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Convention nationale sur les arts et la culture
Dysfonctionnements réidentifiés, changements ardemment désirés
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Convention nationale sur les arts et la culture
Dysfonctionnements réidentifiés, changements ardemment désirés
«Environ 70 artistes ont été invités, mais seule une quarantaine ont confirmé leur présence», a dit le ministre.
Une page blanche. Pour recueillir la parole des acteurs des neuf secteurs d’activité des arts et de la culture, tels que catégorisés par le ministère de tutelle. La Convention nationale – appellation préférée à Assises – a pris fin depuis une vingtaine de jours déjà. Des dysfonctionnements, qui souvent durent depuis des années, ont été à nouveau soulignés par les diverses parties prenantes invitées par le ministère à s’exprimer lors des séances qui se sont déroulées à la salle du conseil de la mairie de Port-Louis, en présence du ministre des Arts et de la Culture, Mahen Gondeea. «Environ 70 artistes ont été invités, mais seule une quarantaine ont confirmé leur présence. C’est triste», a-t-il noté. Retour non exhaustif sur des sujets de discorde. Si les intervenants ont non seulement parlé des problèmes, mais ont aussi proposé dans plusieurs cas, du concret, l’attente est grande, pour ne pas dire grandissante, pour que des réponses viables soient mises en place par les autorités.
? Arts visuels : «National Arts Gallery», ce boulet
Khalid Nazroo se présente comme ancien responsable des arts plastiques au Centre culturel mauricien (NdlR, ressusciter ce centre culturel qui ne fonctionne plus depuis 2005 est dans le discours-programme). Après avoir rappelé qu’il est né en 1953, qu’il a été associate professor au Mahatma Gandhi Institute, il déplore : «On entend toujours parler des jeunes, jamais de ceux qui ont fait, de ceux qui ont eu une carrière, qui ont laissé une œuvre. Il faut développer la National Arts Gallery (NAG), qui existe depuis des années, mais qui fonctionne faiblement». Selon lui, si les organismes pour la formation des jeunes existent déjà, «ils n’ont pas de référence.» Pour lui, il est impératif de «lier l’art à l’économie». Pierre Argo, du haut de «plus de 60 ans à patauger dans l’art», regrette que «depuis que le ministère existe, nou pe bat-bate». Regrettant l’absence d’un Centre culturel mauricien fonctionnel, il martèle : «Il faut diviser le peuple d’abord avant de lui donner de la culture. C’est grave.» L’artiste rappelle qu’il y a beaucoup de projets dans les tiroirs du ministère. Qu’il est temps de les dépoussiérer. Et que le nerf de la guerre, ce sont les moyens. Il plaide à nouveau en faveur du 1 % – ce pourcentage du chiffre d’affaires, voire des profits – que les entreprises devraient être tenues d’investir dans l’acquisition d’œuvres d’art ou plus largement dans le soutien aux artistes. Dans la foulée, Krishna Luchoomun plaide pour que le ministère «fasse la distinction entre la culture et la religion». Qu’il ne mélange pas artistes et socioculturels. Mentionnant le National Arts Fund (NAF), il souhaite que l’institution qui en prendra la suite ait une forme «plus transparente, plus proactive, sans les grands obstacles que l’ancienne formule avait érigée sur le chemin de nombreux projets artistiques». Il affirme alors le besoin impératif d’une galerie d’art nationale, car il y va de la visibilité d’un pays, de l’âme du pays. «La galerie a tout ce qu’il faut : le personnel, les bureaux, sauf une galerie proprement dit (NdlR, la NAG existe depuis 1999, mais n’a pas d’espace d’exposition)». «Ce qui crée la cote des artistes, c’est quand son travail intègre des collections. Son travail peut alors voyager. N’attendons pas que les artistes disparaissent pour que leurs œuvres intègrent des collections. C’est de leur vivant qu’il faut leur accorder tout le respect possible.» Pour lui, l’acquisition d’œuvres par des entreprises privées et publiques signifie aussi les rendre accessibles au public. «Quand on a fait le Metro Express, quel artiste mauricien a pu s’y exprimer ? On construit des ponts, des écoles, des hôpitaux, des centres commerciaux, mais où est le soutien aux artistes dans ces grands projets ?» Il propose aux autorités de s’inspirer de l’expérience du musée Guggenheim à Bilbao, «enn lavil ki ti pe pouri, ki ti dan lamizer», qui a ouvert en 1997. Aujourd’hui, l’économie de cette ville espagnole «est entièrement tournée vers ce musée». Si l’entrepôt de l’ex-hôpital militaire, entre l’Aapravasi Ghat et le musée de l’esclavage intercontinental, a été identifié pour abriter la NAG, Krishna Luchoomun estime qu’il faudrait trouver un lieu plus approprié, plus contemporain. «Cela peut être un vieux bâtiment auquel on ajoute une nouvelle architecture.»
