstacles invisibles et comprendre les caprices de la météo. Chaque geste est précis, chaque mot est réfléchi. La mer n’est pas un jeu pour lui, c’est déjà une responsabilité.

«Mo anvi vinn peser. Mo pou al lapes dan gran dilo akoz nepli tro gagn pwason aster», confie-t-il en ramassant sa canne à pêche. Il rêve de grand large, conscient que les poissons se font plus rares près des côtes. Son père lui a transmis bien plus qu’un savoir-faire. «Mo beau-père inn aprann mwa naze, kondir bato. Mo kontan swiv li kan li al lapes. Ena fwa nou al lapes, kit pwason, pran pwason», raconte-t-il avec fierté. Prendre un jour la relève et récupérer le bateau familial aurait pour lui une valeur inestimable : «Ce sera un souvenir de mon beau-père.»

À l’école primaire de Poste-de-Flacq, Jake garde les pieds sur terre. Il aime particulièrement l’anglais et le français. Mais il sait que les mathématiques sont essentielles pour son avenir. «Il faut comprendre la cartographie de la mer», explique-t-il avec lucidité. Pour lui, les chiffres ne sont pas qu’un exercice scolaire, ce sont la boussole de son futur. Il va à l’école pour apprendre et aussi pour se faire des amis. À ses camarades, il adresse un message simple et sincère : croire en leurs rêves. Il les invite même à venir nager avec lui en été – «Pas en hiver, c’est difficile», précise-t-il avec un clin d’œil.

En mer, Jake se sent libre. Mais il connaît aussi les règles d’or du pêcheur : se lever tôt, prier avant de partir, entretenir soigneusement son bateau, vérifier les équipements de sauvetage, ne pas effrayer les poissons en faisant du bruit, rester attentif et, surtout, écouter le capitaine. Une discipline qu’il respecte déjà avec maturité.

Son beau-père, Steven Ramen, observe cette passion naissante avec fierté, mais n’oublie pas que, si l’idée de la relève est belle, elle doit s’accompagner d’un solide bagage scolaire :«Il doit apprendre et avoir une bonne éducation et prendre sa décision. Boner mem bizin fini aprann zot bann bon zafer bann zenn-la.»

À dix ans, Jake nage, à l’aise, entre deux eaux – les bancs de d’école et les bancs de poissons.

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