Publicité
FCC
Dawood Rawat détaille le «démantèlement politique» de la BAI
Par
Partager cet article
FCC
Dawood Rawat détaille le «démantèlement politique» de la BAI
■ Dawood Rawat s’est présenté hier au Réduit Triangle : «J’ai apporté des preuves», affirme-t-il, à côté de sa fille, Laina.
Dawood Rawat s’est présenté hier au Réduit Triangle, convoqué par la Financial Crimes Commission (FCC) dans le cadre de ses plaintes liées au «crash» de l’ex-BAI. Pendant plus de quatre heures, il a été entendu par une équipe d’enquêteurs dans ce qu’il qualifie de moment décisif pour «rétablir la vérité» sur les circonstances qui, selon lui, ont conduit à l’effondrement du groupe en 2015. L’ancien magnat est apparu déterminé à mettre des mots sur une décennie de soupçons, de frustrations et de blessures encore ouvertes.
«J’ai apporté des preuves», affirme-t-il d’un ton ferme à sa sortie. À ses côtés, sa fille, Laina Rawat, et son avocat, Me Shaan Kundomal, qui l’accompagnent depuis plusieurs mois dans sa relance offensive contre ce qu’il appelle «le démantèlement politique» de la BAI. Pour lui, la chute du groupe n’a jamais été un accident économique ou un effondrement structurel, mais une destruction programmée et exécutée selon une logique qu’il qualifie de «politique, administrative et financière».
«Mo finn denons tou bann ki finn partisip dan montaz sa destriksion-la. Zot finn striktir li kouma enn stratezi», dit-il. Dans sa déposition, Dawood Rawat affirme avoir cité «toutes les parties prenantes» impliquées dans ce qu’il présente comme un complot: acteurs du secteur public, opérateurs du privé, hauts cadres de la Banque de Maurice (BoM), mais aussi des firmes de comptabilité internationales. Selon lui, ces dernières auraient joué un rôle crucial, en apportant une expertise technique permettant de justifier, d’accompagner ou d’accélérer des décisions contraires aux intérêts du groupe. «Bann firm kontab finn travay ansam avek bann voler pou demoli nou», insiste-t-il, évoquant une mécanique où analyses financières, décisions réglementaires et pressions politiques auraient été superposées.
Un élément majeur de sa déposition concerne l’acquisition d’un établissement hospitalier mauricien par un groupe privé local, opération devenue un marqueur des années post-BAI. Il affirme que cette transaction, loin d’être isolée, s’inscrivait dans une stratégie plus vaste visant à dépouiller l’ex-BAI de ses actifs les plus rentables. «Plusieurs parties prenantes» étaient alors «de mèche», dit-il, citant une firme de comptabilité, certaines instances gouvernementales de 2015 et même la Mauritius Revenue Authority (MRA). Il allègue que ces acteurs auraient contribué, chacun à leur manière, à créer un environnement dans lequel la BAI se retrouvait affaiblie, vulnérable et finalement condamnée.
Le désormais célèbre enregistrement audio de la réunion de Paris a été au cœur de la séance. Cette rencontre, devenue publique à cause d’une fuite, évoquait déjà certains personnages influents, dont Sattar Hajee Abdoula, ancien président de SBM Holdings. Les récents événements judiciaires entourant ce dernier semblent avoir renforcé la volonté de Dawood Rawat de préciser son rôle dans ce qu’il décrit comme la «déconstruction» de l’empire BAI. «Kan li finn fer administrater, olie rod solision pou sov konpagni, linn prefer gete kouma pou vann li par bout», confie-t-il. Pour Rawat, la nomination de Sattar à un poste décisionnel fut un tournant : au lieu d’une stratégie de sauvetage, il y aurait eu une stratégie de liquidation.
La question de Britam, ancien bijou kenyan du groupe, a occupé une large partie de l’audition. Dawood Rawat affirme avoir été contraint d’accepter la cession de cette filiale stratégique «pour une roupie symbolique». Un document existe, dit-il, preuve d’un accord signé «under duress», sous la contrainte. Les menaces de l’époque étaient directes et personnelles : «Donn nou tou seki to ena deor. Nou pou les to fami trankil ek donn twa enn lakaz», aurait-il entendu. Il décrit ce moment comme l’un des plus sombres de sa vie, quand la survie de sa famille a primé.
À l’issue de cette séance de travail, Dawood Rawat s’est dit confiant d’avoir remis «des éléments solides» à la FCC et espère que les nouvelles enquêtes permettront d’ouvrir une nouvelle page dans l’affaire BAI.
La BAI a été démantelée en 2015 après la révocation de la licence de la Bramer Bank. Dawood et Laina Rawat multiplient plaintes, affidavits et démarches auprès de la FCC, du CCID et en Cour suprême. Leur action civile de Rs 100 milliards reste en suspens. Plusieurs volets – vente d’Apollo Bramwell, cession de Britam, rôle de différentes institutions publiques et privées – sont désormais examinés dans le cadre de ces nouvelles investigations.
Publicité
Publicité
Les plus récents