? Littérature : Refonte du «President’s Fund for Creative Writing»
«Est-ce que dans le futur, l’écrivain aura-t-il toujours sa place ?» C’est avec cette question que s’est ouverte la séance dédiée aux auteurs. Margaret Li Yin, auteure jeunesse, confie qu’elle n’a pas été invitée à la séance et qu’elle est quand même venue après avoir appris, la veille, sa tenue par un proche. «L’équipe organisatrice devrait se renseigner sur ce qui se vend en librairie pour établir la liste de gens à inviter.» Elle revient sur le refus de soutien à la publication essuyé auprès du President’s Fund for Creative Writing (PFCW). Raison évoquée : «Pas assez de mots.» Elle suggère qu’il «y ait des gens formés à la littérature jeunesse sur ces comités. Il y a des albums illustrés de cette catégorie où il n’y a absolument aucun mot». Son constat : les livres ne se vendent pas. D’où son plaidoyer pour un soutien des institutions publiques pour faire davantage l’acquisition d’auteurs locaux. En accompagnant cela de rencontres régulières et «formalisées» avec les auteurs dans les établissements scolaires, les centres de jeunesse, les Centres de lecture et d’animation culturelle. «Souvent les auteurs participent à ces rencontres à leurs frais. Il faudrait que ce soit un win-win.» Pour Sedley Assonne, «les fonctionnaires du ministère des Arts ne nous comprennent pas. Ils ne sont pas artist-friendly. Le respect de l’artiste est important». Il déplore un «manque de transparence» dans l’attribution de soutien à l’édition du PFCW. «On ne sait pas pourquoi tel auteur est aidé et pas un autre. Quand j’ai soumis la biographie de Clarel Betsy, on m’a d’abord répondu que ce n’est pas du creative writing.» Il aura fallu une intervention ministérielle pour que la biographie paraisse, affirme-t-il.
Hommage national aux écrivains décédés
Avec l’augmentation du coût de la vie, la subvention de Rs 30 000 par auteur est inadéquate. «Fer li vinn Rs 100 000.» Il a salué les foires du livre «certes modestes» de la Bibliothèque nationale, mais c’est ce dont on a besoin pour la promotion des auteurs. De son côté, Joyce Veerasamy demande la simplification des procédures de demandes d’aide au PFCW. Issa Asgarally, coordinateur du prix Jean-Fanchette, trouve que «se rencontrer, c’est une bonne chose», mais que l’essentiel reste la mise en application des discussions. Il reprend des propositions déjà soumises aux consultations pré-budgétaires : «Examiner l’utilisation de la subvention de Rs 10 000 accordée aux bibliothèques scolaires, l’organisation de résidences d’écriture pour inviter des auteurs prestigieux à Maurice – le premier pourrait être JMG Le Clézio. Il faudrait aussi un hommage national aux écrivains décédés dans l’année.»
