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Le plastico-recul
Il existe des décisions qui trahissent un manque de vision. Et puis il y a celles qui révèlent un manque de colonne vertébrale. Le choix du gouvernement d’autoriser à nouveau ‒ fut-ce «pour un an» ‒ les gobelets, bols et barquettes en plastique non biodégradable appartient à cette seconde catégorie. À peine seize jours après avoir validé une feuille de route pour une «Maurice sans pollution plastique», l’exécutif vient de faire exactement l’inverse : rouvrir la porte, puis la fenêtre, puis tout le rez-de-chaussée au plastique.
Le ministère de l’Environnement tente laborieusement de rassurer, jurant qu’il ne s’agit ni d’un recul ni d’un reniement, mais d’une «mesure transitoire». Les communiqués enfilent les mots comme des perles ‒ «modalités», «conditions», «permis», «consultation» ‒ pour mieux masquer l’essentiel : cette décision détricote les Environment Regulations de 2020, l’une des rares politiques environnementales mauriciennes qui avaient fait leurs preuves. Deux cents millions de produits plastiques évités. Quatre cents millions de sacs plastiques en moins. Un bilan mesuré, documenté, indiscutable.
Il fallait donc, évidemment, y toucher.
Le communiqué officiel va jusqu’à accuser les règlements de 2020 d’avoir été «introduits prématurément». Cinq ans après leur promulgation, l’argument frise le burlesque. Plus inquiétant encore : le ministère se félicite d’une nouvelle ère de «dialogue» et de «transparence», vantant la création de comités techniques où l’expertise environnementale doit, semble-t-il, désormais cohabiter avec les intérêts des importateurs. Pendant ce temps, les producteurs mauriciens d’alternatives compostables ‒ dont notre filiale Caractère Ltée ‒ apprennent que leurs investissements peuvent être balayés par un simple coup de stylo.
Le message envoyé à l’international est tout aussi désastreux. À Genève, Maurice plaidait encore, en août, pour un traité mondial ambitieux. À Balaclava, début novembre, elle promettait une «rupture» dans la lutte contre la pollution plastique. À Port-Louis, fin novembre, elle autorise exactement ce que 85 pays s’évertuent à éliminer. Le grand écart ferait pâlir un contorsionniste.
Mais le plus troublant demeure cette obsession du «provisoire». L’histoire récente en dit long : trois moratoires en quatre ans, tous prolongés, tous justifiés par les mêmes arguments techniques recyclés comme… du plastique. Il serait naïf de croire que cette nouvelle parenthèse ne deviendra pas, elle aussi, un chapitre entier.
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