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Maurice démontre une volonté politique face aux défis opérationnels

26 février 2026, 16:00

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Maurice démontre une volonté politique face aux défis opérationnels

■ Avinash Ramtohul, ministre des TIC lors de sa participation au «India AI Impact Summit 2026» à New Delhi.

Le India–AI Impact Summit 2026 s’est tenu à New Delhi du 16 au 20 février. Parmi les participants du côté mauricien, figuraient le Premier ministre (PM) Navin Ramgoolam, le ministre des Technologies, de l’Information, de la Communication et de l’Innovation, Avinash Ramtohul, ainsi que le Chief Executive Officer de Mauritius Telecom, Veemal Gungadin. À ce sommet, considéré comme une première dans le Global South, la volonté mauricienne est louable : faire de l’intelligence artificielle (IA) un pilier structurel du développement du pays.

En effet, lors de la séance plénière des dirigeants, le 19 février, le PM a rappelé la publication du Mauritius Digital Transformation Blueprint 2025-2029 et a, par la même occasion, annoncé la création d’une «Special Economic Zone» dédiée à l’IA. Cependant, le PM a lui-même reconnu l’immense écart technologique qui menace les pays en développement : «La fracture de l’IA place déjà une grande partie du monde en développement en situation de désavantage.»

Veemal Gungadin, dans une publication LinkedIn, reconnaît lui-aussi ce fossé : «Our Minister of ICT and I met with NVIDIA’s senior leadership. India just announced 20,000 additional GPUs on top of 38,000 deployed. Mauritius is requesting a few hundred B300 GPUs. The answer: approximately one year lead time. That is the AI diffusion gap in one conversation.»

Au-delà du gap technique – car une année en matière de développement de l’IA peut représenter des avancées majeures à l’échelle mondiale, creusant davantage l’écart avec Maurice – la contrainte infrastructurelle joue un rôle crucial. À cela, s’ajoute un défi énergétique tout aussi déterminant. Les processeurs de dernière génération comme les B300 consomment chacun plusieurs centaines de watts, voire davantage selon la configuration, et nécessitent des infrastructures de refroidissement intensives. Le déploiement de quelques centaines d’unités impliquerait ainsi plusieurs mégawatts supplémentaires en charge continue, sans compter les besoins en climatisation et en redondance électrique propres aux data centres.

Selon les données de la Central Electricity Board (CEB), la demande électrique avait atteint un pic historique de 534,6 MW le 29 décembre 2025, contre 500,2 MW en décembre 2024, soit une hausse de plus de 34 MW en l’espace d’un an. Si le réseau est resté la plupart du temps en alerte verte depuis l’introduction du système par code couleur, plusieurs épisodes ont révélé la fragilité de la marge opérationnelle.

Le 15 octobre 2025, la marge de réserve – incluant la CEB et les Independent Power Producers (IPPs) – n’était que de 5,5 MW. Les 20 et 21 novembre, elle se situait autour de 15 MW. À cette situation s’est ajoutée l’indisponibilité de la turbine à gaz GT G3 et de l’unité IPP CTDS, plaçant le système dans des conditions de fonctionnement plus contraignantes. L’épisode du 29 décembre, marqué par un écart exceptionnel entre la demande prévue (475 MW) et le pic réel (534,6 MW), illustre également la sensibilité du réseau aux variations imprévues, notamment en période de fortes chaleurs et d’activité commerciale accrue.

Dans ce contexte, l’implantation de data centres dédiés à l’IA – dont la consommation peut atteindre plusieurs mégawatts en charge continue — ne constituerait pas une charge marginale, mais viendrait réduire davantage une marge de réserve déjà étroite lors des pics de consommation, si aucune mesure structurelle n’est mise en place pour renforcer durablement la capacité du réseau.

La deuxième interrogation découle de la déclaration du ministre des TIC lors du sommet en Inde : «Disaster can also be cybersecurity attacks that can actually create havoc in our lives.» En effet, que se passerait-il en cas de cyberattaque à grande échelle, ou si des données confidentielles venaient à se retrouver sur la place publique ? Quelle est aujourd’hui la capacité réelle du pays en matière de gestion de crise cybernétique ? De combien de «Certified Incident Handler» disposons-nous ? Existe-t-il des protocoles clairement établis, des centres de réponse opérationnels pleinement dotés en ressources, ainsi que des exercices de simulation (dry runs) régulièrement effectués pour tester la résilience des infrastructures critiques ? Autant de questions qui méritent d’être répondues si nous aspirons à la souveraineté technologique, ou plus modestement au progrès technologique.

Le développement de l’IA est sans conteste nécessaire. Mais il exige une planification rigoureuse, au-delà des effets d’annonce, intégrant non seulement l’accès aux technologies, mais aussi la sécurité, la résilience et la préparation aux crises systémiques.

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