? Théâtre : Rendre les salles accessibles
Gaston Valayden, metteur en scène, dramaturge et comédien, note que lors des épreuves du National Drama Festival (NDF), «il y a plus de comédiens sur scène que de public dans la salle». Il propose d’ouvrir les salles polyvalentes des collèges d’État pour faire tourner les pièces présentées en compétition, en répétition comme en représentation. «J’ai déjà fait une demande pour ce type de salle. Pa gagne. Bizin pey overtime. Il y a divers coûts associés.» Il estime qu’un festival en dix langues est un «gaspillage de ressources financières et humaines». Ancien enseignant de physique et de maths, il affirme que «les profs de littérature ne vont pas au théâtre. Ils ne forment pas les élèves à cet art. On n’utilise pas assez les ressources disponibles pour former les enseignants». Dans la foulée de la réouverture du théâtre Serge Constantin, il plaide en faveur d’une aide à la location de la salle. Darma Mootien, comédien de la Trup Sapsiway, fait un appel pour accélérer l’application de la Status of the Artist Act. Selon lui, il y a eu une «remontée» du théâtre grâce à l’impulsion du Caudan Arts Centre. Il insiste pour une formation dédiée aux professeurs de théâtre. «Que les Parent Teachers Association contribuent pour la moitié du salaire de ces enseignants.» Pour le comédien Raj Bumma, malgré la longue existence du NDF, «on n’y présente pas des pièces, mais des sketches». Il propose de s’inscrire dans la perspective d’une industrie du théâtre, qui au passage contribuera à forger une identité nationale du théâtre. Comme faire ? Créer un centre tout équipé, autonome et dédié à la formation en théâtre, que ce soit en histoire, en pédagogie et en métiers du théâtre, que ce soit dans le son et lumières, la confection de costumes, le maquillage. «I fear that when it comes to implementation, this may rot somewhere in a drawer», lance-t-il. Yannick Bosquet, du Theatre and Film and Performing Arts Lab de l’université de Maurice, dit avoir noté un grand intérêt pour le théâtre parmi les jeunes. «La perception c’est que le théâtre reste un loisir. La formation est primordiale. Il faudrait une école nationale du théâtre et des arts de la scène. Tout en investissant dans l’édition des pièces de théâtre.» Également de l’université de Maurice, Nandini Bhautoo souligne «le gros problème d’amnésie culturelle. On oublie les œuvres de Dev Virahsawmy, Henry Favory, Azize Asgarally, Gaston Valayden. Il ne faudrait pas investir uniquement dans des pièces qui vont durer une semaine, un mois, mais remettre au-devant de la scène des œuvres qui ont déjà existé». Lindsay Mootien choisit de parler pour ceux «qui n’ont pas de niveau. Bann zanfan ki plito pa dir ki dir. Des enfants livrés à eux-mêmes. Eux aussi ont du talent». Selon lui, on peut créer une industrie, en rendant le théâtre accessible avec une salle, «dan sak landrwa. Pa pou kout boukou ek li pou rantab. Dan Moris boukou dimounn inn bliye kouma riye».
«lutte perpétuelle pour le financement»
Maeva Veerapen, enseignante au Bocage, constate que, «malheureusement, la plupart des parents trouvent que cela ne vaut pas la peine d’investir dans le théâtre parce que les leçons particulières, les résultats, les certificats passent avant». Pour amener le changement de mentalité, elle souligne que Cambridge International, l’organisme d’évaluation propose l’International General Certificate of Secondary Education Drama. «Cette matière ne sert pas qu’à passer des examens, mais contribue aussi au développement de la personne. L’élève peut développer des compétences applicables dans d’autres domaines.» Avant d’aborder le sujet épineux du financement du théâtre. «Actuellement, il y a beaucoup de créateurs qui dépendent du privé.» Elle propose un système centralisé, «one go-to door» pour obtenir des subventions, qui canaliserait aussi les fonds privés. Enfin, Alexandre Martin, comédien et metteur en scène, souligne qu’il est «un artiste à plein temps depuis 28 ans, avec du théâtre populaire. Je ne vis que de cela, c’est une lutte perpétuelle». Il déplore les coûts énormes de location de salle, préférant la formule 50-50, proposée par le Caudan Arts Centre. Il demande au ministère de mettre à jour sa base de données des troupes. Ce qui déterminera l’obtention des subventions.
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