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Un paradis pour les rats

1 mars 2026, 07:10

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Un paradis pour les rats

Trop souvent chez nous, une crise sanitaire – dengue, chikungunya, leptospirose – n’est pas seulement une affaire de virus et de bactéries. Elle est surtout le miroir d’un pays qui a laissé ses drains se remplir, ses marchés se dégrader, ses cours s’ensauvager. Elle est le produit lent d’années de négligence.

Le ministre de la Santé a convoqué cette semaine une réunion de crise. Objectif affiché : éradiquer les rats. Le mot est fort. Presque guerrier. Mais comment parler d’éradication quand l’État ne dispose que d’une poignée d’agents de contrôle des rongeurs pour tout un territoire ? Trente-deux attendants. Cinq superviseurs. Voilà l’armée mobilisée contre un ennemi qui se reproduit dans les drains, sous les ponts, dans les bazars de Port-Louis, de Curepipe ou de Mahébourg.

On nous parle de mist blowing, de larvicides, de techniques sophistiquées. Pendant ce temps, les rats poursuivent leur œuvre silencieuse. Ils transportent la leptospirose dans leur urine, contaminent les sols humides, les flaques, les arrière-cours. Chaque année, une quarantaine de Mauriciens tombent malades. Dix pour cent peuvent en mourir.

Le rat est un témoin. Un témoin de notre rapport au territoire. Là où l’homme jette, le rat prospère. Plus grave : des patients signalent la présence de rats jusque dans certaines salles d’hôpital. On évoque des stocks de médicaments mal protégés, des fuites d’eau, des excréments d’animaux. Comment soigner dans des bâtiments euxmêmes malades ?

Ce combat ne peut être gagné par des communiqués. Il exige une mobilisation collective réelle : municipalités, ministères, secteur privé, citoyens. Il exige surtout une chose que nous pratiquons trop peu : l’entretien du commun. Car la leptospirose n’est pas une fatalité tropicale. Elle est une maladie de l’incurie.

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«La presse, si bavarde dans l’affaire des rats, ne parlait plus de rien. C’est que les rats meurent dans la rue et les hommes dans leur chambre. Et les journaux ne s’occupent que de la rue.»

Cette citation d’Albert Camus, tirée de La Peste, résume son humour caustique. Mais elle va bien plus loin. Elle illustre le caractère universel et intemporel de son œuvre aux portées multiples.

Dans ce chef-d’œuvre, Camus, écrivain-journaliste, relate la chronique d’une épidémie terrible. Tout en décrivant l’apparition, la progression et la régression de la peste, il évoque parallèlement l’occupation de la France par l’armée allemande – ce qu’il appelle la «peste brune» – et la condition humaine face à la maladie et à la mort.

À l’heure où Yersinia pestis refait surface dans certaines régions du monde, l’œuvre de Camus reste riche d’enseignements sur les réactions humaines et sociales. Elle nous rappelle, avec une lucidité implacable, que les épidémies réveillent toujours les instincts les plus primitifs.

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