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Sauvegarde du patrimoine

Alain La Hausse : «Des propriétaires de bâtiments historiques sont motivés mais ne savent pas comment faire»

9 novembre 2025, 18:00

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Alain La Hausse : «Des propriétaires de bâtiments historiques sont motivés mais ne savent pas comment faire»

■ Francois Jeanneau et Alain La Hausse de Lalouvière (à dr.) mènent actuellement des consultations pour enraciner l’Institut du patrimoine de l’architecture l’océan Indien.

Son projet : fonder et pérenniser l’Institut du patrimoine et de l’architecture de l’océan Indien. Alain La Hausse de Lalouvière, Mauricien de la diaspora, mène actuellement une série de rencontres pour concrétiser cet institut de recherches dont la première ambition est de réaliser un inventaire général du patrimoine historique en vue de sa sauvegarde.

Sortir le patrimoine mauricien de l’impasse. S’intéresser en priorité à «ce que l’État ne peut pas faire parce que c’est du domaine privé». Ces petites cases, ces bâtiments à l’abandon qui ont une histoire. Cela fait environ cinq ans qu’Alain La Hausse de Lalouvière, architecte à Paris, y réfléchit. Frappé par le «désintérêt de l’île pour les bâtiments existants et pour la rénovation en particulier, et l’engouement total pour la construction neuve».

À force d’alerter les autres, Alain La Hausse de Lalouvière a décidé d’agir. Membre fondateur et animateur de l’Institut du patrimoine de l’architecture de l’océan Indien, il mène actuellement des consultations pour concrétiser la structure. Première préoccupation : «savoir ce qui reste», notamment du côté du patrimoine privé, et «tout faire pour engager le pays», la population, «qui est très passionnée par le patrimoine, mais qui baisse les bras parce qu’il n’y a pas de dispositions permettant de sortir de cette situation». Il en appelle aussi au secteur privé, à la diaspora.

L’architecte et architecte d’intérieur a passé l’éponge sur un précédent revers, il y a deux ans. Une formation destinée à des employés des conseils de district, pour les sensibiliser au patrimoine, «puisqu’ils initient les permis de construire». Mais malgré un accord de principe, la venue programmée d’un architecte des bâtiments de France de La Réunion, il n’y a pas eu de réponse des autorités. Une fois la déception surmontée, «l’échelle du problème est telle qu’il fallait créer quelque chose de vraiment important et de structurel», explique l’architecte.

Survient l’idée d’un Institut du patrimoine. Un an à peaufiner le concept, déterminer les départements et les diverses commissions, à «trouver des solutions». Le projet est actuellement dans sa phase de présentation aux partenaires du privé comme du secteur public. L’Institut sera hébergé par l’Indian Ocean Islands Foundation initiée par Thierry Lebreton pour défendre le patrimoine de l’océan Indien.

L’Institut se présente avant tout comme un centre de recherche et de formation. Avec pour défi prioritaire : un inventaire du patrimoine mauricien. «Voir comment on peut l'ordonner, et proposer au gouvernement une classification et une protection de certains bâtiments clés.»

Qu’en est-il du financement ? La protection du patrimoine pâtit souvent du manque de capitaux publics. Alain La Hausse de Lalouvière est catégorique. «Il ne faut pas se focaliser sur les moyens. La clé, c’est la volonté. Le grand problème, c’est que chacun travaille dans son coin. Il suffit de quelques éléments déclencheurs pour pouvoir le faire.» Le fondateur souhaite être «le garant d’une situation neutre qui permettra à tous de travailler ensemble».

Optimiste, il estime que «la partie financière sera résolue à un moment ou à un autre.» L’argument principal sera de mettre en place des projets «rentables». Condition sine qua non pour rallier le plus grand nombre autour d’initiatives concernant le patrimoine. L’Institut vise des financements privés, mais aussi de l’État, «selon la volonté des pouvoirs publics». Il souligne que «si on laisse la porte ouverte en permanence à des démolitions de monuments historiques, quelle sera la crédibilité de créer un institut du patrimoine ? Quelle est la crédibilité du NHF ? Il faut se poser les bonnes questions». Tendre vers des défiscalisations pour encourager les propriétaires de bâtiments historiques à rénover et entretenir leur bien. Et éviter ainsi que des propriétaires attendent que leur bien «soit arrivé au bout du bout pour dire qu’ils ne peuvent plus rien faire».

Sa vision, c’est de proposer des solutions concrètes aux propriétaires. Avec en ligne de mire : représenter le Conseil international des monuments et sites (Icomos) à Maurice. Ce qui donnerait une dimension plus officielle aux collaborations éventuelles avec le National Heritage Fund. «Il ne faut pas s’intéresser qu’aux bâtiments emblématiques, mais à l’ensemble du patrimoine mauricien, d’où l’inventaire.»

Y a-t-il suffisamment de compétences locales en matière de restauration du patrimoine ? L’Institut y a évidemment réfléchi. Alain La Hausse de Lalouvière entend travailler avec des équipes locales. «Former des architectes au patrimoine». Pour l’heure, il vise un lancement officiel pour le 18 avril 2026, qui correspond à la Journée internationale des monuments et sites. «Ce qu’il faut, ce sont des résultats. Pour y arriver, il faut que toutes les parties prenantes s’asseyent autour de la table.»

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Parcour

Alain La Hausse de Lalouvière est né à Madagascar de parents mauriciens. Il a fait une partie de ses études à Maurice, «ce qui m’a permis de bien comprendre l’évolution, puisque j’ai un regard extérieur». Alain La Hausse de Lalouvière a créé le cabinet d’architecture et architecture intérieure Édifice en 1989 et a été à l’origine de la création du cabinet Reva en 2017. Il souhaite se destiner à la protection du patrimoine mauricien comme activité principale dans les années à venir.

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